Des jeunes musulmans veulent porter plainte contre J.B. Mpiana

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Des jeunes musulmans ont demandé aux dirigeants de la Communauté islamique de la République Démocratique du Congo de porter plainte contre la star de la chanson congolaise J.B. Mpiana. Ils estiment en effet que le clip de la chanson Anti-Terro, du dernier album éponyme de l’artiste, insulte l’islam et ils exigent en conséquence réparation. L’instance religieuse attend leur mémorandum, qui lui servira de base pour prendre une décision. A noter que ce n’est pas la première fois que les clips de cet opus provoquent l’indignation.

On ne badine pas avec la religion. Les jeunes musulmans de la République Démocratique du Congo (RDC) ont tenu à le rappeler à la star de la chanson congolaise J.B. Mpiana, contre qui ils veulent porter plainte. Ils sont en effet remontés contre le clip de la chanson Anti-Terro, issue de son dernier album éponyme, sorti fin août 2004. L’objet de leur récrimination ? La vidéo met en scène un terroriste portant une mallette piégée et « la couronne noire réservée exclusivement aux musulmans qui ont déjà effectué le pèlerinage de la Mecque », rapporte Digital Congo. Le jeune groupe estime que c’est une insulte à la communauté. Insulte qu’ils ont tenu à dénoncer devant les leaders de la Communauté islamique en RDC. Ces derniers vont examiner la requête afin de déterminer s’il est opportun d’y donner suite. Ce n’est pas la première fois que les clips du dernier opus du leader du Wenge Bon Chic Bon Genre (Wenge BCBG) suscitent l’indignation. Il y a quelques mois, la Commission nationale de censure des chansons et spectacles les avait interdits, les estimant, selon la presse locale, trop indécents.

Les jeunes musulmans veulent réparation

Le problème aurait été soulevé lors de la première table ronde de la jeunesse musulmane en RDC, qui s’est déroulée les 11 et 12 décembre derniers. Selon les propos rapportés par le média congolais, elle a souligné avec colère que « si J.B. Mpiana avait fait porter à son terroriste une soutane blanche ou un autre habit, [ils ne se seraient pas] émus outre mesure. Mais qu’il prenne l’audace d’utiliser les habits religieux pour présenter son terroriste n’est pas acceptable ».

Dans la déclaration finale de leur rencontre, rapportée par Digital Congo, le groupe appelle la direction de la Communauté islamique à « porter plainte contre l’artiste musicien J.B. Mpiana pour le clip de sa chanson Anti-Terro, qui porte atteinte à l’honneur et à la réputation de l’islam ». Le texte demande aussi que l’instance exige « réparation » pour le tort causé. Les musulmans ont fait par de leur colère, samedi dernier à Kinshasa, à l’Imam représentant légal de la Communauté islamique en RDC.

La Commission islamique tranchera après étude sérieuse des faits

« Ils étaient environ une trentaine et se sont présentés spontanément à mon bureau. Ils m’ont expliqué ce qu’ils reprochaient à J.B. Mpiana. Je les ai calmés et leur ai dit qu’ils devaient constituer une sous-commission et écrire un mémorandum dressant un argumentaire des fautes graves qu’ils estiment avoir été commises concernant l’islam. Cette démarche est destinée à nous aider à y voir plus clair, car je n’ai encore pas vu le clip moi-même. Ensuite, nous vérifierons les écrits par des témoignages avant de soumettre le mémo au Conseil théologal (organe interne de la Commission spécialisé dans le légal, ndlr). Il tirera ses conclusions, dont il me fera part. C’est là que je prendrai une décision. Le sujet est très sensible et il est important de bien étudier la question », explique Cheikh Abdallah Mangala-Louaba, joint au téléphone par Afrik.com, qui précise que si suite il y a, elle ne sera pas forcément judiciaire.

Attendre pour voir et être sûr. Tous sont d’accord, mais certains ont déjà une petite opinion. Le représentant de la Communauté dans la province du Sud-Kivu (Est), Cheikh Assimani Kasongo, estime pour sa part : « Je ne peux que soutenir les jeunes. Voir un terroriste dans une tenue de pèlerin ne peut que avoir des répercussions néfastes. Car les gens qui verront des musulmans habillés de cette façon vont les assimiler à des terroristes, ce qui n’est pas toujours vrai ! », s’indigne-t-il.

Clips sexy censurés puis autorisés

En attendant le dénouement de cette histoire, le clip de J.B. Mpiana continuera de tourner sur les petits écrans. L’artiste a connu d’autres déboires avec les vidéos de son dernier opus. La Commission nationale de censure des chansons et spectacles, rattachée au ministère de la Justice, les avait en effet censurés, courant septembre 2004, pendant une durée indéterminée. Le Potentiel explique que cette décision que l’organe de régulation n’a pas « apprécié la tenue des musiciens et danseuses du groupe, notamment la tenue aux motifs militaires, appelés Ba Zonkio. Elle a, en outre, reproché sévèrement aux danseuses leurs pantalons qui mettent en exergue leurs courbures, tout en laissant dévoiler leurs petites culottes appelés ‘strings’ ».

La décision, levée près d’une semaine plus tard, avait été jugée injuste par certains médias car l’artiste n’aurait pas été prévenu de la sanction et n’aurait donc pas eu le temps, s’il l’avait désiré de rectifier le tir. Par ailleurs, ils dénoncent le fait que les clips étrangers exposant des femmes dénudées ne sont, eux, pas interdits. D’aucuns pensaient, dont Koffi Olomidé, que la mesure punitive pénaliseraient les ventes de Anti-Terro. Il n’en a rien été. Dès sa mise dans les bacs, la cassette s’est vendue comme des petits pains en RDC et au Congo-Brazzaville, jusqu’à la rupture de stock. En Europe aussi, l’effervescence était palpable. Digital Congo rapporte qu’en une semaine, 3 000 CD ont été vendus en Suisse, contre 10 000 en France. La controverse aurait-elle fait grimper ses ventes ?