
Alors que l’épidémie d’Ebola continue de progresser dans l’est de la République démocratique du Congo, l’Égypte vient de livrer à Kinshasa 2,5 tonnes de médicaments et d’intrants médicaux. Un geste présenté comme un élan de solidarité africaine, mais qui s’inscrit aussi dans une stratégie d’influence plus large du Caire sur le continent. Décryptage.
Face à la progression inquiétante de l’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo, l’Égypte a posé un geste concret de solidarité africaine. Le Caire a acheminé à Kinshasa un important lot de 2,5 tonnes de médicaments et d’intrants médicaux destinés à appuyer les efforts de riposte des autorités congolaises contre cette maladie hautement contagieuse.
Le don égyptien a été réceptionné ce jeudi 28 mai à l’aéroport international de N’Djili par le secrétaire général du ministère des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Sylvain Yuma Ramazani, en présence notamment de représentants de l’ambassade d’Égypte en RDC et des services sanitaires congolais. Les autorités congolaises, pour leur part, ont salué un geste « fraternel » et « salvateur ». Pour Kinshasa, cette assistance tombe à un moment critique de la lutte contre Ebola où plusieurs provinces de l’est du pays font face à une pression sanitaire de plus en plus forte.
Une épidémie qui inquiète toute la région
L’épidémie touche actuellement plusieurs zones de santé situées dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, des régions déjà fragilisées par l’insécurité et les déplacements de populations. Mais l’Ituri demeure l’épicentre principal de la maladie. Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère congolais de la Santé au 26 mai, la RDC compte 121 cas confirmés en laboratoire, dont 17 décès. Les autorités évoquent également 1 077 cas suspects, parmi lesquels 238 décès ont été enregistrés. Plus de 2 200 personnes contacts sont suivies par les équipes sanitaires et 133 personnes se trouvent actuellement hospitalisées en isolement.
Ces statistiques rappellent la dangerosité persistante du virus Ebola, dont les flambées successives continuent de mettre à rude épreuve les capacités sanitaires du pays. Dans les zones affectées, les structures médicales manquent souvent de ressources suffisantes, tandis que l’insécurité complique l’accès des équipes de santé à certaines localités.
Un geste diplomatique et humanitaire fort
Le lot envoyé par l’Égypte comprend des médicaments essentiels ainsi que divers intrants médicaux destinés à renforcer les capacités des centres de traitement et des équipes de riposte. Après réception, les produits ont été transférés à la coordination nationale de la lutte contre Ebola afin de subir les procédures de contrôle sanitaire et d’évaluation technique avant leur déploiement sur le terrain. Cette aide avait été annoncée quelques jours auparavant par l’ambassadeur d’Égypte en RDC, Hesham Abdel Salem Elmekwad, lors d’une séance de travail avec la ministre d’État, Eve Bazaiba Masudi, et plusieurs responsables des ministères concernés.
Au-delà de l’aspect médical, cette assistance traduit également la volonté du Caire de renforcer sa coopération avec Kinshasa sur les questions humanitaires et sanitaires. Depuis plusieurs années, l’Égypte multiplie les initiatives diplomatiques et les partenariats en Afrique centrale et orientale, cherchant à consolider sa présence sur le continent.
La solidarité africaine face aux crises sanitaires
À un moment où les rivalités géopolitiques dominent le monde et où la dépendance de l’Afrique vis-à-vis des aides occidentales reste une réalité, ce geste égyptien résonne comme un rappel de l’importance de la solidarité entre pays africains. Pour de nombreux observateurs, les crises sanitaires comme Ebola ou encore la pandémie de Covid-19 ont démontré que les États africains ne peuvent affronter seuls des menaces sanitaires transfrontalières. L’entraide régionale apparaît désormais comme une nécessité stratégique autant qu’humanitaire.
L’histoire récente de la RDC montre d’ailleurs que la lutte contre Ebola a souvent nécessité une mobilisation internationale importante. Mais cette fois, c’est un pays africain qui se place au premier rang de la solidarité concrète, envoyant un signal politique fort : les réponses africaines aux crises africaines deviennent progressivement une réalité. Ce soutien venu d’Égypte redonne aussi un peu d’espoir aux populations touchées, confrontées depuis des années à une succession de conflits armés, de déplacements forcés et de crises sanitaires. Pendant ce temps, les autorités sanitaires poursuivent leurs efforts pour contenir l’épidémie dans l’est du pays.




