Disgrâce totale pour Kamel Eltaief

L’ancien proche du président tunisien Ben Ali, Kamel Eltaief, vient d’être condamné à un an de prison ferme. Il avait fustigé le pouvoir en place et l’agression dont il avait été victime en octobre 2001 dans les colonnes du quotidien Le Monde.

La disgrâce. Kamel Eltaief, ancien proche du président tunisien Zine el Abidine Ben Ali, vient d’être condamné à un an de prison ferme par la sixième chambre correctionnelle de Tunis. L’homme d’affaires connu était accusé de  » simulation d’infraction « ,  » atteinte aux bonnes moeurs « ,  » outrage à un agent dans l’exercice de ces fonctions  » et  » imputation de faits illégaux à un fonctionnaire public par voie de presse « .

Kamel Eltaief avait été poursuivi suite à la publication d’une interview dans le journal Le Monde, le 30 octobre 2001. Il y critiquait le pouvoir en Tunisie et dénonçait la destruction de sa voiture le 26 du même mois, acte d’intimidation visant selon lui à le faire taire. Deux hommes à moto ont en effet saccagé son véhicule, sous ses yeux et en présence de témoins, en plein jour et dans une artère passante du Kram (banlieue de Tunis). Kamel Eltaief impute cette agression à deux hommes : le secrétaire d’Etat à la Sûreté, M’hamed El Ganzoui et Bechir Es Sahli, considéré comme l’homme de main des opérations spéciales au ministère de l’Intérieur en Tunisie.

Dénonciation publique

Kamel Eltaief, après avoir participé le 7 novembre 1987 à la destitution de l’ex-président Bourguiba et à l’arrivée au pouvoir du président Ben Ali, était devenu l’un des hommes les plus influents du nouveau pouvoir. Sans mandat officiel, il reçoit chaque matin pendant plus de six ans les ministres du gouvernement et les membres des services de renseignements dans ses bureaux de la rue de Beyrouth (centre de Tunis). Jusqu’en 1993, où le président préfère accorder ses grâces au clan Trabelsi (la famille de sa seconde épouse, Leïla). Depuis huit ans, un modus vivendi semblait s’être instauré entre l’homme d’affaires et le palais de Carthage – malgré une mise à sac de ses bureaux en 1995 ainsi qu’une arrestation et un interrogatoire de 24 heures en 1999.

Le saccage de sa voiture a changé la donne. En dénonçant publiquement l’agression, Kamel Eltaief devait savoir à quoi s’attendre. Il a pourtant regagné Tunis après ses déclarations au Monde. Il a été interpellé le 5 novembre 2001, au lendemain de son retour à Tunis.