Egypte : la grippe aviaire fait une sixième victime

Une sixième personne a succombé, jeudi en Egypte, à la grippe aviaire. Le pays maghrébin est ainsi le seul du continent, avec Djibouti, à avoir déclaré des cas humains de la maladie. Une situation qui s’explique, au pays des pharaons, par la grande promiscuité avec les volailles.

La grippe aviaire continue de tuer en Egypte. Jeudi, une femme de 75 ans a succombé à la maladie dans le gouvernorat d’Al Minya, à environ 220 kilomètres du Caire. Les symptômes sont apparus le 11 mai, le lendemain elle était hospitalisée et traitée avec l’anti-viral Tamiflu. Sans succès. Elle est donc devenue la sixième victime du virus hautement pathogène H5N1, dont huit personnes ont pu être sauvées dans le pays.

Les femmes particulièrement touchées

L’Egypte a annoncé son premier cas de grippe aviaire chez des poulets le 17 février dernier. Un mois après, le pays annonçait son premier malade humain. Ceux qui ont suivi ont fait du royaume des pharaons le seul pays d’Afrique à avoir déclaré des contaminations humaines. Il a été récemment rejoint par Djibouti, qui a confirmé la transmission de la maladie chez un jeune enfant, dont l’état était stable le 12 mai.

Comme les autres femmes mortes de la grippe du poulet en Egypte, la septuagénaire avait un contact rapproché avec des volailles de basse-cour. « Les femmes meurent plus de la maladie parce que ce sont elles qui s’occupent des volailles. Elles sont donc plus exposées à la maladie », a expliqué à Afrik le Dr Hassan Elbushrah, conseiller régional pour les maladies émergentes au bureau régional pour la Méditerranée orientale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Volailles cachées pour éviter les pénalités

La grippe aviaire touche 20 des 27 gouvernorats du pays. Si la maladie s’est ainsi propagée, c’est notamment parce que la proximité entre les bêtes et les hommes s’est accentuée ces dernières années. « Il y a trente ans, il était difficile d’avoir du poulet au marché. Les gens devaient faire la queue pendant très longtemps. Du coup, ils ont décidé d’élever des volailles dans leurs cours et sur leurs toits pour pouvoir se ravitailler quand ils veulent. Aujourd’hui, il est très courant de voir des poulaillers dans les maisons », poursuit le responsable onusien, dont le bureau est basé au Caire.

Quand la première volaille malade a été annoncée, les gens auraient pris peur. « Cela a causé un grand débat. Ils ne voulaient pas trop tuer leurs bêtes, mais en même temps ils voulaient se débarrasser de la maladie. Le manque de compensation ne les a pas encouragés et, par peur de perdre l’une des seules sources en protéines animales peu chères, ils ont cachés leurs volailles dans leurs maisons. C’était aussi une façon d’échapper au risque de lourdes pénalités financières prévues dans les villes en cas de découverte de poulets chez des particuliers », indique le conseiller régional.

Une bonne détection des cas

Un élevage domestique qui a facilité le passage de la maladie de l’animal à l’homme, malgré les efforts du gouvernement pour sensibiliser la population. « Plus il y a de cas humains et plus il y de chances que la grippe aviaire se transmette d’homme à homme ». Un scénario que craignent toutes les instances sanitaires, car il pourrait signifier une pandémie mondiale.

L’Egypte est le second pays africain à avoir confirmé sur son sol la présence du virus H5N1. Le premier est le Nigeria, où la maladie a rapidement progressé. Ont notamment suivi le Niger, le Cameroun, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire ou encore Djibouti. Comment expliquer que seule l’Egypte compte autant de cas humains de grippe aviaire ? « Il y a plusieurs facteurs. Le public a notamment une bonne connaissance de la maladie. Et l’Egypte a de très bons laboratoires, dont l’Unité 3 de recherche de la Marine des Etats-Unis (Namru-3), qui permettent de fairede bons diagnostiques. La transparence du ministère de la Santé est aussi bonne. Ces aspects sont probablement biens meilleurs que dans les autres pays africains », indique le Dr Hassan Elbushrah. A l’heure où nous écrivons, il n’y a pas d’autres cas humains en cours d’analyse. Mais l’OMS, prudente, n’exclut pas que cela puisse arriver.