Des billets vice, mais pas versa


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La Banque centrale vient de créer des « chèques au porteur ». Sortes de billets de banque, mais imprimés d’un seul côté et sans système d’authentification. Une nouvelle mesure temporaire destinée à lutter contre la crise monétaire. Mais entre surconsommation forcée et contrefaçon, les effets pervers se font déjà sentir à Harare.

Des billets imprimés d’un seul côté. Voilà la dernière trouvaille du gouvernement zimbabwéen pour faire face à la pénurie de billets de banque dans le pays. La Banque centrale émet ainsi, depuis fin septembre, des « chèques au porteur » de 5 000, 10 000 et 20 000 dollars zimbabwéens (ZWD), coupures ressemblant aux billets classiques, à la différence qu’ils ne sont imprimées que sur une face et « sur du papier de qualité médiocre, sans filigrane », précise Le Monde. Cette mesure de redressement temporaire est destinée à doubler la masse monétaire du Zimbabwe, en proie à une crise économique sans précédent. Les limites du système se font déjà ressentir : incitation à la consommation et contrefaçon.

Les « chèques au porteur » sont uniquement disponibles dans les banques, après identification de l’acquéreur. Un procédé qui permet de suivre à la trace qui achète quoi. Autre avantage, avec les grosses « coupures », les Zimbabwéens n’ont plus à payer leurs courses avec un panier rempli de billets. Triste conséquence des dévaluations records et successives de la monnaie nationale, conjuguées à la hausse vertigineuse de l’inflation (selon des spécialistes, elle tournait autour de 1 000% en juillet dernier). Par contre, ils doivent affronter d’autres problèmes. « Les vendeurs forcent les clients à acheter plus parce qu’ils ne peuvent pas rendre la monnaie sur de si fortes sommes d’argent », explique-t-on au Congrès zimbabwéen des syndicats (ZCTU). Preuve de l’extrême détérioration du système monétaire.

A peine imprimé, déjà contrefait

Autre effet pervers : la contrefaçon. Ces « chèques au porteur » de fortune facilitent le travail des faussaires. « Il n’est pas impossible que certains essayent de les imiter compte tenu de leur mauvaise qualité », reconnaît-on à l’ambassade du Zimbabwe en France. Pas impossible, et même certain. « Les faux-monnayeurs sont déjà à pied d’œuvre pour écouler leurs faux », souligne-t-on au ZCTU.

Fin juillet, le gouvernement avait annoncé la création d’une coupure de 500 ZWD et décidé d’avancer celle d’un billet de 1 000 ZWD pour redresser la situation économique catastrophique du pays. Ces billets font bien pâle figure face aux chèques en cours. Reste à savoir si, malgré ses désavantages, cette monnaie temporaire permettra de sortir de la crise. Mais le taux d’inflation exorbitant (de 400% officiellement) risque de faire de cette mesure provisoire une nécessité permanente. Le remède se révèlera sans doute pire que le mal, car il ouvre la porte à la contrefaçon massive sans que le pouvoir puisse intervenir.

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Habibou Bangré
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Habibou Bangré est une journaliste burkinabè qui a démarré sa carrière chez afrik. Elle reconnue pour son expertise des questions sociales en Afrique de l'Ouest. Correspondante pour plusieurs médias internationaux où elle couvre régulièrement l'actualité du Burkina Faso et de la région sahélienne, elle s'est imposée comme une voix importante du journalisme africain contemporain.
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