Égypte, Éthiopie, Soudan du Sud : Pagak révèle les nouveaux équilibres africains


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Pagak au coeur du nouveau jeu d'alliances entre Le Caire, Djouba et Addis-Abeba
Pagak au coeur du nouveau jeu d'alliances entre Le Caire, Djouba et Addis-Abeba

La décision du Soudan du Sud de mettre fin à la présence militaire égyptienne à Pagak, près de la frontière éthiopienne, illustre les recompositions en cours en Afrique de l’Est. Entre rivalités autour du Nil, crise pétrolière et rapprochement avec Addis-Abeba, Djouba semble désormais privilégier ses intérêts économiques immédiats.

Selon plusieurs sources régionales, les autorités sud-soudanaises auraient demandé la fermeture d’une présence militaire égyptienne près de Pagak, dans l’État du Haut-Nil. Désormais, les relations entre l’Égypte et le Soudan du Sud rentrent dans une zone de turbulence. Située à proximité des frontières avec l’Éthiopie et le Soudan, cette installation occupait une position stratégique dans une région où se croisent enjeux sécuritaires, énergétiques et diplomatiques.

Si plusieurs observateurs y voient un signe supplémentaire de la recomposition des alliances en Afrique de l’Est, aucune des deux capitales n’a officiellement présenté cette évolution comme une rupture. Mais le message politique n’en demeure pas moins significatif.

Pagak, un point sensible près du Nil Bleu

La localité de Pagak occupe une place particulière sur l’échiquier régional. Proche de la frontière éthiopienne, elle constitue un point d’observation privilégié dans une zone marquée par les rivalités autour du bassin du Nil et du Grand Barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD).

Depuis plusieurs années, l’Égypte suit avec une attention particulière ce mégaprojet hydroélectrique construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu. Le Caire estime que la gestion du barrage pourrait affecter sa sécurité hydrique, dans un pays où le Nil demeure la principale source d’approvisionnement en eau. Dans ce contexte, la présence militaire égyptienne au Soudan du Sud était souvent interprétée comme un élément de sa stratégie d’influence régionale.

La décision sud-soudanaise intervient aussi dans un contexte économique tendu. Depuis le déclenchement du conflit au Soudan en avril 2023, le Soudan du Sud fait face à de sérieuses difficultés pour exporter son pétrole, principale source de revenus du pays. Les perturbations répétées des infrastructures de transport traversant le territoire soudanais ont fragilisé une économie déjà vulnérable.

Djouba explore donc depuis plusieurs mois des alternatives pour diversifier ses voies d’exportation et réduire sa dépendance aux corridors traditionnels. Dans cette perspective, l’Éthiopie apparaît de plus en plus comme un partenaire stratégique, notamment autour de projets routiers, énergétiques et commerciaux.

Le bassin du Nil au cœur des recompositions

Cette décision intervient au moment où les débats sur la gouvernance des eaux du Nil se durcissent. L’Égypte continue de défendre les accords historiques encadrant le partage des ressources hydriques du fleuve, tandis que plusieurs pays d’Afrique de l’Est plaident pour une répartition jugée plus équilibrée.

Le Soudan du Sud s’est progressivement rapproché de cette position, aux côtés de l’Éthiopie, de l’Ouganda, du Rwanda, du Burundi ou encore de la Tanzanie. Cette évolution traduit la volonté croissante de ces États de peser davantage dans les discussions sur l’avenir du bassin du Nil.

Pour l’Égypte, il s’agit d’un nouveau défi diplomatique. Le pays conserve d’importants leviers politiques, économiques et militaires sur le continent, mais la montée en puissance de l’Éthiopie, portée par son poids démographique, sa croissance économique et ses grands projets d’infrastructures, modifie les équilibres régionaux.

Au-delà du cas de Pagak, cette affaire témoigne d’une réalité plus large : les États africains définissent de plus en plus leurs alliances en fonction de leurs intérêts économiques immédiats et de leurs besoins de développement. Pour le Soudan du Sud, confronté à une crise humanitaire persistante, la sécurisation des débouchés pétroliers apparaît comme une priorité nationale. Pour l’Éthiopie, il s’agit de consolider son rôle de puissance régionale.

Pour l’Égypte, enfin, l’enjeu reste de préserver ses intérêts stratégiques dans le bassin du Nil.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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