Dieu veille sur les fainéants

Dans  » Les fainéants dans la vallée fertile « , Albert Cossery, écrivain égyptien de langue française, nous conte les déboires d’une famille cairote qui a fait de la paresse son art de vivre. A lire d’urgence (mais sans se presser).

Quelle curieuse famille que celle-ci, qui élève sommeil et mollesse au rang d’art de vivre suprême. Le père, le vieux Hafez qui  » avait toujours maintenu autour de lui une ambiance d’oisiveté éternelle « , ne sort plus de sa chambre depuis belle lurette, et cherche à se marier malgré son grand âge et une hernie énorme qui déforme son corps. L’oncle Mustapha fait trembler la maison par ses soupirs profonds et sans appel.  » J’aime tes soupirs ; c’est comme si le monde entier s’ennuyait avec toi « , lui dit son neveu Rafik.

Ce dernier,  » le seul être lucide de toute sa famille  » a choisi le sommeil comme un refuge. Pour garder sa vie de fainéant, il a renoncé à épouser Imtissal, la jolie prostituée, lui brisant le coeur – et le sien par la même occasion. Quant à son frère aîné, Galal,  » cela fait sept ans qu’il dort, et qu’il ne se réveille que pour manger « .

Sommeil trompeur

Dans cette maison assiégée par le sommeil, Serag, le cadet de la famille, cherche à sortir de sa léthargie. Il se rend chaque jour sur le chantier d’une usine en construction dans l’espoir de pouvoir y travailler un jour.  » Serag avait entendu dire que les hommes travaillaient, mais c’était seulement des histoires qu’on racontait. Il n’arrivait pas à y croire complètement. Lui-même n’avait jamais vu un homme travailler.  »

Avec un humour féroce et une plume alerte, Albert Cossery nous plonge dans cet univers rongé par le sommeil. Avec grâce et virtuosité, il fait vivre des personnages qu’il dit inspirés de sa propre famille. Des situations surréalistes qui tiennent le lecteur bien éveillé… jusqu’à la dernière page de ce merveilleux livre.

Commander le livre : GALLIMARD (EDITIONS) | 1977