Egypte : les femmes savent désormais qui appeler au secours

L’histoire du féminisme en Egypte ne date pas d’aujourd’hui, mais les problèmes relatifs au statut des sexes sont loin d’y avoir été réglés. Des questions qui concernent la société dans son ensemble — corruption, pauvreté, analphabétisme — touchent en particulier les femmes.

Par Sara Khorshid

Les Egyptiennes souffrent de différentes contraintes. Des filles très pauvres se voient souvent imposer par leurs pères un mariage arrangé, pour que le budget de la famille n’ait plus à supporter le “boulet économique” qu’elles représentent. Au travail, elles sont discriminées, et elles sont 83 % à se déclarer victimes de harcèlement sexuel à un moment ou à un autre de leurs vies, comme le révélait une étude menée récemment par le Centre Egyptien des Droits de la femme.

En collaboration avec l’Union Européenne, le Conseil national des Femmes d’Egypte a institué, en 2002, un médiateur chargé de recevoir les plaintes des femmes sur les problèmes auxquels elles sont confrontées et d’œuvrer à leur solution. Le médiateur fonctionne comme un guide qui s’emploie à trouver des solutions pour des femmes victimes de discrimination ou d’un traitement inéquitable. L’institution du médiateur du Conseil national des femmes a été une étape importante, qui a permis au Conseil d’établir un contact direct avec les femmes du peuple.

Cependant, le Conseil est un organisme gouvernemental, et cela limite sa crédibilité, vu que le gouvernement égyptien apparaît à beaucoup comme non démocratique et corrompu. Un rapport de l’organisation Human Rights Watch a mis en évidence les inquiétudes que suscite le Conseil : “[L’]autonomie du Conseil National des Femmes, que préside Suzanne Moubarak, la première dame, est sujette à caution. … L’indépendance du Conseil, sa détermination à critiquer publiquement des lois ou des politiques contraires aux droits des femmes est aussi compromise, du fait qu’il est hébergé au siège du parti au pouvoir, le Parti Démocratique National. »

Reste que le médiateur est vraiment efficace, quoiqu’à petite échelle ; chaque année il s’occupe des problèmes de milliers de femmes défavorisées, alors qu’elles sont des millions à en avoir besoin.

Son efficacité est aussi compromise par un contexte national marqué par l’inégalité sur les questions relatives au statut des sexes, à la corruption, et au manque de formation en matière de droits des femmes.

N’empêche qu’en dépit de cet environnement, le médiateur a su s’attirer le respect, dans la mesure où il est sincèrement à l’écoute des femmes et disposé à traiter les problèmes qui les préoccupent.

Selon le journal indépendant Almasry Alyoum, en avril 2008, soit en trois mois, le médiateur avait reçu 2047 plaintes, dont 414 se rapportaient à des questions de statut personnel et de famille : procédures de divorce, demandes de pensions alimentaires aux ex-maris. Comme beaucoup de femmes dans ce cas n’ont pas les moyens d’entamer une procédure, le médiateur est une aide appréciable, grâce à l’assistance judiciaire que leur procurent, en son nom, des centaines d’avocats bénévoles dans tout le pays.

En fin de compte, le problème renvoie au système judiciaire égyptien, où le règlement des dossiers de ce type prend des années. Selon Human Rights Watch et les défenseurs locaux, un problème central est la corruption des autorités judiciaires de second rang — généralement par des hommes visés par des procédures — ce qui fait traîner en longueur des procédures de droit de la famille, lesquelles ne progressent déjà que lentement en raison du manque de juges.

Ces problèmes réclament des solutions radicales s’attaquant aux racines du problème : corruption, pauvreté, analphabétisme et méconnaissance des droits fondamentaux.

Les bureaux du médiateur procèdent à des analyses régulières des griefs reçus et adressent des recommandations à la commission législative du Conseil, laquelle les renvoie au législatif, participant même, dans certains cas, à la rédaction de projets de lois ou d’amendements.

C’est un pas dans la bonne direction, mais le Conseil devrait aller plus loin, en lançant de larges campagnes pour favoriser une prise de conscience des causes profondes des maux qui causent du tort tant aux femmes qu’aux hommes.

De telles campagnes devraient instruire les femmes sur les lois qui les concernent, de façon qu’elles puissent affirmer plus nettement leurs droits au sein de leurs propres familles, dans leurs lieux de travail et dans leur environnement social.

Par-dessus tout, le Conseil doit oser critiquer la corruption si profondément enracinée dans le régime, parce que son éradication est la clé de la solution de la discrimination des sexes dans le pays.

Ce n’est qu’alors que l’Egypte pourra commencer à traiter les abus dont les femmes sont victimes.

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* Sara Khorshid est journaliste au Caire. Cet article, écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), fait partie d’une série qui examine le rôle, qui ne cesse d’évoluer, des médiateurs appelés à régler des conflits en ces temps de transition.

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 23 octobre 2009,

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