Dimanche, Journée africaine du paludisme

2,7 millions de personnes meurent du paludisme chaque année, dont 1 million d’enfants de moins de 5 ans. Le fléau touche en majorité l’Afrique, qui s’apprête à vivre sa Journée du paludisme, dimanche 25 avril. La recherche d’un vaccin piétine, les médicaments traditionnels s’essoufflent, les programmes de prévention manquent de moyens. L’avenir de la lutte anti-palu est à chercher ailleurs, du côté d’une plante chinoise.

Dimanche 25 avril, Journée africaine du paludisme. Pourtant, c’est tous les jours qu’il faudrait penser à ce fléau qui semble remonter à la nuit des temps. Car on oublie trop souvent que le paludisme est la maladie parasitaire la plus fréquente au monde : environ 41% de la population mondiale (soit 2,3 milliards d’êtres humains) est exposée. C’est aussi la plus meurtrière, tuant chaque année jusqu’à 2,7 millions de personnes, dont 1 million d’enfants de moins de 5 ans. 90% de ces décès surviennent en Afrique. Sur le continent noir, le paludisme est la principale cause de mortalité chez les moins de cinq ans (20%). Il est responsable de 40% des dépenses de santé publique et de 30 à 50% des admissions dans les hôpitaux…

Derrière ces chiffres, se cache un parasite protozoaire du genre Plasmodium qui entame une étape de son développement dans le moustique « anophèle » femelle. Cette dernière, qui a besoin d’un repas sanguin pour la maturation de ses œufs, pique l’homme. Ce faisant, avant d’ingérer le sang, elle injecte les formes primitives de parasites, les sporozoïtes, contenues dans ses glandes salivaires. Ces sporozoïtes restent dans la circulation sanguine pendant une courte période puis migrent dans le foie où ils se multiplient. Après 12 jours environ, il peut y avoir plusieurs milliers de jeunes parasites (mérozoïtes) dans une cellule hépatique, la cellule éclate et les mérozoïtes libérés intègrent les hématies. La palu est installé.

Paludisme pernicieux

Il existe quatre espèces de Plasmodium spécifiquement humains dont l’évolution est très différente. Le Plasmodium falciparum est l’espèce la plus pathogène et domine en Afrique. Elle peut entraîner la mort en se multipliant dans les microvaisseaux de certains organes (cerveau, reins, poumons). Le Plasmodium vivax et le Plasmodium ovale ne tuent pas mais peuvent entraîner des rechutes 4 à 5 ans après la première infection. Enfin, le Plasmodium malariae ne tue pas mais peut provoquer des rechutes jusqu’à 20 ans après la première infection.

Si la transmission se fait par l’anophèle femelle, il faut savoir que la contamination est possible de la mère à l’enfant, par voie transplacentaire, mais aussi lors d’une transfusion sanguine ou d’une greffe d’organe. Les manifestations cliniques du palu ? Elles sont diverses dans leur expression et leur gravité, mais la première d’entre elles, est la fièvre. Les accès simples, sans complications, associent la fièvre à des douleurs abdominales où s’expriment par des accès périodiques plus typiques, comptant trois phases successives de frissons, fièvre (supérieure à 39°) et sueurs, qui peuvent se répéter tous les trois jours (c’est la « fièvre tierce »). Un diagnostic précoce, et donc un traitement médicamenteux lui-aussi précoce, évite l’évolution vers un « paludisme pernicieux » qui entraîne la mort dans 20 à 30% des cas.

Avoir les bons réflexes

Le choix du traitement dépend de la gravité clinique de la maladie. Mais aujourd’hui, la plupart des médicaments antipaludiques sont obsolètes, inadaptés et comportent de lourds effets indésirables. De plus, les souches résistantes à ces traitements sont devenues un problème majeur. Quant aux moyens préventifs, ils sont également difficiles à mettre en place, notamment en ce qui concerne la lutte anti-moustiques. Car si l’assainissement des marécages et l’utilisation intensive des insecticides ont fait leurs preuves en zones tempérées ou subtropicales, en zone tropicale, notamment en Afrique, les conditions socio-économiques rendent ces mesures impossibles.

Même chose pour la prévention individuelle, qui souffre du manque de relais locaux. Les acteurs du terrain doivent mettre l’accent sur l’hygiène du cadre de vie, en expliquant certains réflexes de base. Comme le fait de se débarrasser de tout ce qui est susceptible d’accueillir l’eau propice à la prolifération des moustiques : vieilles calebasses, pneus usagés, boîtes de conserves, poteries… Il faut encourager les populations à dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide, en soulignant l’importance de leur réimprégnation régulière, même si cela a un coût. Il faut aussi pousser les gens à se rendre au centre sanitaire le plus proche, dès les premiers symptômes.

« C’est la banalisation de la maladie qui retarde la prise en charge des malades », explique à ce sujet Babacar Badiane, chef du service régional de l’Education pour la santé, à Matam, au Sénégal, dans les pages du quotidien Le Soleil. « La personne infectée, qui commence à développer un accès palustre, ne fait rien au début. Elle va prendre sa maladie à la légère en se basant sur des points trompeurs comme les moments de baisse de la fièvre et de faux signes de rétablissement. Les parasites vont, entre temps, se démultiplier dans l’organisme jusqu’à faire apparaître une anémie, un des facteurs aggravants du paludisme, surtout chez l’enfant et la femme enceinte, qui elle, peut avorter, voire décéder. »

Le miracle de la plante chinoise

Si depuis quelques années, la recherche d’un vaccin semble piétiner, il existe en revanche des traitements qui, depuis une dizaine d’années, ont fait reculer de façon spectaculaire la maladie en Asie, les ACT (associations médicamenteuses comportant de l’artémisinine). Le plus efficace, qui élimine le parasite dans le sang du malade, est une bithérapie introduisant un antipaludéen dérivé de l’artémisinine, une plante utilisée dans la pharmacopée chinoise depuis deux millénaires. Jeudi dernier, Médecins sans Frontières a appelé à sa distribution de toute urgence sur le continent africain. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme « recommander vivement aux pays où l’on enregistre une résistance contre les traitements conventionnels de passer aux ACT », et ce, « depuis avril 2001 ».

Selon l’OMS, depuis 2002, l’Afrique du Sud, le Burundi, le Mozambique, le Sénégal, la Zambie et Zanzibar ont commencé à utiliser les ACT et, au cours des 12 derniers mois, neuf pays supplémentaires ont adopté les ACT dans leurs politiques de traitement antipaludique (Bénin, Cameroun, Comores, Gabon, Ghana, Guinée équatoriale, Kenya, Sao Tomé et Tanzanie). « Toutefois, à environ 2 dollars la dose pour adulte, les ACT coûtent 10 à 20 fois plus cher que les anciennes monothérapies du type chloroquine. Pour la plupart des pays d’Afrique, un financement extérieur sera nécessaire. » Encore et toujours un problème d’argent. Et pourtant… On estime à plus de 12 milliards la perte annuelle de PIB due au paludisme en Afrique, alors qu’une fraction de cette somme suffirait à le maîtriser.