Driss Jettou l’inattendu

Le roi du Maroc Mohammed VI a nommé l’actuel ministre de l’Intérieur, Driss Jettou, à la tête du gouvernement. C’est donc un gestionnaire sans appartenance politique qui a été choisi par le monarque comme Premier ministre. Les partis politiques ne cachent pas leur mécontentement.

Cité par la presse marocaine comme  » premier ministrable « , Driss Jettou n’avait pourtant pas la faveur des pronostics. L’actuel ministre de l’Intérieur n’appartient à aucun parti politique et serait plus connu comme  » technocrate « . C’est pourtant vers ce gestionnaire de 57 ans que le choix du roi Mohammed VI s’est porté, mercredi dernier.  » La surprise est totale. On attendait un chef de gouvernement choisi parmi les dirigeants des grands partis et Driss Jettou est nommé Premier ministre. La seule explication est que le Souverain a décidé de monter au créneau. La décision royale de nommer un Premier ministre en dehors des partis et ayant la confiance du Trône ne signifie pas autre chose que la volonté clairement affirmée par le Souverain de prendre les choses en main « , analyse L’Economiste qui parle de  » coup de théâtre « .

Surprise au royaume

Celui qui remplace Abderrahmane Youssoufi, chef de l’Union socialiste des forces populaires et Premier ministre depuis 1998, est connu pour être proche du Palais. Il avait déjà été distingué par Hassan II qui lui a confié en 1993 le ministère du Commerce et de l’Industrie. Agé de 38 ans à l’époque, le diplômé en physique-chimie n’est pourtant pas un as de la politique. Versé dans les affaires, Driss Jettou est gérant de plusieurs entreprises, président de la Fédération marocaine des industries du cuir et vice-président de la puissante Association marocaine des exportateurs. Et surtout, directeur général de l’Office chérifien des phosphates. C’est donc pour ses qualités de gestionnaire et de fidèle que Mohammed VI a récompensé son (ancien) ministre de l’Intérieur qui a su mener à bien les  » premières élections libres et honnêtes  » que le royaume chérifien ait connues.

Législatives à la sauce islamiste

Les législatives, qui se sont déroulées le 27 septembre dernier, ont été, selon les observateurs, transparentes. Et c’est au ministre de l’Intérieur que le mérite en est revenu. L’échiquier politique a connu une profonde révolution avec l’émergence des islamistes du Parti justice et développement (PJD) qui, avec 42 sièges devient ainsi la troisième force du pays. Les journalistes marocains voient aussi dans cette nomination l’irritation du roi vis à vis des partis traditionnels, notamment l’USFP, qui n’ont pas su gérer l’avancée des islamistes. Car c’est plutôt le PJD qui n’a pas voulu les élections. Pour  » éviter l’exemple algérien « , le PJD avait décidé de ne présenter des candidats que dans 56 circonscriptions sur les 91 que compte le pays.  » Nous avons voulu éviter un raz-de-marée que nous aurions été incapables de supporter politiquement aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger. Le scénario algérien, c’est la phobie de tous les Marocains aujourd’hui « , analyse lucidement Abdelilah Benkirane, responsable du parti.

Le parti d’Abderrahmane Youssoufi ne cache pas son mécontentement et pourrait ne pas participer à la future coalition gouvernementale. Tout comme le PJD qui qualifie cette nomination de  » recul démocratique « .

L’actuel Premier ministre sait que deux grands dossiers qui l’attendent, et où son prédécesseur a échoué. Il devra juguler le chômage et réduire l’influence des islamistes. C’est à ce prix-là que le Maroc évitera le naufrage intégriste.

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