Des centaines de chercheurs arrivent à Dakar pour donner à la famine en Afrique un « Œil Noir »

A la Conférence mondiale sur le niébé, les spécialistes des cultures adoptent l’une des plus anciennes légumineuses du monde — appréciée pour sa teneur protéique et sa résistance à la chaleur et aux climats secs- et comme nourriture pour les hommes, les animaux et même pour les astronautes

Dakar, Sénégal (27 septembre 2010). Une culture longtemps négligée, pourtant capable de combattre la faim qui touche des millions de personnes en Afrique, de soutenir la révolution de l’élevage en cours dans les pays en développement, de régénérer les sols appauvris, et même de nourrir les astronautes en missions de longue durée dans l’espace, attire des centaines de chercheurs de tous les coins du monde vers le Sénégal cette semaine, pour la Cinquième Conférence mondiale de recherche sur le niébé.

« Il est difficile d’imaginer une culture plus parfaite, surtout pour l’Afrique où la production alimentaire est en retard sur la croissance démographique, où la demande des produits de l’élevage monte en flèche et où le changement climatique exerce plus de pression sur des conditions de culture déjà fortement éprouvées » a déclaré Christian Fatokun, sélectionneur de niébé à l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), coorganisateur de cette conférence avec l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), l’Université Purdue, et la Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles (AATF).

« Mais pour tenir la promesse associée à cette merveilleuse légumineuse, des efforts intensifs doivent être déployés contre les contraintes à la production et au stockage de longue durée » a-t-il ajouté. « La bonne nouvelle au Sénégal est que les chercheurs lèveront le voile sur les méthodes nouvelles et innovantes de lutte contre les ravageurs et adventices qui s’attaquent au niébé à chaque stade de son cycle cultural, et les charançons voraces qui dévorent les gousses sèches du niébé »

Le niébé ou haricot à œil noir, est l’une des plus anciennes cultures du monde. Il couvre actuellement 10 millions d’hectares, principalement en Afrique centrale et occidentale; mais on le trouve également en Inde, en Australie, en Amérique du Nord et dans quelques régions de l’Europe. Il est arrivé aux Amériques dans des navires négriers, et est devenu la culture préférée du Président Georges Washington qui cherchait une variété de pois –qu’il appela « pease »–, capable de résister aux climats chauds du Sud des Etats-Unis. Les espèces de niébé sont appréciées pour leur forte teneur en protéine (les graines contiennent jusqu’à 25% de protéines), leurs feuilles et tiges qui constituent un fourrage de haute valeur nutritive pour l’alimentation des vaches, d’où son nom (cowpea, ou pois à vache), et d’autres animaux; et pour le fait que leurs racines fournissent de l’azote aux sols appauvris. Pour beaucoup de personnes en Afrique, le niébé est une importante source d’alimentation pendant la période de soudure, à la fin de la saison pluvieuse, moment où les produits vivriers deviennent extrêmement rares dans les zones semi-arides de l’Afrique subsaharienne.

Les nombreuses qualités du niébé sont découvertes à nouveau pour un certain nombre de raisons. L’une d’entre elles est sa teneur protéique potentiellement élevée qui peut aider à satisfaire les besoins alimentaires dans les pays en développement confrontés à des crises alimentaires, particulièrement en Afrique où plus de 200 millions de personnes sont sous-alimentées.

Le niébé donne de hauts rendements même dans des milieux chauds ou secs, et les chercheurs s’emploient à mettre au point des variétés encore plus résistantes. Il y a des risques de plus en plus inquiétants que la production des produits de base comme le maïs et le riz connaisse une chute voire s’annule dans certaines régions, à cause du changement climatique qui provoque la chaleur en Afrique subsaharienne. Il en résultera un vide que seules les cultures soi-disant « tout climat » comme le niébé, pourront remplir.

De surcroît, le niébé peut offrir du fourrage bon marché et de haute qualité pour l’alimentation des animaux. De nos jours, cette culture attire les spécialistes de l’élevage qui sont en quête d’approches pérennes face à la demande en croissance rapide de viande et de lait dans les pays en développement. Les chercheurs de l’IITA et de l’Institut international de recherches sur l’élevage (ILRI) affirment que les variétés de niébé à double usage créées pour satisfaire les besoins nutritionnels aussi bien de l’homme que des animaux, pourraient générer entre 299 millions et 1,1 milliard $EU d’ici à 2020, du fait de leur aptitude à doper la production animale et combattre la faim.

Le niébé est aussi bien connu pour son aptitude à transmettre sa teneur azotée aux sols, ce qui fait de lui une culture qui pourrait être fortement appréciée en Afrique où bon nombre de paysans s’échinent sur des sols pauvres, les plus problématiques du monde.

Même la National Aeronautics and Space Administration (NASA) suit le mouvement du niébé. Etant donné la capacité du niébé à produire des feuilles nutritives au bout de 20 jours seulement, les scientifiques de la NASA envisagent d’envoyer le niébé à la station spatiale internationale où il pourrait être cultivé pour nourrir les astronautes.

Cet intérêt pour le niébé qui s’intensifie et se répand comme une traînée de poudre, sera mis en relief à la Conférence mondiale sur le niébé où seront présentées toutes les percées de la recherche sur la production du niébé.

