Egypte : la violence trouble la présidentielle

La présidentielle égyptienne a pris un nouveau tournant. Le quartier-général du candidat Ahmed Chafik, ex-Premier ministre de Hosni Moubarak, a été saccagé lundi soir par des manifestants en colère qui refusent qu’il accède au deuxième tour de l’élection. Il affrontera le candidat des Frères musulmans Mohamed Morsi.

La violence a mis fin à la paisible présidentielle égyptienne. Des milliers de personnes ont manifesté lundi sur la place Tahrir, réclamant le retrait de la candidature d’Ahmed Chafik, ex-Premier ministre de Hosni Moubarak, qui affrontera au deuxième tour le candidat des Frères musulmans Mohamed Morsi. Les protestataires peinent à accepter que cette figure de l’ancien régime accède au deuxième tour du scrutin. Certains manifestants très en colère ont même été jusqu’à saccager lundi soir son quartier général de campagne dans le quartier Dokki, au Caire, avant d’y mettre le feu, selon l’agence de presse Mena. Les pompiers ont finalement réussi à éteindre l’incendie aux environs de 23h20. Si aucune victime n’a été à déplorer un certain nombre de suspects ont été interpellés.

Cette attaque est survenue quelques heures après la confirmation par Farouk Sultan, le président de la Haute commission pour l’élection, du duel entre Ahmed Chafik et Mohammed Morsi pour le second tour du scrutin qui se tiendra le 16 et 17 juin. Les partisans de l’ex-chef du gouvernement égyptien soupçonnent les islamistes et les jeunes qui ont mené la révolution qui a la chute de Hosni Moubarak, d’être à l’origine de ces violences.

Une partie de la presse s’est toutefois demandée si cet incident ne pourrait pas tourner à l’avantage d’Hamed Chafik. Le quotidien indépendant al-Chorouk note ce mardi que « cet incendie suscite des interrogations et certains se demandent si M. Chafiq ne pourrait pas en profiter pour augmenter sa popularité ». Le journal indique également que cette attaque est « entourée de mystère ».

Les autorités craignent que cet incident en entraine d’autres dans les jours à venir. Le Premier ministre Kamal al-Ganzouri doit présider prochainement une réunion des gouverneurs du pays « pour discuter des moyens d’assurer la sécurité du 2e tour », a indiqué ce mardi le quotidien gouvernemental al-Ahram sur son site internet. Pourtant, jusqu’à présent, la présidentielle s’était déroulée sans heurts majeurs.

Les jeunes de la révolution dans le désarroi

Maintenant que les noms des candidats qui s’affronteront au deuxième tour sont connus, les milieux libéraux et laïques ainsi que les mouvements des jeunes révolutionnaires sont contraints de choisir entre un islamiste et un symbole de l’ancien régime. Une situation qui les plonge dans un profond désarroi. Les deux candidats qui tentent d’élargir leur électorat ont assuré aux jeunes de la révolution de février 2011 qu’ils gouvernereraient pour tous les Egyptiens. Mais ces derniers sont loin d’être convaincus par ces promesses.

Pour Tewfik Aclimandos, chercheur spécialiste de l’Egypte, contacté par Afrik.com, « aucun d’entre eux n’a de solution magique pour relever l’Egypte. Ils ont tous des qualités mais aussi des défauts ». Selon lui, même si Ahmed Chafik est issu de l’ancien régime, « il a une chance sur le dossier sécuritaire car une partie de la population le croit capable de rétablir la sécurité, d’attirer les investisseurs étrangers et de convaincre la communauté internationale d’injecter de l’argent dans le pays ». Mais d’après le chercheur, l’ex-Premier ministre est « très loin de la réalité concernant les attentes de la jeunesse égyptienne. Il ne comprend pas l’ampleur des problèmes des jeunes ». Quant à « Mohamed Morsi, analyse-t-il, sa force et faiblesse c’est d’être le candidat des Frères musulmans. Son avantage c’est qu’il n’est pas seul, il a une équipe derrière lui, un réseau. Mais il peut échouer car les Frères sont en perte de vitesse. »

L’armée qui est aux commandes du pays depuis la chute de Hosni Moubarak a promis de rendre le pouvoir aux civils le 1er juillet. Mais tiendra-t-elle sa promesse ? Tewfik Aclimandos estime que « l’armée va rendre le pouvoir mais restera un acteur important en Egypte. Elle ne disparaitra pas du jour au lendemain. C’est une force qui demeurera extrêmement importante. Elle va formuler des exigences avant de se retirer. Le chercheur affirme que l’armée a les moyens de reprendre les rênes du pays si les choses se passent mal ». Ahmed Chafik est proche de l’armée, « s’il remporte la présidentielle, il n’est pas impossible que l’armée puisse continuer à jouer un rôle en Egypte », selon le chercheur.

Cette présidentielle est historique. Pour la première fois le résultat n’est pas connu d’avance. Les Egyptiens attendent beaucoup du nouveau Président. Ils sont massivement allés voter, espérant que leurs rudes conditions de vie vont s’améliorer. « Il s’agit de l’élection la plus démocratique depuis soixante ans », assure Tewfik Aclimandos. « Jamais une présidentielle n’a été aussi ouverte », insiste-t-il. La violence pourrait cependant à tout moment ébranler le scrutin.

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