
Dans son étude annuelle publiée le 13 avril 2026, le journaliste et chercheur indépendant Régis Marzin dresse un bilan alarmant de l’état de la démocratie sur le continent africain. Entre interdictions de candidatures en série, scores « soviétiques » et décrochage croissant de l’Afrique francophone, l’année 2025 marque une nouvelle étape dans le recul des libertés politiques.
Un travail de référence depuis dix ans
Depuis 2016, Régis Marzin publie chaque année une étude exhaustive sur l’évolution des régimes politiques, des processus électoraux et de la démocratisation en Afrique, couvrant les 55 pays du continent. Ce travail méthodique, appuyé sur des graphiques, des cartes et des tableaux comparatifs, constitue un outil de référence rare dans le paysage médiatique francophone. L’édition 2025-2026, intitulée « Démocraties, dictatures et élections en Afrique : bilan 2025 et perspectives 2026 », est téléchargeable en PDF sur son site Regard Excentrique.
L’arme de l’inéligibilité : le nouveau verrou des régimes
Le constat central de l’étude est sans appel : en 2025, seuls le Malawi et les Seychelles disposaient d’une démocratie correctement stabilisée dans le contexte de leurs élections. Partout ailleurs, les processus électoraux ont été détournés, et le phénomène le plus marquant de l’année reste la vague d’éliminations de candidats : Tidjane Thiam en Côte d’Ivoire, Maurice Kamto au Cameroun, Tundu Lissu en Tanzanie, Domingos Simões Pereira en Guinée-Bissau, Cellou Dalein Diallo en Guinée. Ce mouvement s’est prolongé début 2026, avec l’éviction de Kizza Besigye en Ouganda et l’interdiction pure et simple des trois principaux partis d’opposition guinéens, UFDG, UFR et RPG, par la junte de Mamadi Doumbouya, trois mois seulement avant les élections.
Régis Marzin note que cette technique de verrouillage en amont, si elle n’est pas nouvelle, atteint désormais une fréquence inédite. Le Togo de Faure Gnassingbé, qui a réussi à supprimer la présidentielle au suffrage universel et Djibouti complètent le tableau d’un continent où la participation de l’opposition aux élections est de plus en plus empêchée, entraînant une multiplication des boycotts.
Des scores « soviétiques » qui défient la crédibilité
L’étude passe au crible les résultats électoraux les plus contestables de la période récente. La présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan, réélue avec 97,95 % des voix et une participation de près de 87 % malgré le boycott de l’opposition, reçoit le qualificatif de « tyran de l’année », d’autant que l’annonce de ce résultat a été suivie d’un massacre estimé entre 700 et 2 000 morts lors des repressions des manifestation de contestation. Mamadi Doumbouya en Guinée (86,72 %), Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville (94,82 %), Ismaïl Omar Guelleh à Djibouti (97,81 %) s’inscrivent dans cette série où les taux de participation gonflés constituent, selon Marzin, des « messages » adressés aux populations et à la communauté internationale sur la volonté des régimes d’imposer leur ordre « à n’importe quel prix ».
Le décrochage francophone-anglophone désormais structurel
L’un des apports majeurs du travail de Régis Marzin est la mise en évidence, données à l’appui, d’une divergence croissante entre les trajectoires de l’Afrique dite anglophone et de l’Afrique dite francophone. 2025 marque une sixième année consécutive de décrochage des anciennes colonies françaises.
D’un côté, des coups d’État, des inversions de résultats, des passe-droits sur les limitations de mandats ; de l’autre, des alternances démocratiques, au Malawi et aux Seychelles en 2025, et une vigilance internationale pour protéger les acquis. L’Afrique australe confirme son leadership démocratique tandis que l’Afrique de l’Ouest poursuit sa régression.
Perspectives 2026 : une année sous haute tension
L’étude anticipe une année 2026 difficile, avec 22 à 24 scrutins prévus sur le continent. Les situations les plus complexes concernent la Guinée-Bissau, la Somalie, et potentiellement l’Éthiopie, la Libye et le Soudan du Sud. Plus rien n’est attendu à court terme au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Soudan, où l’idée même de « transition vers la démocratie » semble mise entre parenthèses.

Régis Marzin pointe également la perte d’influence de la France et de l’Union européenne, notamment leur silence face à l’interdiction des partis en Guinée, tandis que les politiques européennes restent focalisées sur le flanc Est du continent. Dans ce contexte, l’étude souligne que les progrès démocratiques ne restent possibles que dans les régimes intermédiaires et les démocraties déjà établies, tandis que les régimes antidémocratiques semblent avoir neutralisé l’ensemble des outils de soutien à la démocratisation imaginés depuis 1990.
Source : Régis Marzin, « Démocraties, dictatures et élections en Afrique : bilan 2025 et perspectives 2026 », 13 avril 2026. Lire l’étude complète





