
Le ton était grave, la position sans ambiguïté. Face aux diplomates accrédités à Bamako, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a fermé la porte à toute idée de négociation avec les groupes terroristes actifs sur le territoire malien. Dans un contexte de recrudescence des attaques armées et de tensions persistantes dans le nord du pays, les autorités de transition veulent afficher une ligne de fermeté absolue.
« Le gouvernement n’envisage pas de dialogue avec des groupes armés terroristes sans foi ni loi », a martelé le chef de la diplomatie malienne devant les représentants étrangers réunis dans la capitale, ce jeudi. Cette déclaration d’Abdoulaye Diop vient clore le débat sur l’opportunité ou non d’ouvrir des discussions avec certains groupes armés, et qui refait régulièrement surface au Mali et dans plusieurs pays du Sahel. Pour Bamako, l’heure n’est plus aux compromis avec les organisations affiliées au terrorisme international.
Bamako cible directement le JNIM
Dans son intervention, Abdoulaye Diop a particulièrement visé le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, plus connu sous l’acronyme JNIM. Affilié à Al-Qaïda, ce groupe est considéré comme l’un des principaux acteurs de l’insurrection armée qui secoue le Mali depuis plus d’une décennie. Il figure depuis 2018 sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour les autorités maliennes, toute négociation avec une organisation classée terroriste reviendrait à légitimer des acteurs responsables de massacres de civils, d’attaques contre l’armée et de l’instabilité régionale.
Le ministre a également dénoncé le rapprochement entre le Front de libération de l’Azawad et le JNIM. Selon Bamako, cette alliance place désormais le FLA hors du champ du dialogue politique officiel. « Soutenir ou coopérer avec une organisation terroriste reconnue par les Nations unies exclut de facto tout cadre de négociation », estime le gouvernement malien.
Dialogue oui, mais dans le cadre républicain
Malgré sa fermeté, Bamako affirme ne pas rejeter toute forme de dialogue. Abdoulaye Diop a insisté sur une distinction claire entre les groupes terroristes et les acteurs politiques ou communautaires engagés dans un processus institutionnel. Le gouvernement de transition dit ainsi rester ouvert aux discussions dans le cadre des mécanismes nationaux de réconciliation, notamment les Accords nationaux de réconciliation et le Dialogue inter-malien.
Les autorités mettent également en avant les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion destinés aux combattants ayant accepté d’abandonner la lutte armée. Dans certaines régions du centre et du nord, des ex-combattants ont déjà été réintégrés dans des programmes civils ou sécuritaires. Il s’agit-là pour Bamako d’une manière de montrer que la porte reste ouverte à ceux qui renoncent aux armes et reconnaissent l’autorité de l’État.
Une stratégie sécuritaire élargie au Sahel
Au-delà du Mali, Abdoulaye Diop a replacé la lutte contre le terrorisme dans une dimension régionale. Le ministre a réaffirmé l’engagement de Bamako au sein de l’Alliance des États du Sahel, créée avec le Burkina Faso et le Niger. Pour les dirigeants sahéliens, la coopération militaire régionale est devenue essentielle face à des groupes armés qui circulent facilement à travers des frontières poreuses.
Mais le ministre malien reconnaît également que la réponse sécuritaire seule ne suffira pas. « La lutte contre le terrorisme doit intégrer des dimensions politiques, sociales, économiques et géopolitiques », a-t-il expliqué devant le corps diplomatique. Dans plusieurs régions du Sahel, la pauvreté, l’absence de services publics, les tensions communautaires et le chômage des jeunes continuent d’alimenter le recrutement des groupes armés.




