Djazaïr en images

Premier événement de l’Année de l’Algérie en France : Les Cahiers du cinéma présentent, à Paris, une sélection de films algériens. Mise en perspective de la production cinématographique, de l’indépendance à nos jours, par Thierry Lounas, journaliste aux Cahiers et programmateur du festival.

Coup d’envoi de l’Année de l’Algérie en France. Première manifestation de la saison culturelle, Les Cahiers du cinéma présentent une sélection de films algériens à Paris, du 20 novembre au 3 décembre au MK2 Hautefeuille – dans le cadre du Festival d’automne- et du 4 au 10 décembre au Magic Cinéma de Bobigny. Quelles ruptures ont marqué l’histoire du cinéma depuis l’indépendance ? Comment redonner un nouveau souffle à la production malgré le manque de moyens ? Quelles sont les attentes du public ? Thierry Lounas, journaliste aux Cahiers et à l’origine de la programmation, répond.

Qu’est-ce qui vous a guidé dans le choix de la programmation du Festival d’automne ?

Thierry Lounas : Les films que nous avons sélectionnés permettent de retracer l’évolution du cinéma algérien, de l’enthousiasme des informations algériennes d’après l’indépendance à la production contemporaine. La sélection n’est pas thématique. Nous avons juste adopté comme principe de ne programmer que des films de cinéastes algériens qu’ils vivent encore en Algérie ou qu’ils soient expatriés. D’autres manifestations rendront hommage aux cinéastes étrangers ayant tourné en Algérie, au cinéma de guerre. Dans le cadre du Festival d’automne, le public peut découvrir des auteurs de générations et de courants très différents : Farès, Tolbi, Beloufa, Tsaki, Allouache ou Hadjadj…, sentir le passage d’un cinéma algérien aux thématiques nationales, comme Le Charbonnier de Bouamari, à un cinéma algérois, résolument contemporain, préoccupé par le quotidien et dont Omar Gatlato de Allouache fait figure de film pionnier.

Le festival a déjà commencé, la semaine passée, au MK2 Hautefeuille à Paris. Quel genre de public s’est déplacé pour voir les films ?

Thierry Lounas : C’est un public très varié. Il est intéressant de noter qu’après la projection des films, lors des débats, les réactions ne sont pas du tout les mêmes de la part du public franco-français et de la part des jeunes gens d’origine algérienne. Alors que les premiers insistent sur le problème de la censure, de la liberté dans le cadre d’un cinéma d’Etat, les seconds viennent bien plus à la recherche de leur histoire. On sent que, à travers ces films, ils découvrent des sujets qui touchent à l’histoire de leurs parents, à leur culture, et dont ils n’ont peut-être pas pu parler avec eux…

En quoi pensez-vous que la célébration de l’Année de l’Algérie en France pourra aider au développement du cinéma algérien ?

Thierry Lounas : Le commissariat pour l’Année de l’Algérie en France s’est engagé à tirer des copies de films disparus ou difficilement visibles. C’est une excellente initiative. Ces copies neuves n’ont pas pu être prêtes pour le Festival d’automne, elles devraient l’être au début de l’année prochaine. On pourra alors découvrir, dans leur forme originale, de très beaux films, notamment le film de Mohamed Zinet, Tahia ya didou, dont je ne connais aucun équivalent dans le cinéma algérien. C’est, au départ, une commande de la Mairie d’Alger qui a été détournée par Zinet pour brosser un portrait très poétique, de cette ville.

D’autres projets ?

Thierry Lounas : Oui, Djazaïr devrait également aider à la production de longs et de courts métrages tournés sur le sol algérien, par des Algériens. Cinq de ces courts métrages, notamment, feront l’objet d’une co-production franco-algérienne. Je crois que c’est à partir de telles initiatives, aussi modestes soient-elles, que l’on peut contribuer au renouveau du cinéma algérien. Le court métrage permet une grande liberté. Il recrée, à son échelle, un embryon de tissu économique, pourvu, bien entendu, que l’on donne quelques moyens à de petits producteurs algériens. Pour redémarrer, il faudrait également inciter les uns et les autres à s’associer, parce qu’à travers de telles associations, comme celle de Mohammed Chouikh,  » les gens du films « , une réelle émulation peut naître. Le cinéma n’est pas qu’une question de moyens.