Des patrons eurosceptiques

La ratification de l’accord euro-méditerranéen entre l’Union Européenne et l’Algérie s’est faite sans consultation préalable des principaux opérateurs économiques algériens. L’annonce du démantèlement des barrières tarifaires provoque la grogne du patronat.

Le gouvernement algérien a décidé, le 19 décembre dernier, que le pays entrerait de plain pied dans le marché mondial. La signature de l’accord d’association entre les pays de l’Union Européenne (UE) et l’Algérie prévoit la libre concurrence des entreprises de part et d’autre de la Méditerranée, l’abolition de toute discrimination commerciale et le renforcement des échanges. Ce qui est loin d’être un bonne nouvelle pour les principaux opérateurs économiques algériens, tenus à l’écart des négociations.

Des patrons clament la faiblesse de leurs entreprises

 » Les conséquences de cet accord seront très lourdes pour la majorité des entreprises en raison de leur impréparation à cette ouverture « , déclarait jeudi dernier Réda Hamiani, ancien ministre et vice-président du Forum des investisseurs. Et il n’est pas le seul à clamer la faible compétitivité des entreprises algériennes et l’impéritie du secteur financier.

 » L’Etat va-t-il se soucier des entreprises qui ont une certaine viabilité (…) ou va-t-il les livrer pieds et poings liés à une concurrence à laquelle elles ne sont pas préparées ?  » renchérissait mardi M. Benyounes, P-DG de l’Union des entrepreneurs publics (Unep). Seules la Confédération nationale du patronat algérien, aux prises avec des luttes intestines, et l’Union des travailleurs n’ont pas encore fait entendre leurs voix dans la fronde ambiante.

Démantèlement tarifaire graduel

Que redoutent les patrons algériens ? Au volet tarifaire inhérent aux produits industriels, les matières premières, assujetties à un taux de 5% en 2002, seront frappées d’un taux de douane zéro dès la mise en vigueur de l’accord. Pour les biens d’équipement et les produits énergétiques, l’accord prévoit également l’abolition du taux de douane sur une période de cinq ans, à raison d’une baisse de 20% par an.

Pour les produits finis, taxés à 30%, l’abolition du taux s’échelonnera sur dix ans. Même destin pour les produits agricoles. Cela signifie qu’entre 2012 et 2014, tous les secteurs seront absolument perméables à la concurrence européenne. Privatisations dans le secteur public et plans sociaux dans le privé sont à prévoir.

Protéger ou stimuler ?

Les représentants de l’Unep et du secteur privé ne demandent pas qu’on les protège, mais que l’Etat les aide  » à se mettre à niveau pour se préparer à affronter la concurrence « . La Tunisie, qui a ratifié l’accord euro-méditerranéen depuis 1995, fait figure de modèle dans la mise en place de ce  » processus de Barcelone  » qui doit réunir dans une grande union douanière les quinze pays de l’UE et douze pays riverains de la Méditerranée.

Mais la souplesse du marché tunisien, qui connaît un dynamisme sans précédent, n’a d’égale que la rigidité du système algérien, prisonnier d’un carcan étatique en contradiction avec la libéralisation en cours. Une aide à la restructuration est prévue par l’UE, sans autre précision.

Dans cette optique, un forum des chefs d’entreprises publiait, dès février 2001, un document de mesures possibles pour soutenir la concurrence étrangère. Il recommandait notamment de repenser le dispositif de soutien aux exportations hors-hydrocarbures en y insérant des mesures plus incitatives et à fort impact telles que la restitution aux exportateurs de l’intégralité des devises qu’ils ont gagnées (ils n’ont actuellement droit qu’à 50 % des devises résultant de leurs exportations).