Développement : les compétences de la diaspora béninoise sollicitées

Le Cadre de réflexion des Forces du Progrès, une ONG béninoise, en collaboration avec les éditions Ouanilo organisaient les 5 et 6 décembre à Poitiers, en France, un colloque sur le co-développement et la recherche appliquée. Les objectifs : recenser les chercheurs béninois vivant à l’étranger ainsi que leurs compétences et les mettre au service du développement du Bénin, d’une part ; et d’autre part, favoriser l’insertion de la diaspora béninoise dans son pays d’origine à travers la valorisation de son « capital savoir ». Iréné Agossa, président du Comité d’organisation de l’événement, nous a accordé un entretien.

Le colloque « Quelle place pour la recherche appliquée – le cas du Bénin ? » entend réunir les chercheurs béninois de la diaspora, les investisseurs béninois et les partenaires au développement, notamment la France, autour des grands axes de la mise en valeur du capital connaissance dans la satisfaction des demandes exprimées sur les marchés locaux et internationaux. A l’origine de cette rencontre, dont la première édition s’est déroulée à Strasbourg l’année dernière, Iréné Agossa. Géographe de formation, militant associatif, il est porte-parole (premier rapporteur) de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication du Bénin (HAAC). Fondateur du Cadre de réflexion des Forces du Progrès, une ONG béninoise, il est le président du Comité d’organisation du colloque.

Afrik.com : Votre objectif est de mettre les compétences des chercheurs béninois vivant à l’étranger à la disposition de leur pays d’origine. Pourquoi avez-vous décidé de mettre l’accent sur la recherche appliquée ?

Iréné Agossa :
Notre pays n’a pas les moyens de financer la recherche fondamentale. Cependant, le développement peut être basé sur la recherche appliquée. Elle peut résoudre les problèmes immédiats. Le gouvernement doit trouver les moyens d’accroître notre capital savoir. Les exigences du marché face à la mondialisation nous imposent de créer des produits à forte valeur ajoutée. Sinon, le chômage augmentera. Face à la concurrence, nous devons nous moderniser et développer des produits compétitifs. Mais pour cela, il est nécessaire de constituer et de développer le savoir dans notre pays.

Afrik.com : Pourquoi, dans la poursuite de cet objectif, accordez-vous une telle importance à la diaspora ?

Iréné Agossa :
Le capital savoir se trouve surtout dans la diaspora qui vit dans les pays développés, et en France en particulier. Là, cette diaspora a été formée et a appris a vivre dans le rythme qu’impose le développement. Il nous faut donc la recenser, faire un fichier qui nous permettra de savoir dans quels domaines s’exercent ses compétences[[Le nombre précis de Béninois vivant à l’étranger et leurs compétences ne sont pas répertoriés à ce jour]]. Nous avons de nombreux problèmes à résoudre au Bénin. Par exemple, la conservation des aliments, réduire l’écart que nous accusons avec le reste du monde dans le domaine des TIC, l’établissement de normes de qualité et de production, l’énergie, l’éducation, la santé… Donc il nous faut déterminer les besoins de notre pays, évaluer le capital savoir de la diaspora et réussir à l’utiliser au mieux.

Afrik.com : Sont-ce les gouvernements béninois et français qui vous ont poussé à faire ce travail ?

Iréné Agossa :
Non. Nous avons eu cette idée il y a trois ans au sein du Cadre de réflexion des forces de progrès, une ONG que nous avons créée. Au cours de nos réflexions, nous nous sommes rendus compte que notre problème essentiel était que nous ne comprenions pas quel était le socle du développement. Dans beaucoup de pays africains l’on estime que ce sont les richesses du sous-sol, alors que ce sont le marché et le savoir. Ce que les autres ont de plus que nous, ici [en Occident, ndlr], c’est qu’ils entretiennent le savoir et qu’ils mettent en adéquation ce savoir et les besoins du marché. Pour arriver à ce résultat, ils dispensent une formation de qualité. (…) Prenons l’exemple du football. Les Africains qui sont dans les championnats européens permettent à nos sélections nationales de briller au niveau international. Le championnat béninois est quasi inexistant. Pourtant, les Ecureuils pratiquent un football de qualité. Au Cameroun, les installations footballistiques sont très mauvaises. Pourtant, à la CAN et au Mondial, la sélection nationale a des résultats remarquables. Donc, dans d’autres domaines, si nous constituons un capital savoir, nous pourrons aussi effectuer un transfert de compétences.

Afrik.com : Il y a déjà eu des tentatives de rapatriement de compétences au Bénin. Pourquoi, selon vous, n’ont-elles pas été concluantes ?

Iréné Agossa :
Beaucoup de membres de la diaspora veulent participer au développement du Bénin. Le problème est que, lorsqu’ils rentrent au pays, ils servent de vache à lait. Avec des amis, nous avons réfléchi à ce problème. Nous proposons que ceux qui ont un capital savoir nous aident, depuis la France, à développer des projets. Lorsque, grâce à leurs compétences, ces projets se développent, ils reçoivent une part des bénéfices générés par la société en monnaie locale. Et cet argent leur permet de vivre sur place lorsqu’ils viennent au Bénin et de faire face à toutes leurs dépenses sans entamer les économies qu’ils ont faites grâce à leur travail en Europe. J’ai proposé à des investisseurs ce système sur le projet « Coco », un coffret petit-déjeuner. Et ça a marché. Les compétences de la diaspora dans le domaine de la conservation ont permis de mettre sur pied cette industrie. Il faut permettre aux Béninois vivant à l’étranger d’être des acteurs du développement de leur pays et, peu à peu, faciliter leur retour et leur intégration dans la société béninoise.

Afrik.com : Tous ces projets nécessitent des capitaux. Qui les financera?

Iréné Agossa :
Il y aura plusieurs partenaires. Au colloque seront présents des représentants du patronat béninois, le ministère béninois du développement et l’ambassadeur de France. Notre idée a été encouragée par le ministère de Brice Hortefeux (Ministère français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire). Car, autrefois, il y a eu trop d’échec dans les tentatives de retour des diplômés de la diaspora. Beaucoup n’arrivaient pas à se réintégrer et repartaient en France. Le ministère français du Développement solidaire s’est engagé à financer la création des projets à hauteur de 70%[[Mercredi 28 novembre à Cotonou, reçu par les ministres béninois de la Santé Késilé Tchala et des Affaires étrangères Moussa Okanla, Brice Hortefeux a signé avec le Bénin un accord de gestion concertée des flux migratoires.]]. Il veut des projets capables d’attirer et de sédentariser des Béninois vivant en France.

Adresse du colloque :

 Maison du Peuple. 21 bis Arsène Orillard (Centre ville). Poitiers, France

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