Egypte : Facebook sous haute surveillance

Le Ministère égyptien de l’Intérieur (MEI), par l’arrêté 765, a créé cet été un département spécial, chargé de contrôler les contenus sur Facebook et les activités menées sur cette plateforme internet dans le pays. Si les pages susceptibles de porter préjudice au président Mubarak et à son fils Gamal sont étroitement surveillées, celles inquiétant les opposants semblent l’être moins.

Internet libère la parole. Les Etats où la liberté d’expression est farouchement bafouée voient ce nouveau média comme un danger pour leur souveraineté. En Egypte, le ministère égyptien de l’intérieur a pris les devants pour surveiller l’internet et notamment Facebook. Le 1er juillet 2010, la création de l’arrêté 765 a permis l’établissement d’un département spécial, chargé de contrôler les contenus et les activités menées sur le réseau social en Égypte.

Le travail de ce nouveau Département du MEI est effectué par trois équipes différentes qui se relayent toutes les 8 heures. Chaque équipe est constituée de 15 personnes : 2 officiers de police, 10 greffiers de police et 3 ingénieurs informaticiens. La tâche principale de cette équipe serait de surveiller le contenu des pages Facebook et de publier des rapports sur les critiques présentes en ligne sur le président égyptien Hosni Moubarak ou son fils Gamal. Il est probable que cette collecte d’information vise à rechercher et punir les personnes qui utilisent le réseau social pour la liberté d’expression et exprimer leurs opinions politiques.

Grâce à internet, les affaires sont plus difficilement étouffées

Le MEI a commencé à s’intéresser de plus près à Facebook après l’appel à la grève du 6 avril 2008, lancé via ce réseau. Les internautes avaient utilisé ce moyen pour se réunir et protester contre une hausse abrupte du prix du pain. La manifestation avait été brutalement réprimée et les initiateurs du mouvement recherchés.

Dernière affaire en date, la tragique histoire est arrivée au blogueur Khaled Said. Après avoir diffusé une vidéo montrant des policiers se partageant une saisie de drogue et d’argent, il avait été interpellé le 6 juin dernier, dans un cybercafé de son quartier d’Alexandrie en Egypte. Battu à mort par deux policiers, en pleine rue et sous le regard de tous, son assassinat avait suscité l’émoi parmi les internautes égyptiens qui avaient créé un groupe Facebook pour lui rendre hommage et rétablir la vérité sur son histoire. Grâce à ce groupe, le mensonge gouvernemental qui établissait Khaled Said comme un toxicomane avait été démenti par les autorités et une version plus exacte rétablissait la vérité. Internet apparaît donc comme un nouveau moyen de liberté d’expression qui inquiète l’Egypte, d’où la création de cette nouvelle cellule de surveillance.

Une cellule de surveillance qui ne semble pas avoir pour premier objectif de protéger l’opposition politique. Le 4 septembre dernier, Mohamed ElBaradei avait accusé les autorités d’avoir publié sur Facebook des photos de sa fille Laïla en maillot de bain, et du mariage de cette dernière où il était servi du vin, afin de chercher à nuire à son image auprès d’une opinion égyptienne très conservatrice sur le plan religieux. L’ex-patron de l’AIEA, devenu l’opposant le plus en vue en Egypte après avoir annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle de 2011, avait déclaré qu’« une telle campagne représente la seule réponse (…) du régime à ceux qui réclament la démocratie ». Néanmoins, le Parti national démocrate (PND, au pouvoir) avait condamné la publication de ces photos, qu’il a qualifiée d’acte « déshonorant ».

Le nombre d’utilisateurs de Facebook en Egypte a atteint 3,8 millions cette année. Maintenant, il existe dans le pays une équipe de 45 personnes qui contrôle leurs activités, tant sur le réseau social que dans leurs e-mails. En Egypte, 1984, le roman d’anticipation de George Orwell, n’a jamais été aussi réel.