Deloitte à la conquête de l’Afrique

Thierry Lacroix (©Fouâd Harit)

Deloitte a organisé la semaine dernière une importante journée de recrutement : l’« Africa DDay ». Le groupe français est à la recherche de plus de 500 nouveaux collaborateurs pour la zone de l’Afrique francophone. L’« Africa DDay » témoigne de l’important développement de Deloitte en Afrique.

Habitué à la discrétion, Deloitte affiche désormais clairement ses ambitions : partir à la conquête du marché africain. Le groupe, qui se positionne comme l’un des leaders mondiaux de l’audit et des services professionnels, intervient pourtant depuis une trentaine d’années en Afrique francophone. Mais il entend doubler la taille de ses effectifs sur le continent, actuellement de 671 collaborateurs, dans les 3 à 4 prochaines années. Ainsi, pour la troisième année consécutive, Deloitte a organisé, vendredi 28 mars, son « Africa DDay », autrement dit : un évènement de recrutement dédié à l’Afrique.

Ils étaient près de 35 candidats pré-sélectionnés – pour la plupart Africains de naissance ou d’origine – à s’être présentés à cette cession de recrutement. Le directeur de Deloitte Afrique francophone, Alain Penanguer, était là pour les accueillir et leur exposer les activités du groupe dont la présence est assurée dans plus de 150 pays à travers le monde.

« Lorsque l’on intègre Deloitte, on a la chance d’appartenir à une organisation en forte croissance ». C’est en tout cas ce qu’affirme Alain Penanguer. « On sait où l’on va et ce que l’on veut faire », lance fièrement le directeur de Deloitte Afrique francophone à la trentaine de candidats venus tenter leur chance. Un seul mot d’ordre pour réussir : la « pluridisciplinarité ». Et ça, certains candidats semblent l’avoir compris à l’image de Destiné.

« Je ne connaissais pas » Deloitte

Né au Congo Brazzaville, Destiné, 28 ans, est arrivé en France en 2003 pour terminer ses études. Après une expérience dans un cabinet de conseil, il est aujourd’hui « à la recherche de nouvelles opportunités ». « Je ne suis pas vraiment conscient des opportunités qu’offre l’Afrique, mais la morosité économique et le manque de projection sur des postes à haute responsabilité en France à saisir d’autres opportunités et notamment sur le continent africain », affirme-t-il. Destiné n’a pas forcément envie de retrouver ses racines au Congo. « L’idéal serait de voyager dans plusieurs pays africains ». Quant au type de poste qu’il aimerait occuper, Destiné dit être à la « recherche de nouveaux défis ».

Elsa Tchemy est Camerounaise. A 31 ans, elle veut repartir en Afrique après une riche expérience professionnelle de 8 ans en France. Elle l’avoue, elle « ne savait pas que Deloitte était aussi actif en Afrique ». « A vrai dire, je ne connaissais pas ce groupe », finit-elle par avouer. Actuellement en poste dans une banque française, elle se dit pourtant prête à quitter son emploi « pour retourner en Afrique ». « Mes parents pensaient que c’était meilleur pour moi d’être en France, notamment pour les études. Mais il faut se rendre à l’évidence l’Afrique c’est l’avenir », conclut-elle.

Nous rencontrons également Sadia Larbaoui, 28 ans. Algérienne de naissance, elle s’était installée en France pour « avoir un meilleur bagage ». Cette jeune fille a été formée à la finance et à la banque avant de se convertir à l’audit et au conseil. Elle aussi se dit prête à retourner en Afrique, « tout particulièrement en Algérie, car c’est le pays que je connais le mieux ». Le mot d’ordre, Sadia l’a elle aussi très bien assimilé. Elle souhaiterait occuper un poste « pluridisciplinaire ». « J’aimerais faire de l’audit mais aussi de l’advise et du conseil ».

« Investissements africains et intra-africains »

Thierry Lacroix (©Fouâd Harit)Thierry Lacroix, directeur commercial en charge du développement en Afrique francophone, témoigne des « nombreux investissements issus de multinationales et de fonds d’investissements étrangers ». Mais ce qui est le plus intéressant pour Deloitte, ce sont les « investissements africains et intra-africains », notamment par le biais d’investissements panafricains et de fonds d’investissements régionaux. Cela fait 2 ans et demi que Thierry Lacroix travaille pour le groupe français. Il était auparavant en poste au Sénégal dans le conseil et la stratégie. Ce qui l’a attiré chez Deloitte, ce sont justement ses activités « pluridisciplinaires » et sa forte croissance. Le groupe a enregistré en 2013 un chiffre d’affaires de 24 milliards d’euros.

« Aujourd’hui, nous avons un cabinet en Afrique francophone qui est encore principalement dédié à l’audit et à l’expertise comptable et qui demain doit évoluer vers des activités comme le juridique et le fiscal, le financial advisory et le conseil. C’est l’un de nos grands enjeux », affirme-t-il. Et pour y parvenir, Deloitte a besoin d’une nouvelle palette de collaborateurs recrutés à l’international ou directement en Afrique. Et même si les bureaux sont tous localisés dans la zone francophone, l’anglais est de rigueur, car Deloitte intervient également en Afrique anglophone.

Deloitte vend des services intellectuels auprès de grands acteurs privés et publics en Afrique dans cinq domaines clés : l’audit, l’expertise comptable, le juridique et fiscal, le financial advisory et le conseil. « Nous avons identifié nos besoins dans les différents bureaux et nous essayons de les matcher avec cette volonté de retourner en Afrique », confie Thierry Lacroix. Ces besoins concernent tout particulièrement les secteurs d’activités des télécoms, de la banque et du secteur public, notamment l’accompagnement de bailleurs. Deloitte a donc davantage besoin de jeunes talents « capables d’accompagner nos clients dans la diversification de ces secteurs d’activité ».

« Un taux de croissance de 20% par an »

En Afrique du Nord, le cas de l’Algérie est spécifique. Deloitte n’est pas forcément connu dans ce pays où le tissu économique est différent de celui du Maroc ou de la Tunisie. « Contrairement à l’Algérie, le Maroc bénéficie du fait de ne pas avoir de pétrole ce qui a donc obligé ce pays à créer des structures économiques, des PME, devenus pour certains de grands groupes », commente Arnaud de Rincquesen qui dirige le bureau Deloitte à Alger. Pourtant, depuis son arrivée dans le pays, en 2007, ce dernier a constaté que l’Algérie a de « réels besoins en matière d’organisation, de gouvernance et de technique bancaire ». Avec un effectif de 40 personnes, Deloitte souhaite doubler en 2 ou 3 ans la taille de son cabinet à Alger. Et pour cause, le groupe y connait un taux de croissance de 20% par an.

Le Maroc compte actuellement 150 collaborateurs. Quant à la Tunisie, Deloitte a renforcé sa position en se rapprochant du cabinet Altime Tunisie, le leader tunisien du conseil.