Des grilles de calcul pour contrer la fuite des cerveaux en Afrique

L’Université Cheik Anta Diop à Dakar vient d’être équipée d’une grille de calcul informatique. Cette technologie lancée par l’Union européenne en 2004, va permettre aux chercheurs de ce pays d’accéder à la plus grande base de connaissances scientifiques au monde. Le projet financer par Hewlett-Packard et l’Unesco, vise à faire face à la fuite des cerveaux en Afrique. Plusieurs autres universités du continent en seront prochainement dotées.

« Passer de la fuite des cerveaux à leur reconquête en Afrique ». C’est l’objectif que se sont fixés l’Organisation des Nations Unies pour la Science et la Culture (Unesco) et la firme américaine Hewlett-Packard, en lançant un projet d’installation de grilles de calcul [[Une Grille de Calcul est analogue à un réseau électrique. Elle met à la disposition de chaque utilisateur toutes les ressources dont il a besoin à travers une interface simple et standardisée. La grille permet de faire face aux besoins croissants des applications scientifiques en volume
de stockage et puissance de calcul. L’utilisateur a ainsi accès à une puissance de calcul « illimité », à des volumes importants de données distribuées (péta-octets), à des travaux collaboratifs. Il a aussi la possibilité de faire varier brutalement sa consommation sans demande préalable, il lui faut utiliser des réseaux à très haut débit. L’infrastructure de Grille de Calcul est transparente pour l’utilisateur, on parle de mutualisation des ressources.]] en Afrique subsaharienne. Mi-septembre, la première structure du genre a été mise en place à l’Université Cheick Anta Diop (Ucad) à Dakar.

Concrètement, les chercheurs sénégalais vont désormais accéder à d’importantes bases de données et à des programmes de calcul informatique des centres d’excellence en Occident. Ils pourront aussi participer aux recherches scientifiques sur le plan mondial. « S’ils utilisent des applications gourmandes en temps de calcul, la grille leur permettra d’aller plus vite », explique Guy Wormser, physicien chercheur à l’institut des grilles du CNRS.

« Un outil au service de l’imagination de ceux qui s’en servent »

La grille de calcul de l’Ucad, installée par l’institut des Grilles du CNRS (Centre nationale de la recherche scientifique) appartient au réseau EGEE (Enabling Grid for E-sciencE), créée par l’Union Européenne en 2004. Sa mission est de développer la coopération en matière de recherche scientifique à l’échelle mondiale et à destination de nombreuses applications. Avec plus de 250 sites différents, l’EGEE est la plus grande infrastructure du genre au monde. L’installation du site de Dakar, « constitue une étape significative dans la réduction de la fracture entre le Nord et le Sud », selon ses concepteurs.

Grâce à cette grille de calcul, les chercheurs vont accéder aux travaux et programmes de leurs confrères d’autres pays, et pourront s’en inspirer dans leurs recherches sur le climat, en biologie, en agriculture, et dans plusieurs autres domaines. La grille peut permettre de trouver « comment optimiser par exemple la politique agricole d’un pays en fonction du climat», indique le physicien du CNRS. Le spectre de ses applications va des choses très générales à des thèmes vraiment pointus. En un mot, « c’est un outils au service de l’imagination de ceux qui s’en servent», résume Guy Wormser.

Un argument pour développer internet

La grille de calcul ne permet pas de développer internet. Au contraire, en est grande consommatrice. « Elle va donc constituer un argument solide pour réclamer des investissements en la matière », affirme M. Wormser. « Si le Sénégal a été choisi, explique-t-il, c’est justement parce que ce pays dispose d’un réseau et d’un équipement informatique non négligeable.» Mais le pays possède aussi une communauté scientifique assez importante qui gravite autour de l’Université de Dakar.

Pour Guy Wormser, « internet et les grilles de calcul sont des outils privilégiés du développement de centres d’excellence émergents sur le continent africain et de leur intégration au plan mondial. » Les chercheurs africains n’auront plus besoin de quitter leurs pays à la quête de meilleures conditions de travail. L’Afrique du Sud devra ainsi accueillir un nœud d’ici à la fin 2008, puis en 2009 ce sera au tour de la Côte d’Ivoire et du Cameroun.

« C’est sûr, les résultats ne viendront pas d’un coup, admet M. Wormser. Ce projet va permettre progressivement aux chercheurs de rester chez eux, de participer à la recherche scientifique internationale et au développement de leur pays ». L’impact se fera dans le long terme.

En attendant, la fuite des cerveaux, liée à l’absence d’outils scientifiques performants dans les pays africains, va continuer. Selon l’Organisation internationale des Migrations (OIM) 23 000 universitaires et 50 000 cadres supérieurs et intermédiaires quittent chaque année l’Afrique et 40 000 Africains titulaires du doctorat vivent hors du continent.