Egypte : Ibrahim Mahlab se mesure à la traditionnelle grogne sociale

Alors que l’élection présidentielle approche à grand pas, la grogne sociale en Egypte continue d’enfler. Le nouveau gouvernement dirigé par Ibrahim Mahlab, un cacique du régime Moubarak, parviendra-t-il à y faire face, mieux, à la résorber ?

A peine a-t-elle prêté serment samedi, que la nouvelle équipe gouvernementale, qui doit conduite l’Egypte vers une élection présidentielle, doit faire face à une intense grogne sociale. Cette même colère qui a fait tomber le gouvernement de Hazem El Beblawi.

Les six gouvernements qui se sont succédés depuis le soulèvement populaire en Egypte ont échoué face à la colère sociale, devenue la bête noire des politiques. Le gouvernement d’Ibrahim Mahlab, qui a décidé de placer la sécurité au centre de ses priorités, fera-t-il mieux que les formations précédentes ?

En ligne de mire, l’usine d’Etat Misr Spinning and Weaving, dont les ouvriers observent une grève afin d’obtenir le paiement de leurs primes. Cette usine de textile, située à Mahalla, dans le delta du Nil, a été, en 2006, à l’origine de grèves massives. A l’aube de la « révolution du Nil », les protestations sociales de Misr Spinning and Weaving ont muté en luttes politiques.

L’ex-Premier ministre El Beblaoui, pour calmer la tension sociale, avait misé sur un salaire minimum de 1 200 livres égyptiennes, soit 125 euros. Mais son application s’est révélée difficile.

Une mesure restrictive

Le salaire minimum a été l’une des grandes revendications pendant les manifestations qui ont poussé Moubarak à la démission. « Le terme de salaire minimum est trompeur car il ne s’agit pas du salaire exigible par tous à l’entrée sur le marché du travail, explique Kamal Abbas, directeur du Centre égyptien des services aux syndicats et aux travailleurs (CTWUS). C’est en réalité un revenu incluant salaire, primes et augmentations. Et la somme de 1 200 livres égyptiennes, exigée en 2006, ne prend pas en compte l’inflation », conclut-il, selon La Croix.

De plus, cette mesure ne concerne pas l’ensemble du secteur public. Sur les 7 millions d’employés d’Etat que compte l’Egypte, seuls 4,9 millions en bénéficieront. Sa mise en place, prévue en janvier 2014, a été retardée. Les travailleurs du secteur public ont donc multiplié les actions depuis janvier.

Avalanche de grèves

Près d’un mois avant l’élection présidentielle, les grèves partielles se multiplient, notamment chez les pharmaciens et les médecins, ou générales, comme c’est le cas dans les transports publics, en panne depuis le 1er mars. Même la police s’y met. Dans quelques gouvernorats, la mobilisation sociale s’est emparée de certains commissariats, suivie de près par la Poste.

Mahlab a pour mission de calmer, voire d’ « acheter », la grogne sociale. Dans un discours télévisé, le Premier ministre, fraîchement nommé, a appelé dimanche les grévistes à « mettre fin à toute sorte de sit-in et de manifestation », les exhortant à « travailler et produire » pour « construire le pays ». A l’instar de ses prédécesseurs, ce dernier a promis de prendre en compte leurs revendications et d’annoncer « des solutions urgentes (…) afin de garantir une vie digne au peuple égyptien ».