Drague à l’africaine

Dragueurs les Africains ? Plutôt deux fois qu’une ! Si chacun possède sa technique, certaines phrases et phases d’approche sont entrées dans les mœurs. Aux messieurs de trouver le mot juste et le compliment parfait pour emballer les belles. Petit tour d’horizon des Don Juan africains…

Elle peut être à l’ancienne ou nouvelle vague. Piquante ou ennuyeuse. Relevée ou fade. Légère ou lourde. Il ne s’agit pas ici de moutarde mais de … drague ! Une appellation d’origine incontrôlée, surtout quand il s’agit de gloser sur le regard d’une fille, de magnifier ses cheveux ou son prénom, de toucher son cœur. Pour n’importe quel garçon, le moment-clé, c’est « l’entrée en matière », l’abordage. Complètement dépassés, les « On s’est déjà vu quelque part, non ? » ou « Est-ce-qu’on peut faire connaissance ? » Plus original : « Je crois qu’on s’est déjà vu dans mon rêve »… ou encore, cette phrase, à garder pour les coups de foudre dans le métro : « Mademoiselle, vous allez de mon côté ou c’est moi qui vais du vôtre ? »

Chacun possède sa technique mais en Afrique de l’Ouest et du centre, on retrouve à peu près les mêmes appâts. Comme les Zaïrois, les Ivoiriens sont réputés être de gros dragueurs, encore plus lorsqu’ils vivent entre Paname et Abidjan. Et ils n’hésitent pas à sortir l’artillerie lourde. Paul, 32 ans, vit à Paris, où il se tient relativement sage, mais lorsqu’il retourne dans sa ville natale, il met le feu. « Je drague beaucoup en Côte d’Ivoire mais c’est normal : les femmes là-bas, aïe, aïe, aïe ! Elles font toutes envie ! Avec l’étiquette « Paris » tu les fais tomber comme des mouches, presque sans efforts. J’avoue que je me sers de cet argument. » A Abidjan, Parigot ne rimerait donc pas avec « tête de veau » mais plutôt « Cyrano » !

Les plus gros tchatcheurs

Pour séduire, Paul essaie donc d’attirer l’attention sur ses signes extérieurs parisiens : les vêtements, toujours extrêmement soignés. « Le style, c’est très important car les Ivoiriennes adorent la mode. » Ensuite, la voiture. Et enfin, « le verbe », la façon de parler. Paul est un rapide, il emballe en 5 minutes sinon, c’est qu’il y a problème. Résultat : il va droit au but. « Purée, t’es bien roulée » ou, autre version, « Ma parole, t’as de beaux yeux » ou « T’es bien galbée » sont des phrases qui marchent. « Les filles aiment entendre ce genre de choses car finalement, on les leur dit rarement. » Enfin, pour achever la victime : le parfum, arme fatale n°4. « Les filles adorent le parfum, ça marche à tous les coups même si c’est un artifice ! »

Elisa, 23 ans, qui habite Abidjan reconnaît que « dans la drague, il y a cette culture de la superficialité ». « Les filles sont sensibles au côté matériel des choses. C’est sûr que tu auras plus tendance à écouter un mec qui t’aborde en Mercedes qu’en vélo ! Les Ivoiriens sont de gros tchatcheurs mais les filles sont habituées. Ça nous fait bien rire, surtout quand on est entre copines ! » A Abidjan, la drague est un mode de vie. Dans la rue, au cinéma, au travail… « Les manières de draguer des garçons diffèrent selon les lieux et il y a plusieurs catégories de dragueurs », précise Peggy, 25 ans. « Certains draguent, sortent avec une fille mais ne peuvent s’empêcher de draguer à nouveau le lendemain. D’autres sont plus sincères et cherchent vraiment l’âme sœur. »

Le refus de la deuxième chance

François, à Ouagadougou, au Burkina, a sa technique : il drague « légèrement » de jour, repère les filles qui l’intéressent et prend des contacts et des rendez-vous pour la soirée. « Pour les approcher, il faut faire les yeux doux. Ensuite, je vois si la fille est intéressée ou pas. Ici, on dit : « chaque fille a son prix et ce prix n’est pas forcément mon affaire ! » Si je drague juste pour m’amuser ou pour passer une soirée avec la fille, je la baratine le plus vite possible. Je repère le point sensible et si j’ai son accord, je m’élance sans pour autant promettre monts et merveilles. D’un autre côté, il arrive qu’un garçon drague la même fille pendant deux ou trois ans. Là, tout est question de volonté. Si au bout de tout ce temps, elle sort avec toi, c’est déjà ça ! »

Au Cameroun aussi, la drague est visible dans tous les lieux publics. Peut-être un peu plus dans les stades… « Les filles viennent aux matchs de foot ‘pour la troisième mi-temps’, elles sont plus intéressées par les garçons que par le ballon rond ! » remarque Alioum de Yaoundé, qui s’avoue séducteur dans l’âme. « Dès que j’ai une femme devant moi, je cherche à la séduire. Qu’elle soit belle ou non, peu importe, je veux la mettre à l’aise. Si elle me plaît physiquement, je vais chercher à cerner sa personnalité. J’engage la conversation pour voir ce qu’elle a dans la tête. Les premiers mots ne sont pas fait pour l’emballer de front. Il vaut mieux paraître sympa, attentionné, faire de petites remarques gentilles. J’essaie de trouver des brèches dans lesquelles m’engouffrer. Mais il faut savoir qu’au Cameroun, les filles disent toujours ‘non’ en premier. Ce qui n’est pas forcément définitif. D’ailleurs, pour elles, si un homme n’est pas revenu à la charge trois fois, c’est qu’il n’était pas vraiment intéressé. Le deuxième refus est en fait une deuxième chance… »

Jeu du chat et de la souris

Parfois, c’est l’effet de surprise qui peut jouer en faveur du dragueur qui doit alors avoir une sacrée dose de cran. Isma, 21 ans, se rappelle qu’un de ses amis de lycée, à Cotonou, avait repéré une nouvelle à l’école. « Sans connaître son nom, il est parti chez elle à l’heure de la sieste, s’est fait passer pour l’une de ses connaissances, a insisté pour la voir et est allée la réveiller dans sa chambre ! Au début, la fille était choquée. Mais il lui a fait du baratin : « Dès que je t’ai vu, ma vie a changé, je suis sous ton charme… » Ce culot a fait rire la fille et ça a marché alors que c’était parti pour échouer ! »

A côté de ces victoires-éclair, la drague peut parfois durer très longtemps. Isma explique : « Les relations entre les filles et les garçons au Bénin relèvent du jeu du chat et de la souris. Les filles font attendre les garçons, mettent leur amour à l’épreuve. J’ai un ami qui a couru après une fille pendant un an ! Et pendant ce temps-là, elles se font entretenir… » Dur, dur d’être un dragueur… Mais ce n’est toujours facile du côté des filles non plus car certains confondent drague et harcèlement. Peggy, d’Abidjan, en a fait les frais. « Je me suis fait poursuivre par un homme de vingt ans mon aîné que je croisais tous les jours dans ma rue. Quand je suis allée à l’université, il s’est débrouillé pour avoir mon numéro de chambre et il est venu frapper à ma porte ! Il est même allé voir mes parents pour leur demander ma main ! Je suis tombée des nues bien sûr et je l’ai envoyé paître ! » Et oui, la drague trop lourde, c’est comme la moutarde trop forte, ça monte vite au nez.