Deloitte fusionne avec Altime Tunisie et renforce sa position en Afrique

Le récent rapprochement entre le leader tunisien Altime et le géant mondial Deloitte, spécialisé dans le conseil, est l’occasion, un peu plus de deux ans après le soulèvement populaire, de faire le point sur la situation économique en Tunisie. Et de manière plus générale, sur le développement de l’Afrique francophone où Deloitte est implanté depuis plusieurs années. Interview avec Emma Kharouf, Associée responsable du bureau Altime Deloitte à Tunis, et Alain Penanguer, Associé responsable Afrique francophone pour le cabinet Deloitte.

La fusion entre Altime et Deloitte s’enregistre dans l’optique de devenir le leader des « services multidisciplinaires » en Tunisie et dans le reste de l’Afrique francophone. Une nouvelle position qui permet au géant du conseil Deloitte d’opérer par le biais d’Altime en Afrique du Nord, en plus de la partie francophone. Altime Deloitte affiche une ambition « panafricaine » avec deux principaux axes de développements : jouer un rôle clef dans le développement du conseil en Tunisie en renforçant les secteurs d’activités en capitalisant sur les expertises Deloitte (plus de 75 000 consultants dans le monde) et en renforçant le conseil en Afrique francophone grâce à la présence du réseau Deloitte en Afrique, soit 22 pays. Quasiment absent du paysage tunisien, le marché du conseil a beaucoup évolué ces deux dernières années en Tunisie.

Pour Afrik.com, Emma Kharouf, Associée responsable du bureau Altime Deloitte à Tunis, fait le point, en quatre questions, sur la situation économique de la Tunisie depuis la chute de Ben Ali. Puis, Alain Penanguer, Associé responsable Afrique francophone pour le cabinet Deloitte, répondra lui aussi à quatre questions afin de nous expliquer les raisons d’une croissance surprenante de près de 5% en Afrique.

Tunisie

Afrik.com : De manière générale, comment se développent les acteurs publics et privés en Tunisie à propos du secteur financier ?

Emma Kharouf :
Nous observons des développements à deux vitesses entre le secteur public et le secteur privé, mais une accélération relative du secteur public depuis deux ans. Le secteur financier en est une bonne illustration, nous pouvons à titre d’exemple citer le fait que les banques privées ont lancé depuis quelques années déjà la restructuration de leur système d’information, alors que les banques publiques tardent à le faire. Il est à noter que depuis 2 ans, la Banque Centrale a lancé un ensemble de textes visant à renforcer son rôle de supervision (nouvelle règle de gouvernance, exigence plus forte en termes de provisions…), et par ailleurs le lancement de la Caisse des Dépôts et des Consignations…

Afrik.com : Depuis la chute de Ben Ali, quels sont les perspectives de développement en Tunisie ?

Emma Kharouf :
Deloitte ne répond pas à ces questions purement politiques, mais le cabinet constate que la Tunisie représente aujourd’hui un marché d’opportunités pour les acteurs économiques.

Afrik.com : La Tunisie traverse une crise économique sans précédent. Quelles sont les voies à une sortie de crise ?

Emma Kharouf :
La Tunisie vit depuis la révolution un changement total des principes de gouvernance, notamment au niveau des projets structurants du pays, il est certain que globalement il y a beaucoup plus de projets qui sont initiés. Les problèmes économiques sont notamment accentués par la structuration de volets sociaux divergents.

Afrik.com : Quels sont les grands chantiers sur lesquels Altime Deloitte travaille en ce moment en Tunisie, qui permettraient éventuellement de relever le niveau économique ?

Emma Kharouf :
Le cabinet Altime Deloitte s’est lancé dans le secteur public depuis 2 ans avec des contributions fortes sur des projets comme le lancement de la Caisse de Dépôts et de Consignation Tunisienne, l’évolution du cadre réglementaire pour la mise en place d’un cadre de partenariat public privé, etc.

Afrique subsaharienne

Afrik.com : Deloitte est présent dans l’ensemble de l’Afrique francophone. Comment expliquer la croissance économique annuelle de l’Afrique évaluée à près de 5% ?

Alain Penanguer :
Selon la BAD, neuf pays d’Afrique atteindront des niveaux de croissance de plus de 7% en 2013 et 19 autres auront un taux entre 5% et 7%. Le continent africain croît à grande vitesse, en témoigne la présence de 13 pays africains parmi les 20 pays du monde ayant connu la croissance la plus rapide en 2012. La BAD estime que l’intégration économique régionale est le facteur « clé » permettant aux producteurs africains de développer des chaînes de valeur régionales, de réaliser des économies d’échelle et de devenir compétitifs au plan international.

A raison, car chez Deloitte, nous pensons que le récent développement de « hubs » régionaux sur le continent a reçu l’attention des investisseurs internationaux, tandis que l’intégration totale s’affirme comme étant la clé de l’amélioration de la conduite d’affaires transfrontalières.

L’Afrique émerge et prend les caractéristiques d’une économie de marché (hausse des achats transfrontaliers au sein du continent, nationalisation des entreprises publiques…) et emprunte le chemin de la compétitivité au niveau du marché mondial, les investisseurs considèrent déjà l’Afrique comme le prochain relais de croissance ; Deloitte les assiste donc dans ce développement.

Afrik.com : Quelles sont vos cibles en Afrique Francophone ?

Alain Penanguer :
Nous accompagnons dans leur développement et l’optimisation de leurs stratégies les grands clients internationaux dans leur projet de développement de leurs activités sur le continent, les grands groupes panafricains dans leur projet de développement à l’international, les grands groupes nationaux dans leurs besoins de diversification ou de développement à l’international, les acteurs publics (Gouvernements, Ministères et Administrations dans leur démarche de modernisation, les grandes entreprises publiques et les bailleurs de fonds).

Afrik.com : Comment apporter une expertise à un pays qui dispose d’une mauvaise gouvernance ? Est-ce un risque ou au contraire un avantage ?

Alain Penanguer :
Pour nous il ne s’agit pas d’une « mauvaise gouvernance », car nous développons une offre spécifique dédiée à ces clients avec des experts qui assistent les administrations et collectivités locales dans leurs démarches de modernisation, et accompagnent les réformes qui permettent de gagner en performance et de générer la croissance à travers des offres de : Financement de projet (notamment PPP); Attraction des Investissements Directs Etrangers ; Stratégie de compétitivité pays ; Développement de pôles de compétitivité et de stratégies de filière ; Evaluation de politiques publiques ; Modernisation des services rendus aux citoyens par les administrations ; Conduite du changement ; Audit de projet et évaluation d’impact. Dans les domaines suivants : Administration fiscale ; Agriculture ; Développement durable ; Développement local ; Administration des douanes et impôts indirects ; Education ; Energie et ressources ; Finance et comptabilité publique ; Santé.

Afrik.com : Que préconisez-vous à l’Afrique Francophone afin qu’elle adopte une meilleure gestion financière ?

Alain Penanguer :
L’Afrique est face au défi de la bonne gouvernance du secteur privé et public. Les deux doivent garantir la fiabilité de l’information financière produite. Aujourd’hui, pour contourner les différents facteurs entravant la délivrance de la bonne Information Financière, l’Afrique doit veiller à entretenir une bonne politique de gestion des talents et envisager la transparence financière comme un gage de confiance incitant les investisseurs étrangers à croire en l’Afrique.