Djénéba Seck, la prêcheuse du Mali

Djénéba Seck

Djénéba Seck est la gagnante de la dernière édition des Trophées de la musique du Mali (Tamani). Plébiscitée par l’ensemble des Maliens, celle que l’on nomme affectueusement « la diva prêcheuse » succède à Oumou Sangaré et Adja Soumano. Ses messages sur l’importance des valeurs familiales et la place de la femme dans la société font d’elle une artiste qui réconcilie les générations. Suite à son couronnement, Afrik a tenu à en savoir plus à son sujet.

« Le Tamani d’or du meilleur artiste malien de l’année 2005 revient à…Djénéba Seck ! ». Le public, en délire, acclama très chaleureusement la gagnante de la troisième édition des Trophées de la musique au Mali. Presque surprise par cette distinction, celle dont le 4e opus Mali Ba truste les playlist maliennes a reçu son titre des mains du ministre malien du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées, Djibril Tangara. Inutile de demander aux Bamakois ce qu’ils pensent de la victoire de Djénéba Seck, car ils vous répondront qu’elle va de soi. La « diva prêcheuse » n’est pas une inconnue dans le milieu artistique malien. C’est une référence. Depuis la sortie de son premier album (Kankeletigiya, 1992), cette grande dame de la musique a gravi petit à petit les échelons, en surmontant bien des obstacles, avant d’atteindre la consécration. D’une tendresse et d’une simplicité hors du commun, Djénéba Seck nous a reçu dans son humble demeure, au lendemain de son sacre.

Afrik.com : Vous venez de remporter le Tamani d’or du meilleur artiste malien de l’année 2005. Quelles sont vos impressions ?

Djénéba Seck :
Je tiens à remercier tout le monde. Je suis très heureuse d’avoir été désignée par le public. C’est d’une certaine façon la récompense d’un travail de longue haleine. C’est une joie pour un artiste d’être reconnue par les fans, car cela lui donne envie de faire toujours plus pour contenter son public. Cette consécration a été pour moi un grand moment d’émotion. Je tiens à remercier les initiateurs des Trophées de la Musique au Mali, car de tels évènements encouragent énormément les artistes.

Afrik.com : Comment justifiez-vous votre sacre lors de cette 3ème édition des Tamani ?

Djénéba Seck :
Je pense avoir remporté le Tamani d’or grâce à mes messages qui touchent toutes les catégories sociales. En général, dans mes chansons, je donne des conseils à la société entière, aux femmes en particulier. Mes paroles s’adressent à tout le monde, même à ceux qui ne comprennent pas le bambara. Il paraît que mes messages ne laissent personne indifférent.

Afrik.com : Lorsque vous donnez des conseils aux hommes, que leur dites-vous ?

Djénéba Seck :
Dans ma dernière cassette, je parle beaucoup des couples. Il faudrait que chacun reconnaisse ses erreurs et que l’homme et la femme se serrent les coudes. Car aujourd’hui tout le monde est fautif. Tout le monde fait des erreurs. Il faudrait que les femmes se soumettent à leurs hommes car l’homme est le chef de la famille. Il faudrait également que les hommes prennent leurs responsabilités. Je conseille également aux jeunes d’écouter les parents, car un enfant qui n’écoute pas ses parents le regrette un jour.

Afrik.com : Comment êtes-vous entrée dans la musique ?

Djénéba Seck :
Quand j’écoutais la radio, plus petite, je répétais toutes les chansons qui passaient. Je n’ai jamais rêvé d’être chanteuse. J’étais très timide et j’avais une peur bleue du micro. Aujourd’hui je pense suivre mon destin. On m’appelait Fanta Demba, du nom d’une très grande griotte du Mali, parce que j’aimais beaucoup imiter les artistes que j’écoutais. Je ne connaissais ni le nom des chanteurs, ni le titre des morceaux, mais je connaissais tous les refrains par cœur. Ma vie quotidienne était rythmée par la musique. En découvrant le théâtre et la danse, j’ai abandonné l’école, en huitième année (équivalent de la classe de 4ème). J’ai d’abord fait du théâtre avec une troupe de mon quartier, le quartier Mali, de la commune 5 de Bamako. On a fait une représentation, pour la Biennale. C’est ainsi que j’ai rencontré Sékou Kouyaté, qui est aujourd’hui mon mari. Je dansais tout en faisant les chœurs pour d’autres artistes. C’était aux alentours de 1985, et je devais avoir environ 11-12 ans. Au fur et à mesure je me suis intéressée au chant. Sékou Kouyaté m’a ensuite encadrée afin de mettre ma voix en valeur. A l’époque, je bénéficiais, déjà, du soutien de mon entourage, qui depuis n’a eu de cesse de m’encourager. Avant son départ pour la France, j’ai beaucoup chanté pour Sékou. Une fois toute seule, je n’ai pas baissé les bras, au contraire. J’ai travaillé pour me perfectionner. C’est la grande époque du groupe « Bama Bala » (Les 3 Caïmans). Il y avait un musicien, Abdoulaye Traoré, dit Warren, au contact de qui j’ai pu apprendre de nouvelles choses. C’est d’ailleurs lui qui m’a aidée à sortir mon premier album, en 1992 (Kankeletigiya, ndlr).

Afrik.com : Maintenant que vous avez remporté le Tamani du meilleur artiste du Mali, avez-vous l’intention de vous orienter vers une carrière internationale ?

Djénéba Seck :
Le fait d’avoir les Tamani ne doit pas m’empêcher de progresser. Au contraire, il me faut confirmer et honorer cette distinction. Il est hors de question pour moi de me reposer sur cet acquis. Il faut être entourée de personnes compétentes, capables de vous faire évoluer dans votre art. Même en étant doué, sans encadrement il n’y a pas d’élan.

Afrik.com : A votre avis, sur quoi repose le succès planétaire de la musique malienne ?

Djénéba Seck :
Les Occidentaux apprécient notre musique à cause de ses sonorités traditionnelles. Si nous sommes appréciés, c’est essentiellement grâce à nos chansons du terroir. Il nous faut persévérer et développer notre originalité, au lieu de chercher à singer les Occidentaux.

Afrik.com : Vous parliez tantôt de la Biennale. Que représente-t-elle pour vous qui y avez fait vos classes ?

Djénéba Seck :
La Biennale a été créée par le premier Président du Mali. Elle se déroule tous les deux ans et c’est l’occasion de mettre en compétition toutes les régions du pays. Elle a acquis ses lettres de noblesse au temps de Modibo Keïta, avant d’être remise au goût du jour par l’actuel Président, Amadou Toumani Touré. C’est une très bonne chose pour les artistes, car elle leur permet de mettre en avant les spécificités régionales.

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