Driss Benzekri ou le combat pour la vérité

Driss Benzekri, président du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH) est décédé dimanche, à Rabat, à l’âge de 57 ans. Cet ancien opposant marocain était atteint d’une maladie incurable. Aussitôt informé de son décès, le roi Mohammed VI a adressé un message de « condoléances et de compassion à la famille du défunt ».

Peu bavard, cet enseignant d’origine berbère est qualifié par ses proches de patient et d’endurant. Né en 1950 à Aït Ouahi, Driss Benzekri a été diplômé en linguistique à la faculté de Rabat. Il a ensuite poursuivi ses études en France à l’université d’Aix-Marseille dans la même discipline.

Opposé au régime du roi Hassan II, il est arrêté en 1974 par les autorités marocaines. Il n’est libéré que 17 ans plus tard après avoir subi des tortures physiques. Après sa libération, Driss Benzekri milite contre la peine de mort au Maroc. En 1999, il adhère au Forum Marocain pour la Vérité et la Justice, une organisation non-gouvernementale ayant pour but de défendre les droits des victimes des années de répression (1969-1999) et l’élucidation du sort des disparus. Peu de temps après, il en devient le président.

Au service des droits de l’Homme

En 2003, Driss Benzekri est nommé par le Roi Mohammed VI, président de l’Instance Equité et Réconciliation (IER), commission de vérité chargée de régler les dossiers des droits de l’homme durant « les années de plomb » et les violations graves commises par l’Etat marocain durant le règne de Hassan II. La maladie et les souffrances n’ont pas empêché Driss Benzekri de mettre en place 17 000 dossiers de demandes d’indemnisation dont 10 000 auront une suite favorable.

Au terme de son mandat, il demande à l’Etat de présenter des excuses aux victimes des violations des droits de l’Homme et d’indemniser financièrement plus de 10 000 victimes ainsi que leurs familles. Aussi, il présente au roi un rapport réclamant la révision de la Constitution, la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice.

Driss Benzekri très apprécié

En 2005, un hebdomadaire marocain a réalisé un sondage sur l’homme de l’année qui a donné en tête Driss Benzekri, dont l’intégrité était reconnue par tous, devant le roi Mohamed VI qui arrive en deuxième position.

Malgré la maladie qui usait peu à peu son corps, Driss Benzekri a continué son combat de façon sereine jusqu’au bout. Certes, il reste des progrès à faire au Maroc en matière de droits de l’homme, mais Driss Benzekri a beaucoup participé à l’évolution du pays qui lui en est reconnaissant. « Le souvenir de ce grandissime regretté de la Nation, restera vivace dans Notre mémoire » a déclaré le Roi Mohammed VI, lundi 21 mai, dans son message de condoléances. Le défunt sera inhumé mardi à Aït Ouahi, son village natal.