Difficile régulation des Médias au Congo démocratique

Même si le Président Modeste Mutinga et sa HAM ont distribué des sanctions à la pelle, la deuxième phase de la campagne présidentielle a été impitoyable dans les Médias congolais…

La campagne électorale s’est déroulée dans une atmosphère tendue marquée par de multiples dérapages des médias. Des dérives racistes et des appels à la violence ont été à déplorer dans les médias proches des candidats.

Ce qui explique la multiplication des sanctions imposées par la Haute autorité des médias (HAM) contre certains acteurs politiques. « Les pires sont les médias des candidats, qui continuent à déraper et attisent les tensions », témoignait au début du mois d’octobre Modeste Mutinga, président de l’organe de régulation des médias congolais. Digital Congo, Canal Congo TV (CCTV) et Canal Kin TV (CKTV) sont pointées du doigt comme les principaux vecteurs d’appels « à la haine tribale » et « d’apologie de la congolité ».

Ces chaînes « ont déjà failli nous replonger dans la guerre par un comportement irresponsable en août », déplorait encore Mutinga, repris par le journal en ligne The Post… Peu avant la guerre de Kinshasa, ces mêmes médias, avec des « journalistes » rôdés pour alimenter la confusion dans l’opinion, annonçaient de faux résultats des élections. Contre l’éthique et la déontologie, CCTV donnait la parole à des partisans de Jean-Pierre Bemba qui appelaient à s’en prendre physiquement au président de la CEI et remettaient en cause la nationalité congolaise du président Joseph Kabila.

Une responsabilité dans l’exacerbation de la violence

De son côté, Digital Congo, secondée par la RTNC chaîne nationale, répliquait avec des émissions hors normes en mettant en doute les origines congolaises des ancêtres du vice-président Bemba. Conséquence: des armes automatiques avaient crépité au centre-ville dans le but d’empêcher la publication des résultats. Reporters sans frontières (RSF) avait, dans un communiqué, invité les deux challengers à « faire taire les médias de la haine qu’ils entretiennent ».

L’International Crisis Group, une organisation internationale basée à Londres et oeuvrant à la prévention des conflits, a appelé avant la campagne officielle à un renforcement des capacités de la HAM par le détachement « d’officiers de police judiciaire auprès de celle-ci afin qu’elle puisse agir promptement ». Fin août, les principaux responsables des médias audiovisuels de Kinshasa avaient pourtant signé « un acte d’engagement » sur le respect des règles de déontologie qu’aucune chaîne de télé appartenant aux deux candidats ne respecte d’ailleurs. Une dizaine d’acteurs politiques dont Joseph Olenghankoy et le pasteur Théodore Ngoy (pro-Bemba) ainsi que son collègue et homonyme Théodore Mugalu (pro-Kabila), sont suspendus dans les médias pour des durées variables.

Les fermes résolutions de la HAM

« Les dérapages n’ont pas cessé. Il faut que ces médias sachent que nous serons intraitables », prévenait Modeste Mutinga. Nommé directeur de campagne de Bemba, Olenghankoy qui n’avait pas pu obtenir 1% des suffrages au premier tour a ainsi été sanctionné pour « xénophobie ». Pour un diplomate en poste à Kinshasa, ces critiques participent d’un « climat délétère ». « On n’a pas entendu ces ONG quand les médias des candidats lançaient de véritables appels au meurtre. Il ne faut pas confondre la liberté de la presse et la manipulation ».

Mugalu, chef de la maison civile du chef de l’Etat, et Ngoy, porte-parole de l’Union pour la nation (UN), la coalition électorale du vice-président, ont été sanctionnés pour avoir « tenu des propos contenant des insinuations injurieuses, diffamatoires et attentatoires aux bonnes moeurs, diabolisant des adversaires politiques ». Une mise en garde publique a été adressée à un certain Désiré Mbonzi wa Mbonzi, un proche de Bemba, pour avoir porté « des accusations sans preuves contre une autorité établie ». Il avait notamment accusé l’abbé-président Apollinaire Malu Malu d’avoir vendu des cartes d’électeurs lors d’une émission diffusée sur une des télés du vice-président.

Des mises en demeure ont par ailleurs été distribuées à la Radio télévision nationale congolaise (RTNC 1), et à Top Congo, proche du président pour « avoir diffusé des propos de publicité politique clandestine en faveur d’un candidat président de la République ».

Ce premier exercice démocratique était aussi un exercice pratique de liberté et de responsabilité des médias… De ce côté là, il reste des progrès à faire!