ECO en 2027 : la CEDEAO peut-elle lancer sa monnaie avec seulement quelques pays ?


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Siège de la CEDEAO à Abuja
Siège de la CEDEAO à Abuja

Le projet de monnaie unique de la CEDEAO entre dans une phase décisive. À quelques mois de 2027, l’organisation régionale accélère les travaux préparatoires au lancement de l’ECO. Réuni le 7 septembre 2026, le Conseil de convergence a examiné les conclusions des travaux conduits par les experts et les gouverneurs des banques centrales. L’échéance est toujours jugée réalisable, mais les décisions les plus sensibles restent à prendre. Désormais, chaque étape compte.

Pendant longtemps, l’ECO a ressemblé à une promesse constamment repoussée et échéances se sont succédé sans jamais déboucher sur la mise en circulation de la monnaie commune. Cette fois, le discours de la CEDEAO se veut différent car il ne s’agit plus seulement de fixer une date, mais de préparer concrètement les conditions de son lancement. La 14e session du Conseil de convergence, tenue en visioconférence, lundi, a ainsi examiné les conclusions des travaux techniques menés au cours des dernières semaines. Inflation, déficit budgétaire, réserves de change, dette publique et autres indicateurs macroéconomiques ont été passés au crible. Ces données doivent permettre de déterminer quels États sont réellement capables de franchir la première étape vers l’union monétaire.

Le temps des derniers réglages

Le message adressé par les gouverneurs est sans ambiguïté : 2027 reste l’objectif, mais il faut désormais accélérer. Le Comité des gouverneurs a demandé que les travaux politiques et juridiques encore en suspens soient rapidement repris. La CEDEAO a d’ailleurs chargé la Task Force présidentielle consacrée à l’Eco de se réunir avant le sommet de décembre. Son rôle sera notamment de trancher les questions qui ne peuvent être réglées par les seuls experts. La Guinée a par ailleurs été autorisée à rejoindre cette instance, dont le Président Alassane Ouattara est désormais le seul membre encore en fonction parmi les membres initiaux.

Avant l’échéance de 2027, des questions essentielles devront être tranchées. D’abord comment organiser la future banque centrale, puis quelle politique de change adopter ? Enfin, comment gérer les différences entre les économies de la région ? Et surtout, comment articuler la future monnaie avec l’espace de l’UEMOA et les pays utilisant aujourd’hui le franc CFA ?

Une première vague pour ne plus attendre tout le monde

La principale nouveauté depuis quelques semaines tient à la stratégie de lancement de la monnaie. En effet, la CEDEAO n’envisage plus nécessairement une entrée simultanée de tous ses membres. Les États qui rempliront les critères de convergence et seront prêts pourraient constituer le premier groupe. Cette approche à plusieurs vitesses permet de ne pas laisser les économies les mieux préparées prisonnières des difficultés des autres. La Commission de la CEDEAO avait déjà indiqué que tous les États n’auraient pas nécessairement à satisfaire les critères de convergence au même moment pour permettre au processus d’avancer.

Le sommet des chefs d’État de juillet 2026 a confirmé la volonté de maintenir le cap de 2027, alors que la CEDEAO cherche parallèlement à relancer son agenda d’intégration régionale. La réunion tenue lundi dernier par les gouverneurs des banques centrales rappelle que le calendrier est désormais serré et que le compte à rebours est effectivement lancé. Il faudra passer des intentions aux décisions, des décisions aux mécanismes et des mécanismes à la monnaie.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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