Disney avait « une volonté de discriminer »

SOS Racisme a saisi en début de semaine le substitut du procureur de Meaux (région parisienne) pour donner un coup de fouet à la plainte portée en février 2007 contre Disneyland Paris. L’association, qui accuse le parc d’attraction de discrimination raciale, espère ainsi accélérer le traitement de ce dossier. Interview de Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

SOS Racisme se rappelle au mauvais souvenir de Disneyland Paris. L’association a saisi en début de semaine le substitut du procureur de Meaux (région parisienne) pour relancer la plainte pour discrimination à l’embauche qu’elle a déposée en février 2007. Une plainte qui faisait suite à la publication d’une annonce dans laquelle la société expliquait rechercher des employés originaires de la communauté européenne. SOS racisme espère que le substitut du procureur de Meaux, spécialisé dans les affaires de discriminations, permettra de faire avancer la justice sur ce dossier. Précisions de Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Afrik.com : Comment avez-vous eu connaissance de l’annonce ?

Dominique Sopo :
Nous avons notamment été alertés par des militants car elle avait été publiée de façon très large en septembre 2006 dans plusieurs éditions du journal 20 Minutes.

Afrik.com : Avez-vous cherché à joindre Disneyland Paris après cette alerte ?

Dominique Sopo :
A partir du moment où cette annonce a été insérée, j’estime qu’il y a une volonté de discriminer. Disney peut difficilement plaider l’erreur car, avec son service juridique et son service de ressources humaines, il est impossible qu’il ait pu faire une erreur sur un fait de discrimination.

Afrik.com : Qu’espérez-vous qu’il ressortira de cette affaire ?

Dominique Sopo :
Nous voulons montrer qu’il est illégal de soumettre une annonce d’emploi basée sur une nationalité, rappeler la gravité de la discrimination en ce qu’elle atteint la cohésion nationale et participer à rompre avec la discrimination pratiquée au quotidien.

Afrik.com : Disney aurait expliqué qu’il s’était basé sur la législation du travail de l’Union Européenne pour rédiger son annonce…

Dominique Sopo :
Je ne savais pas qu’il fallait une nationalité particulière pour être jongleur ou barman ! La loi européenne va dans le sens de la lutte contre les discriminations, pas dans le sens de la fermeture.

Afrik.com : Disney aurait aussi souligné qu’il ne discrimine pas puisque ses 13 000 employés sont de 100 différentes nationalités…

Dominique Sopo :
On est dans un délit, là ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ! Qu’il ait 100 nationalités, on s’en fiche ! Même si Disney avait 200 ou 300 nationalités différentes, qu’est-ce que ça change ? Cet argument n’a aucune valeur et je le trouve très limite, pour rester poli. C’est comme si une boite de nuit qui refoulait des Noirs et des Arabes disait qu’elle ne fait pas de la discrimination parce qu’il y a des Noirs et des Arabes à l’intérieur : ce qui est grave, c’est d’empêcher quelqu’un de rentrer parce qu’il est noir ou arabe. Et peut importe qu’il y ait des déjà des Noirs et des Arabes à l’intérieur.

Afrik.com : Comment expliquez-vous que la justice soit si lente sur cette affaire, comme s’en étonnait le vice-président de SOS Racisme sur les ondes de France Info ?

Dominique Sopo :
La lenteur s’explique par le fait que, bien souvent en matière de justice, trop peu d’importance est accordée aux affaires de discrimination. On avait proposé de mettre en place dans les parquets des pôles anti-discrimination qui ne s’occuperaient que de ces affaires. Cela a été mis en partie en place par [la ministre de la Justice] Rachida Dati mais il y a une évolution des mentalités à avoir dans la magistrature pour que les dossiers de discrimination remontent au-dessus de la pile. Je pense que ce sont des affaires de premier ordre et si au ministère de la Justice on applique une politique le reconnaissant, il faut qu’elle soit appliquée sur le terrain.