Par exemple, les résultats des nouveaux travaux de recherche qui seront présentés par les chercheurs de l’IITA et l’Université de Californie-Riverside porteront sur l’utilisation réussie d’outils et de techniques de pointe d’analyse génomique pour sonder l’ADN du niébé en vue des caractéristiques associées aux qualités prisées comme la résistance à la sécheresse et aux maladies.

« Lorsque nous pourrons viser un endroit précis du génome et toucher essentiellement l’ADN concerné par le caractère que nous recherchons, le délai de sélection de variétés améliorées de niébé pourrait être ramené d’une décennie ou plus à trois ans ou moins » a déclaré Fatokoun, spécialiste de la génomique du niébé.

Les chercheurs dresseront également l’état des lieux des efforts visant à utiliser la biotechnologie pour emprunter un gène à une bactérie tellurique, bacillus thuringiensis ou Bt, en vue de la création d’une variété transgénique de niébé. Il s’agit de fournir aux agriculteurs un niébé capable de repousser les attaques d’une chenille connue sous le nom de Maruca, ou foreuse des gousses qui détruit couramment des champs entiers. Les chercheurs aborderont également la possibilité d’introduire dans les variétés de niébé un gène issu d’un haricot vulgaire afin de leur offrir une protection contre les infestations en entrepôt.

Des discussions connexes porteront sur les travaux de recherche récents qui touchent à l’évaluation des risques inhérents aux croisements spontanés des niébé Bt transgéniques avec leurs parents sauvages – très courants en Afrique de l’Ouest, le « centre ou l’origine » de la culture – croisements capables de transformer le niébé en une super adventice difficile à combattre.

La chasse au coléoptère du niébé

L’une des raisons pour lesquelles la culture du niébé n’est pas aussi répandue que celle du maïs ou du riz réside dans les difficultés associées au stockage des gousses séchées, difficultés dues à un coléoptère minuscule de couleur brune-rougeâtre, le charançon du niébé, qui se multiplie rapidement dans des sacs traditionnels rendant le produit impropre à la consommation.

Au Sénégal, les chercheurs de l’Université Purdue aux Etats-Unis et de l’Institut National de Recherches Agricoles du Niger feront des communications sur les efforts menés pour diffuser une technique de stockage simple dans les pays. Il s’agit d’un système d’ensachage en plastique triple qui empêche l’oxygène requise pour l’explosion des populations de charançon.

Des beignets vers la réussite financière, et animation de la distribution de semences

D’autres travaux de recherches qui seront abordés à cette conférence mettront l’accent sur les défis liés à la conversion de la production du niébé en revenus, et sur comment encourager une adoption plus large des variétés améliorées de niébé, accompagnée de meilleures méthodes de culture et de stockage.

Par exemple, les chercheurs se pencheront sur une nouvelle étude qui analyse les fortunes que font de centaines de vendeurs de rue au Ghana et au Niger, en vendant le kossai ou Akara, un beignet de pâte de niébé frit dans de l’huile surchauffée. La plupart de ses vendeurs sont des femmes, et les chercheurs ont trouvé que ce commerce leur rapporte 4 à 16 fois le salaire minimum en vigueur dans leurs pays.

Dans le cadre d’une autre étude, les chercheurs examineront un effort novateur qui met à contribution chercheurs, linguistes et animateurs 3D pour l’élaboration de matériels didactiques et de programmes de formation à l’intention des agriculteurs ruraux.

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A propos de la Conférence mondiale de recherches sur le niébé

La Conférence mondiale de recherche sur le niébé est un rassemblement de spécialistes venus du monde entier qui, au travers des échanges de connaissances et d’idées, tenteront d’identifier les diverses possibilités qui s’offrent aux cultivateurs de niébé pour augmenter leurs revenus, accroître leur sécurité alimentaire et avoir une santé robuste. Ce sera également l’occasion de sensibiliser davantage le public pour une meilleure appréciation du niébé; ce qui pourrait, espère-t-on, attirer plus de soutien pour la communauté scientifique du niébé et permettre aux chercheurs de mener des recherches de pointe dans le but de révéler toutes les potentialités de la culture. La conférence est organisée par l’IITA, en collaboration avec l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA), le Dry Grain Pulses Collaborative Research Support Program (Programme d’appui à la recherche collaborative sur les légumes secs), et l’Université Purdue.

L’IITA

L’agriculture et les populations africaines ploient sous le poids des problèmes complexes qui tourmentent le continent. Ensemble avec nos partenaires, nous élaborons des solutions agricoles pour lutter contre la faim et la pauvreté. Notre Recherche pour le développement (R4D), primée par la communauté scientifique, est le fruit d’une réflexion focalisée, menée avec autorité et axée sur les besoins de développement de l’Afrique subsaharienne. Nous travaillons avec nos partenaires en Afrique et hors du continent pour minimiser les risques à la production et à la consommation, améliorer la qualité et la productivité culturales et créer la richesse grâce à l’agriculture. L’IITA est une organisation internationale à but non lucratif de Recherche pour le développement, créée en 1967. Il est dirigé par un Conseil d’administration et financé essentiellement par le GCRAI