Du côté de chez Naguib Mahfouz

L’Amour au pied des pyramides, recueil de quatorze nouvelles de Naguib Mahfouz, vient de paraître en édition de poche chez Babel. Magistrale introduction à l’oeuvre narrative de l’écrivain égyptien. Diverse, mystérieuse et envoûtante.

De Naguib Mahfouz, on connaît bien l’oeuvre romanesque qui lui valut en 1988 le prix Nobel de littérature. Beaucoup moins les quelques deux cents nouvelles qui ont ponctué sa carrière. Et pourtant, quelle meilleure porte d’entrée dans l’univers et le style de l’écrivain égyptien ? L’Amour au pied des pyramides regroupe quatorze d’entre elles publiées de 1962 à 1996 en recueil ou dans des revues égyptiennes. Et offre un raccourci saisissant de la diversité de son imaginaire, de son évolution et de sa maîtrise narrative.

Plongée dans l’imaginaire

De la première nouvelle du recueil  » A la recherche de Zaabalâwî « , publiée en 1962, à la dernière,  » Enfance « , publiée en 1996, se dessine vaguement le parcours personnel de l’écrivain, depuis l’insatiable quête existentielle et mystique de la jeunesse jusqu’à une vision pacifiée, réconciliée, de l’être, venue avec la maturité. Mais entre les deux nouvelles, nulle évolution linéaire. Plutôt une balade erratique au coeur de l’imaginaire foisonnant du nouvelliste. Quoi de commun en effet entre les tableaux violents et surréalistes de  » Sous l’abri de bus « , marqué par les traumatismes de la défaite de 1967, l’anecdote amusante et attendrie du  » Magicien est parti avec le plat ! « , le récit nostalgique d' » Une maison de mauvaise réputation  » et l’aventure fantastique du  » Lieu et l’heure  » ?

Rien sans doute, si ce n’est le regard porté sur la société égyptienne et la critique politique qui sous-tend l’ensemble des nouvelles. Au fil des récits, Naguib Mahfouz trace les contours des quartiers vétustes du Caire, croque des personnages, marchands de fèves, policiers injustes et bornés, imams ou fonctionnaires, et décrit les difficultés de survie quotidienne des Egyptiens. Par le biais tour à tour de l’humour noir, la diatribe ou la métaphore. Ce faisant, il n’ennuie jamais, surprend toujours, et entraîne son lecteur dans les méandres de son univers romanesque. Magnifiquement servi par un style riche et ciselé. Envoûtant.

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