
Lors des flambées d’Ebola, les femmes sont souvent les premières au chevet des malades, les accompagnatrices dans les centres de soins, les infirmières, les sages-femmes, les relais communautaires ou celles qui préparent les corps pour les funérailles. Cette place centrale dans le soin, souvent invisible, les expose davantage au virus et en fait l’un des visages les plus vulnérables des épidémies.
Ebola frappe les corps, mais il suit aussi les lignes de fracture des sociétés. À chaque nouvelle flambée, la réalité rappelle que les femmes se retrouvent en première ligne. Non pas parce que le virus les ciblerait biologiquement davantage, mais parce que les rôles sociaux leur assignent une proximité constante avec la maladie.
Dans les familles, ce sont souvent elles qui lavent les enfants fiévreux, nourrissent les proches affaiblis, changent les draps, nettoient les vomissures, accompagnent les malades jusqu’au centre de santé ou restent auprès d’eux quand les autres s’éloignent par peur. Or Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Dans ces conditions, chaque geste de soin est aussi un geste d’exposition.
Les soignantes en première ligne
Cette exposition est encore plus forte dans les structures de santé. Infirmières, sages-femmes, aides-soignantes, agentes communautaires, dans de nombreux pays africains, les femmes constituent une part essentielle du personnel de santé de proximité. Elles soignent, mais elle maintiennent aussi le lien avec des communautés souvent méfiantes face aux dispositifs d’urgence.
Lors des grandes épidémies d’Ebola, notamment en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 ou en RDC, le manque d’équipements de protection, la fatigue, la surcharge des centres de soins et la pression familiale ont multiplié les risques pour ces professionnelles de santé. Beaucoup ont payé de leur vie un engagement que les statistiques officielles peinent à rendre visible.
Les femmes enceintes, elles, cumulent les vulnérabilités. La fièvre, les saignements ou les complications obstétricales peuvent être confondus avec d’autres urgences médicales. L’accès aux soins devient plus difficile lorsque l’épidémie désorganise les maternités. Et la peur de la contamination peut conduire certaines femmes à retarder leur consultation, avec des conséquences dramatiques.
Accompagner, enterrer, survivre
Dans plusieurs régions touchées par Ebola, les rites funéraires occupent une place centrale. La toilette du corps, les adieux, le contact avec le défunt relèvent souvent de devoirs familiaux et communautaires dans lesquels les femmes jouent un rôle majeur. Or les corps des personnes mortes d’Ebola restent hautement contagieux. Là encore, le respect des traditions peut se transformer en chaîne de transmission.
Enfin, les femmes sont aussi les grandes oubliées de l’après-épidémie. Aini, celles qui survivent doivent parfois affronter la perte d’un conjoint, la charge d’orphelins et la précarité économique. Mais cela peut être aussi la stigmatisation et la suspicion persistante de leur entourage. En effet, les soignantes contaminées, même guéries, peuvent être rejetées par leur quartier ou leur propre famille.
La flambée Bundibugyo déclarée en mai 2026 dans la province de l’Ituri repose ce problème avec une brutalité immédiate. Le 28 mai, le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, annonçait la mort de six membres du personnel soignant depuis le début de la riposte. Six professionnels de santé emportés en moins de deux semaines. Sans aucun doute majoritairement des femmes.



