Deux milliards détournés au Port d’Abidjan

Le parquet d’Abidjan enquête sur le détournement d’un montant de 2 milliards au Port autonome. Cette somme aurait été remise à la Présidence de la République. Le scandale fait rage.

Tout se serait passé entre le 26 janvier 2000 et le 15 novembre de la même année. A ce moment-là, Mamadou Koné était directeur général du Port Autonome d’Abidjan. Or durant cette période, une série de 52 chèques ont été émis au nom de madame Aka qui occupait le poste de chef de la cellule Trésorerie du port autonome.

La plupart de ces chèques, pourtant barrés, ont été encaissés en liquide par cette femme qui a donc retiré la coquette somme de 2 milliards 385 mille francs. Six autres chèques, d’un montant total de 272 millions, ont servi à acheter au nom du port dix-neuf véhicules qui, étrangement, ne figurent pas à l’actif du parc auto du port.

Imbroglio financier

C’est Marcel Gossio, successeur de Mamadou Koné, qui a révélé l’affaire en poursuivant en justice son prédécesseur. La justice a donc placé sous mandat de dépôt l’ancien directeur général au même titre que Pierre Mambé Aikpa, directeur des Finances et de la Comptabilité d’alors. Mais aucune des personnes mises en cause n’a pu justifier les décaissements ni produire de documents comptables.

Mamadou Koné, entendu sur sa gestion, déclare n’avoir jamais signé les fameux chèques et affirme que les véhicules ont été personnellement remis au général Robert Guéi, alors chef de l’Etat pendant la période de transition. Il n’a cependant fourni aucune preuve de demande ni de livraison des ces voitures.

Caisse noire de la présidence

L’histoire est assez floue. Madame Aka, citée dans l’affaire, précise que dans le cadre de ses fonctions, elle était chargée de faire des chèques. Mais elle précise aussi qu’elle n’a fait les 52 chèques à son nom que sur la demande expresse de son supérieur qui était chargé de les signer. Une fois qu’elle avait encaissé ces chèques en liquide à l’Ecobank, elle laissait les sommes dans la voiture de son supérieur après l’avoir averti de l’accomplissement de la mission.

D’un point de vue bancaire aussi, la démarche est frauduleuse. En effet, s’agissant de chèques barrés, ils n’auraient jamais dû pouvoir être encaissés directement. Mais Ecobank se justifie en avançant l’argument de l’allégement des procédures d’encaissement en faveur des grandes entreprises.

Les enquêteurs ivoiriens privilégient la piste présidentielle. Le port autonome d’Abidjan aurait servi de pompe à fric pour le régime de Robert Guéi.