Douce France

La France ne fait plus rêver. De Dakar à Kinshasa en passant par Ouagadougou, Niamey et Libreville, les jeunes Africains ne sont pas dupes quant aux mirages de la France. Entre les difficultés d’obtention du précieux visa et leur amour pour leur pays, ils ne convoitent bien souvent de la France que ses diplômes. Témoignages…

 Rasmane 30 ans, technicien en bureautique, Ouagadougou, Burkina

La France ne fait plus rêver

« Sur le plan politique, même si le pays reste celui des droits de l’Homme, nous voyons la France comme la raison de nos problèmes. Il y a un sentiment anti-français qui est présent ici. En matière économique, l’ancienne puissance colonisatrice nous donne d’une main ce qu’elle reprend de l’autre. La France ne fait plus rêver. Et puis il faut dire qu’au niveau du visa, c’est la croix et la bannière pour en décrocher un. Beaucoup de Burkinabé qui font le choix de partir émigrent aux Etats-Unis, aux Emirats arabes unis et surtout en Italie. Et il subsiste toujours une émigration régionale. A la fin des récoltes, de nombreuses personnes quittent le pays pour aller travailler six mois dans des plantations en Côte d’Ivoire (même malgré la guerre) ou au Ghana. Ou bien pour aller faire des petits boulots à Abidjan. »

 Abdoul Kader, 25 ans, informaticien, Bamako, Mali

La France : un tremplin professionnel

« La France est certes le pays qui nous a colonisé mais je garde du pays une image forte. C’est une grande puissance politique, économique et intellectuelle. Pour les Maliens, la France est un pays aisé et tous les gens veulent y aller. D’ailleurs c’est aussi dans mes projets. J’entends parler de la France à la télé et surtout par des personnes qui en reviennent. C’est surtout une image de réussite. L’une des régions les plus riches du pays est celle de Kayes (Ouest du pays, ndlr) et 90% des gens qui y vivent ont de la famille en France qui leur envoie de l’argent pour qu’ils puissent investir dans le pays. J’aimerai aller en France, mais uniquement dans le cadre de mes études. Il est plus facile de trouver du travail avec un diplôme français. Je n’aimerais pas m’installer là bas, ça serait du gâchis. On sait très bien que les Africains sont victimes de racisme en France et que nous sommes cantonnés aux emplois subalternes. Je préfère rentrer et servir mon pays. Mais le gros problème pour aller en France, reste le visa. Un visa français, ici, c’est de l’or. »

 Arnaud, 25 ans, employé dans une société de distribution, Niamey, Niger

Partir pour ne plus revenir

« La France est un bon pays. Plus développé que le Niger. Avant-hier, il y a un ami qui est revenu de France et je n’arrête pas de le presser de questions. J’aime la France. Je suis d’ailleurs un fervent supporter de l’équipe de France. Là bas, je pense que les gens n’ont pas de problèmes, alors qu’ici chacun de nous se cherche. Il y a des gens qui préféreraient émigrer vers les Etats-Unis, moi je préférerais un pays francophone et en premier lieu la France. Mais le visa est très dur à obtenir. J’aimerai bien changer d’air. Mais si je parviens à partir en France, ce sera très dur pour moi de revenir m’installer au Niger. J’y retournerai sans doute en vacances. »

 Barthélemy, 33 ans, journaliste, Dakar, Sénégal

Je suis très bien au Sénégal

« La France est le pays des droits de l’Homme mais on ne perçoit pas cela dans sa relation avec les Etats africains. Malgré ce qu’elle affiche, je ne pense pas que la France défende les intérêts de l’Afrique. Elle défend simplement ses propres intérêts. Il y a une certaine hypocrisie là dessous. La France ne me fait pas rêver. Mais le mythe français subsiste toujours dans les quartiers, notamment auprès des jeunes chômeurs. Et quoi qu’on leur dise, ils n’en démordront pas. Même si on leur affirme que la France n’est pas si idyllique que ça, ils croiront seulement que vous êtes méchant parce que vous ne voulez pas qu’ils réussissent. Sinon, beaucoup de jeunes Sénégalais se tournent aujourd’hui plus volontiers vers l’Italie et les Etats-Unis que vers la France. Personnellement, je ne rêve pas d’exil. J’aimerai juste voyager pour découvrir d’autres cultures. Je n’ai rien contre les candidats à l’exil. Je trouve simplement dommage que ceux qui reviennent au Sénégal avec un diplôme français ou étranger soient mieux considérés que ceux issus des écoles sénégalaises, alors que nous n’avons bien souvent rien à envier à la qualité de leurs études. »

 Eric, 25 ans, informaticien, Libreville, Gabon

Venir en France pour mes études

« Je rêve d’aller en France et en Europe depuis mon plus jeune âge. J’aurais pu y aller grâce au football, mais mes parents tenaient à ce que je choisisse les études au lieu du sport. Il y avait également une question de moyens. Aujourd’hui je désire toujours aller en France mais uniquement pour apprendre et me perfectionner dans mon domaine, l’informatique et le développement de site Web. Ici, nous apprenons uniquement avec les livres et Internet. Si je viens en France, c’est uniquement pour étudier et revenir monter quelque chose au pays où nous manquons de développeurs. Ceux qui sont en France me racontent que la vie n’est pas si facile que nous le croyons en Afrique. Et moi je les crois. Tout le monde vise Paris quand ils veulent partir en France, mais moi je serais plutôt tenté par la province. Il semblerait que le rythme et la qualité de vie ne soient pas les mêmes et que ceux de la province me correspondraient mieux. Encore faut-il avoir un visa. Pour en avoir un, il vous faut vraiment un dossier en béton. »

 Toto, 29 ans, webmaster, Kinshasa, RDC

La France peut aider les gens à émerger plus vite qu’en Afrique

« La France est une terre d’aubaine, pour nous, Congolais francophones. Parce que si nous voulons y poursuivre nos études, nous ne serons pas dépaysés au niveau de la langue. Par rapport à mes lectures, à ce que l’on voit à la télé, ce que j’écoute sur RFI et par rapport à ce que les personnes qui en reviennent en disent, je ne peux pas me permettre de dire que la France est un paradis. Mais disons que la France peut aider les gens à émerger plus vite qu’en Afrique. Si la vie n’est pas facile là-bas, elle est toujours plus facile qu’ici. Pour peu que l’on soit en règle. Si je pouvais, j’irais faire des études là-bas. Mais le plus difficile reste le visa. C’est plus compliqué d’obtenir un visa, français ou belge, que de se retrouver au paradis. Pour un visa, même la mer à boire ce n’est pas assez. Si vous introduisez une demande de visa et que vous n’avez pas d’appui, votre démarche est totalement vouée à l’échec. J’ai une cousine qui a fait une demande pour la France il y a 2 ans. Elle n’a toujours pas reçu de réponse. Les pays anglo-saxons sont plus flexibles, c’est pourquoi beaucoup de personnes se tournent vers l’Angleterre ou les Etats-Unis. »

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