Dernier adieu à Hyacinthe Thiandoum

C’est avec une immense tristesse que les Sénégalais ont accueilli la mort du cardinal Hyacinthe Thiandoum, qui a été archevêque de Dakar pendant 38 ans. Personnage émérite, le prélat est mort à l’âge de 83 ans. Il a été inhumé, jeudi, dans la cathédrale Notre-Dame des Victoires de la capitale sénégalaise. Son action a grandement contribué à pacifier le Sénégal.

Vingt mille personnes ont assisté, jeudi, aux obsèques du cardinal Hyacinthe Thiandoum, décédé le 18 mai dans le sud de la France. Après une messe de quatre heures, la dépouille du défunt a été inhumée dans une chapelle de la cathédrale. Le président Abdoulaye Wade, sa femme Viviane et plusieurs membres du gouvernement ont assisté à la cérémonie. « Il vouait une fidélité viscérale à l’Afrique et se dévouait entièrement pour ce continent que le pape Paul VI aimait à décrire comme la nouvelle patrie du Christ », déclara le cardinal béninois Bernardin Gantin, envoyé du pape aux obsèques.

Pour un catholicisme africain

« Personne exceptionnelle », selon Jean-Paul II, Hyacinthe Thiandoum a beaucoup œuvré pour l’évangélisation du Sénégal. Pasteur, il a prêché des valeurs de tolérance, de justice et de solidarité. Evêque, puis premier archevêque noir de Dakar aux premières années de l’indépendance en 1962, fonction qu’il occupera pendant 38 ans, il est devenu cardinal en 1976. Il a participé à l’élection de trois papes : Paul IV, Jean-Paul 1er, Jean-Paul II. Le prélat, qui a pris part au concile (Assemblée d’évêques et de théologiens de l’Eglise catholique, ndlr) de Vatican II (1962-1965), a été un ami de Jean-Paul II. « Il a pu apporter à l’occasion du concile de Vatican II et du synode (Assemblée consultative, ndlr) des évêques africains de 1994 une participation significative aux réflexions et aux mises en œuvre concernant l’évangélisation et le développement de l’Afrique », a affirmé le cardinal béninois Gantin dans son hommage à Hyacinthe Thiandoum.

Au cours de ce même synode, le cardinal a demandé une meilleure prise en compte des valeurs traditionnelles africaines et promeut l’idée d’un code de droit canon spécifique à l’Afrique. Pour mieux adapter le catholicisme à son pays, Thiandoum a même développé l’utilisation des langues locales dans la liturgie catholique. Il a fondé le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), qui a tenu, en octobre 2003 à Dakar, sa treizième Assemblée plénière. Une instance qu’il a présidé avec succès.

Une action politique importante

Fervent dévot, Hyancinthe Thiandoum priait beaucoup et intensément pour le salut de ses concitoyens. Il priait, mais agissait aussi. Il s’est par exemple érigé en médiateur en établissant un dialogue entre dignitaires musulmans et chrétiens. Initiative qui a permis de pacifier le pays.

L’homme d’Eglise a également eu un rôle politique important. Il a incité les Sénégalais à s’intéresser à la chose publique, à voter et à militer pour des partis politiques. Au lendemain de l’indépendance en 1962, il a contribué à la démocratisation et à la stabilisation du nouveau régime. Mais en dépit de ses engagements, il n’est pas intervenu dans le conflit de la Casamance, laissant les pasteurs de la région trouver seuls une solution à la crise.

L’archevêque était une personne humble, généreuse, animée d’un esprit de fraternité. Très apprécié en Afrique et dans le monde, il fut un grand homme qui a marqué l’histoire de son pays. Que son âme repose en paix.