Des individus armés attaquent trois bases militaires dans le nord du Mali

Trois bases militaires du nord-est du Mali ont été attaquées par des individus armés dans la nuit de lundi à mardi. Les rebelles seraient Touaregs. Afin d’apaiser les populations, le Président Amadou Toumani Touré a souhaité qu’aucune action de représailles ne soit menée.

De notre partenaire Irin

Trois bases militaires du nord-est du Mali ont été attaquées par des individus armés dans la nuit de lundi à mardi, mais dans un souci d’apaisement, le Président Amadou Toumani Touré a souhaité qu’aucune action de représailles ne soit menée contre les Touaregs qui représentent six pour cent des 14 millions d’habitants que compte le pays.

« Kidal reprise aux rebelles »

En 1990, les régions désertiques du nord Mali, proches de la frontière algérienne, ont été le théâtre d’une rébellion sécessionniste touareg. Malgré l’accord de paix conclut en 1991, des troubles sporadiques ont été signalés dans la région jusqu’au milieu des années 90.

Dans un communiqué officiel publié mardi par le ministère malien de la Défense, le ministre a déclaré que des « individus armés à bord de véhicules 4×4 ont attaqué tôt ce matin les camps militaires N° 1 et N° 2 de Kidal », une localité située à 1 585 Kms de la capitale Bamako.

« Les forces armées et de sécurité ont reçu mission et moyen nécessaires pour ramener rapidement le calme », a souligné le communiqué.

Joint par téléphone, Yaya Dolo, chef de cabinet du gouverneur de Kidal, a confié à IRIN que l’armée a repoussé les assaillants et repris le contrôle de la ville, mais qu’il y a eu de nombreux morts.

Autre attaque à Menaka

A Menaka, une localité située à 400 Kms au sud de Kidal, des rebelles ont également attaqué la base militaire de la ville.

Selon le ministre de la Défense, « un officier du régiment de Menaka a fait défection », et à en croire Mohamed Raba, le correspondant à Menaka de l’Agence malienne de publicité (AMAP), « des éléments rebelles ont pillé la caserne et pris des armes et des munitions ».

« Une grande panique règne en ce moment dans la ville », a précisé M. Raba.

Les communications avec Kidal ont été coupées pendant plusieurs heures avant d’être rétablies en fin d’après-midi.
« Nous sommes terrés chez nous », a déclaré à IRIN Alhousseini Coulibaly, chef d’agence du programme d’appui au système éducatif de décentralisation (PASED) à Kidal. « Il est difficile de savoir ce qui se passe réellement dans la ville, mais les combats ont duré de 5 h à 11 h et on entend encore quelques tirs sporadiques ».

Aucune revendication

Aucun mouvement n’a revendiqué les attaques et les autorités civiles et militaires n’ont pu identifier les assaillants. Toutefois, selon une source militaire qui a requis l’anonymat, ces attaques seraient orchestrées par le Colonel Hassan Fagaga, un officier touareg qui avait fait une tentative de désertion au mois de mars dernier.

« C’étaient des tirs à l’arme lourde suivis de rafales », a expliqué Hamidou Diallo, un habitant de Kidal.

Selon certains travailleurs humanitaires présents à Bamako, des véhicules appartenant à des agences humanitaires auraient été volés, mais en raison de la confusion qui règne sur le terrain ces informations n’ont pas été confirmées.

La ville de Kidal se situe au pied des massifs de l’Adrar des Ifoghas, coincée entre l’Algérie et le Niger, au cœur des régions arides du nord. Peuplée de nomades et de commerçants, cette région est souvent en proie aux actes de banditisme et de contrebande.

Le Président appel au calme

Craignant des actions de représailles contre les populations Touaregs tamacheks, le Président malien Amadou Toumani Touré a lancé un appel au calme. « Ceux qui ont aujourd’hui attaqué le poste militaire à Kidal ne doivent pas être confondus avec nos autres compatriotes tamacheks et autres qui vivent avec nous nos difficultés, qui ont choisi le Mali et la loyauté et qui ont les mêmes droits que nous ».

L’accord de 1991 ayant mis fin à la rébellion touareg mentionnait notamment une réinsertion des ex-rebelles dans l’armée et dans la vie civile, ainsi qu’un renforcement de l’éducation et des structures de soins de santé dans le nord-est et l’est du pays, en particulier.