Dieudonné relaxé

Condamné mercredi à 5 000 euros d’amende pour «injures raciales» par le tribunal correctionnel d’Avignon, Dieudonné est en revanche sorti vainqueur du procès le plus médiatique qui lui était intenté pour antisémitisme. La 17è chambre correctionnelle de Paris a en effet relaxé l’humoriste, mis en cause pour un sketch interprété à la télévision publique française en décembre dernier.

Antisémite, pas antisémite, Dieudonné M’Bala M’Bala ? Depuis deux ans, les associations communautaires juives ont fait de l’humoriste d’origine camerounaise leur ennemi numéro un. Depuis des propos jugés antisémites tenus dans un journal régional lyonnais, en février 2002. Le malheureux prétendant à la candidature des élections présidentielles 2002, qui affirmait préférer « le charisme de Ben Laden à celui de Georges Bush », avait été relaxé en juillet de la même année dans son procès pour « apologie de d’actes terroristes ». Mercredi, dans une autre affaire, le tribunal correctionnel d’Avignon l’a condamné à une amende de 5 000 euros pour « injures raciales », après des propos tenus dans le quotidien Le Monde en janvier 2004.

Mais le procès le plus attendu se déroulait ailleurs. Il concernait un sketch interprétéle soir du 1er décembre 2003 au cours de l’émission « On ne peut pas plaire à tout le monde ». Dans cette affaire surmédiatisée, qui lui a valu de nombreuses annulations de spectacles, la 17è chambre correctionnelle de Paris a tranché jeudi en faveur de l’artiste, qu’elle a relaxé.

« Moudjahidin du rire »

Ce soir là, l’humoriste-agitateur entre sur le plateau de l’émission, diffusée en direct, coiffé d’un chapeau noir et de papillotes, encagoulé et vêtu d’une veste militaire. Déguisé en « colon intégriste israélien en tenue militaire », expliquera-t-il à l’audience. «Monsieur Fogiel, vous avez invité sur votre plateau l’humoriste musulman Djamel Debbouze. Bravo ! De mieux en mieux ! A l’heure où le terrorisme international menace nos femmes et nos enfants, vous trouvez judicieux d’offrir la parole à ce moudjahidin du rire, un dangereux agitateur certainement acoquiné au milieu intégriste », s’exclame-t-il en direction de l’animateur de l’émission. « Qui vous dit qu’il ne cache pas sous son blouson je ne sais quelle bombe artisanale ? (…) Sa présence sur ce plateau est une provocation, un acte antisémite », ajoute-t-il. Anticipant sans doute ironiquement sur les critiques qui ne vont pas manquer de s’abbatre sur lui. Ainsi que sur la difficulté, réelle ou imaginaire, dans le contexte actuel, de défendre une position antisioniste sans être taxé d’antisémitisme.

Marc Olivier Fogiel sourit toujours aux saillies de l’humoriste, mais semble impatient de voir la scenette prendre fin, sans esclandre. Le candidat de la liste Euro-Palestine aux élections européennes adresse alors un dernier message aux jeunes des cités : « Convertissez-vous comme moi, rejoignez l’axe du bien, l’axe américano-sioniste qui vous offrira beaucoup de débouchés, beaucoup de bonheur et surtout le seul axe qui vous offrira les possibilités de vivre encore un peu.» Dieudonné conclut en tendant le bras sur un « Israël !». Pour la Licra, l’Union des étudiants juifs de France, le Consistoire israélite, l’association Maccabi-Inter et l’association Avocats sans frontières, la teneure antisémite des propos tenus par l’humoriste ne fait aucun doute. Le Parquet requiert pour sa part une amende de 10 000 euros.

Mais le tribunal, comme les défenseurs de l’artiste, ont considéré les propos de l’humoriste comme une prise de position politique et non comme des injures à caractère racial ou religieux. « Le personnage incarné par le prévenu ne représente pas les personnes de confessions juives dans leur ensemble, mais une certaine catégorie de personnes, uniquement dans l’expressions de leurs idées politiques. Dès lors, les propos ne s’adressent pas à la communauté juive en général, et ne visent pas un individu ou un groupe d’individus, en raison de leur appartenance à la religion juive», a jugé la 17è chambre correctionnelle de Paris.

« Un salut impérialiste, fasciste, romain »

Dieudonné, qui dans un sketch répondait à son ancien partenaire, Eli Seymoun, qui lui tenait des propos racistes, que les Allemands « auraient pu finir le travail », est sans doute sincère lorsqu’il affirme que ses propos ne s’adressaient qu’à une frange d’extrémistes israëliens. Mais aurait-il encore pu reconnaître une faute de goût, pour le moins, lorsqu’il conclut ce sketch du 1er décembre 2003 par un bras levé. A moins d’assumer son geste, s’il s’agissait de faire un parallèle entre ce « colon intégriste israélien », ses anciens bourreaux et ses nouvelles victimes.

Un salut nazi ? « Pas du tout, c’est un salut impérialiste, fasciste, romain, que j’ai eu à faire souvent dans le film Astérix », avait pour sa part expliqué Dieudonné à l’audience. Certes. Mais même le plus grand spécialiste d’Histoire romaine ne saurait voir dans ce geste, réalisé dans un contexte précis par un « colon israëlien », qu’un salut nazi.