Egypte : les pouvoirs militaires renforcés

Alors que l’opposition égyptienne et le président Mohamed Morsi sont parvenus à un accord samedi dernier menant notamment à l’avortement du décret contesté, les militaires se sont vus renforcer leurs pouvoirs. Désormais, et officiellement jusqu’au référendum sur le projet de Constitution, l’armée a la possibilité d’arrêter des civils pour « préserver la sécurité ».

Samedi dernier, en marge d’une réunion de crise avec l’opposition, le président égyptien, Mohamed Morsi, a accepté d’annuler le décret visant à renforcer ses pouvoirs. Toutefois, le référendum prévu samedi 15 décembre sur le projet de Constitution est maintenu. Et pour « préserver la sécurité », l’armée, qui non seulement est chargée d’assurer la sécurité du pays jusqu’au référendum de samedi, est depuis hier autorisée à arrêter des civils et à les déférer devant des tribunaux militaires.

Human Rights Watch a appelé le président Morsi à modifier ce nouveau décret. L’organisation demande à ce que les « droits fondamentaux » soient respectés, selon Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. Dans un rapport publié ce lundi, Amnesty International a également critiqué cette décision. « Compte tenu de l’expérience de l’armée, avec plus de 120 manifestants tués et plus de 12 000 civils injustement jugés devant des tribunaux militaires, cela crée un précédent dangereux », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

Aider la police, sauver le référendum

Mohamed Morsi estime qu’il est nécessaire d’aider la police à assurer la sécurité jusqu’au jour du référendum. Le projet de Constitution fait toujours débat. L’opposition dénonce la restriction des libertés individuelles et le renforcement d’un pouvoir islamiste. Elle rejette l’idée d’un référendum craignant que les résultats ne soient déjà fixés. A ce sujet, de nouvelles manifestations pro et anti-Morsi ont lieu ce mardi. Quelques centaines de manifestants hostiles à Mohamed Morsi sont actuellement massés aux abords du palais présidentiel d’El-Oruba, dans le quartier d’Héliopolis. En début d’après-midi, certains ont tenté de franchir les barrières de sécurité érigés autour du palais. L’armée les a repoussés dans le calme.

Joint par téléphone, une habitante du Caire, Fairouz, assure que « la journée de ce mardi est calme ». Toutefois, elle présage de « nouveaux heurts si le référendum donne raison à Mohamed Morsi ». « La situation risque vraiment de dégénérer. Mohamed Morsi doit annuler ce référendum pendant qu’il en est encore temps ». Fairouz craint que de nouveaux affrontements aient lieu. La semaine dernière, sept personnes ont été tuées dans des accrochages entre pro et anti-Morsi.

Les rassemblements, parfois très violents, voire meurtriers, pullulent, depuis le 22 novembre dernier, les rues du Caire et d’ailleurs en Egypte. Comment Mohamed Morsi tempéra-t-il la crise tout en tenant tête à la colère de la rue ? Comment la situation évoluera-t-elle si le « oui » l’emporte lors du référendum samedi prochain ? A suivre…