Du nouveau dans l’enquête sur les attentats d’Alger

« On a trouvé dans le véhicule qui a explosé près du Palais du gouvernement, un dispositif télécommandé de l’extérieur», a déclaré hier au Quotidien d’Oran le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivité locales, Nouredine Yazid Zerhouni, en marge de la visite du président de la République à Constantine.

Auparavant, le ministre de l’intérieur s’interrogea lourdement: «S’agit-il réellement d’un attentat suicide ?». Mais en suivant son regard, il semblait bien que la réponse ne faisait aucun doute, du moins pour Zerhouni dont les propos convergeaient volontiers vers la thèse qui voudrait que le terroriste ne savait pas lui-même qu’il allait devenir un «kamikaze». Même en réitérant cette grosse interrogation, le ministre de l’Intérieur ne se priva cependant point de privilégier cette fameuse piste de «la manipulation» de jeunes désoeuvrés en se référant aux déclarations médiatisées du frère du terroriste, qui décrivait ce dernier comme un jeune qui s’adonnait à la drogue et aux boissons alcoolisées.

Sans trop forcer le trait, Zerhouni esquissait ainsi le stratagème qui aurait fait croire au terroriste Boudina qu’il allait stationner un véhicule bourré d’explosifs près du Palais du gouvernement, sans savoir que ses commanditaires avaient décidé de le «sacrifier» en actionnant la commande à distance bien avant le moment prévu. «Il se pourrait que ce jeune a été auparavant chargé de transmettre du courrier, transporter des paquets ou même de conduire un véhicule vers un endroit donné. Une manière d’endormir sa méfiance», dira-t-il. Même si les propos de Yazid Zerhouni restent au stade de l’hypothèse, il n’en demeure pas moins que la présence d’un dispositif télécommandé de l’extérieur dans le véhicule qui a explosé, légitime sa question de savoir si réellement il s’agissait d’un attentat suicide.

Pour M. Zerhouni, les terroristes sont acculés

Le ministre de l’Intérieur devait souligner ensuite le fait que les abords du Palais du gouvernement étaient accessibles, d’autant que l’édifice gouvernemental ne disposait pas d’une sécurité renforcée. Ceci pour dire que ce n’était pas une tâche impossible pour les terroristes de faire ce genre d’attentat. Et de parler des attentats qui ont eu lieu à Madrid, Londres… pour souligner que «c’est le genre d’attentat le plus simple, pour ne pas dire le plus lâche». Il devait préciser dans cette même veine que c’est le moyen le plus impopulaire pour les groupes armés.

«Pour qu’ils aient recours à ce moyen impopulaire, c’est qu’ils n’ont plus d’autres moyens», a déclaré le ministre de l’Intérieur. Invité à donner son appréciation sur ce nouveau type d’attentat en Algérie, plutôt connu en Irak ou en Afghanistan, le ministre préféra dire que dans ces deux pays, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de résister à un occupant, ce qui n’est pas le cas en Algérie. Et d’ajouter que les groupes armés, qu’ils s’appellent GIA, AIS, GSPC ou Al-Qaïda, sont en train de réagir par désespoir.

Interrogé sur les mesures prises après les attentats perpétrés mercredi dernier à Alger, le ministre soulignera que le dispositif sécuritaire a été renforcé dans les villes du pays. Rappelons que dans une précédente déclaration, il avait indiqué que les effectifs de policiers et de gendarmes seront revus à la hausse à travers tout le territoire national. Une décision qui a été prise au lendemain des attentats d’Alger lors d’une réunion regroupant plusieurs hauts responsables avec le président de la République. A la question de savoir s’il s’attendait à ce genre d’attentat, Nouredine Yazid Zerhouni répondra que le risque d’un attentat n’a jamais été exclu. Enfin, interrogé sur l’identité des deux kamikazes qui se sont fait exploser devant le commissariat de Bab Ezzouar, le ministre préféra parler des impératifs de l’enquête.

Par Mohamed Salah Boureni, pour Le Quotidien d’Oran