Egypte : le Caire transformé en boucherie par l’armée

L’armée qui a décidé de disperser le rassemblement des partisans de Mohamed Morsi au Caire, sur les places Rabiya Al-Adawiya et Nahda, tire en ce moment même à balles réelles sur les manifestants. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées ce mercredi, tant la répression est violente. Les Frères musulmans parlent de 500 morts déjà!

Les bruits de bottes sont bien de retour en Egypte. C’est sans état d’âme que l’armée disperse en ce moment même les partisans du Président déchu Mohamed Morsi, rassemblés depuis plusieurs semaines sur les places Rabiya Al-Adawiya et Nahda du Caire. L’opération préparée depuis plusieurs semaines a débuté ce mercredi. Elle est sanglante. Les manifestants qui tentaient de fuir pour rejoindre un campement ont été pris d’assaut par les forces de sécurité. Selon Reuters, Plus d’une vingtaine de manifestants ont été atteint par des balles sur leurs jambes. Les autres qui peuvent encore marcher ripostent avec des moyens dérisoires : pierres et cocktail Molotov.

500 morts

Cette opération d’envergure semble avoir été millimétrée. Des hélicoptères survolent la place Rabiya Al-Adawiya située près de la mosquée. La police a bouclé plusieurs rues du lieu du sit-in avant de tirer des cartouches de gaz lacrymogène sur la foule. Des images à la télévision ont montré des bulldozers enfoncer des barrières de fortunes et des snipers placés sur les toits autour de la place, enveloppée de volutes de fumée. Les responsables des Frères musulmans, d’où est issue Mohamed Morsi, parlent déjà de plus de 500 morts et 9 000 blessés! C’est un véritable carnage, insistent-ils. Cette violence inouïe semble se propager dans toute l’Egypte. Trois églises coptes ont été incendiés ce mercredi par des pro-Morsi dans le centre de l’Egypte, suite au sanglant dispersement du sit-in au Caire.

Peu de condamnations à l’international

A l’international, pour le moment, peu de voix se sont levées contre cette escalade de la violence en Egypte. Hormis le Président turc Abdullah Gül qui a dénoncé une opération « inacceptable des forces de l’ordre égyptiennes aujourd’hui contre les partisans du Président islamiste déchu, Mohamed Morsi, qui a tourné au bain de sang », exprimant ses craintes que la situation en Egypte ne dégénère en un conflit semblable à celui en Syrie. Le Qatar, principal soutien des Frères musulmans, a également « dénoncé avec force la méthode utilisée contre les manifestants pacifiques (…) qui a coûté la vie à un certain nombre d’innocents sans armes ».

Sur un ton plus timide, l’Union européenne a quant à elle jugé « extrêmement préoccupantes aujourd’hui les informations faisant état de la mort de manifestants au Caire », a déclaré Michael Mann, porte-parole de la Haute Représentante pour la politique extérieure de l’UE, Catherine Ashton. Selon lui, « nous réaffirmons que la violence ne mènera à aucune solution et nous exhortons les autorités égyptiennes à procéder avec la plus grande retenue ».

Face à l’ampleur des évènements, la mosquée Al-Azhar au Caire a, elle, décidé de hausser le ton contre l’armée dont elle pointe du doigt la brutalité. Il s’agit de la plus haute autorité sunnite dans le monde, qui avait pourtant soutenu la destitution du Président islamiste. « Al-Azhar veut dire aux Egyptiens qu’elle n’avait pas eu connaissance des méthodes utilisées pour disperser les manifestations, sauf à travers la presse », a assuré sur une chaîne de la télévision publique le grand imam de la mosquée, Ahmed al-Tayyeb.

Alors que le bras de fer entre l’armée et les pro-Morsi se poursuit, dans toute l’Egypte on appréhende l’alourdissement du bilan, avec un nombre de morts qui ne cesse d’augmenter, aux dernières nouvelles.