Début de l’isolement de 8 communes au Bénin : comment le vivent les populations ?


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Talon Patrrice
Le Président du Bénin, Patrice Talon

Annoncée le 23 mars dans un communiqué gouvernemental, la mise en isolement de 8 communes, dont Cotonou, est désormais effective. Cette mesure a été prise dans le cadre de la lutte contre la Covid-19, alors que le Bénin enregistre officiellement 6 cas de personnes infectées par le virus.

Critiquée par les médias locaux pour sa faiblesse, la décision du gouvernement, entrée en vigueur ce lundi 30 mars à 00h, pourrait totalement bouleverser le quotidien des populations.

Limitation des déplacements

Dans le communiqué rendu public par la présidence de la République du Bénin, le lundi 23 mars, il a été instauré un cordon sanitaire autour des communes les plus exposées au risque de propagation du virus. Ce sont aussi les communes les plus dynamiques économiquement, à savoir Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah, Allada, Sèmè-Podji, Porto-Novo, Adjarra et Akpro-Missérété.

« La mobilité des personnes à l’intérieur de ces communes est réduite à l’essentiel strict », peut-on lire dans le communiqué. Jusqu’au 13 avril donc, les déplacements sur toute l’étendue du territoire national sont réduits au strict nécessaire. S’il est possible de voyager entre les 8 communes, les populations n’ont plus de droit d’aller au-delà.

Ces mesures visent surtout à limiter la propagation du virus, au regard de la densité des déplacements dans ces différentes communes. Elles concentrent, à elles seules, la majorité de l’économie nationale et représentent la plus grande zone commerciale du pays. Avec le flux des déplacements enregistrés chaque jour, que ce soit sur courts ou longs trajets, les risques de contamination sont avérés.

Une dissémination du virus dans le reste du pays aurait été trop complexe à gérer pour le gouvernement, dont les moyens de prise en charge sont actuellement limités. Si certaines voix s’élèvent contre la faiblesse de cette mesure prise par la Présidence, les premières victimes restent les transports en commun.

https://twitter.com/gouvbenin/status/1244186883820679168

Transports en commun, les premières victimes de l’isolement

Dès la publication du communiqué, un certain ralentissement de la mobilité a été remarqué dans la ville de Cotonou, la capitale économique du Bénin. Ce constat concerne aussi bien les citoyens ordinaires que les taxis moto, principaux moyens de déplacement à Cotonou. De l’avis de ces derniers, il y a de moins en moins de clients.

Si les déplacements ne sont pas totalement interdits, les transports en commun de personnes sont suspendus à compter de cette date. Les plus durement touchés sont les mini-bus de 20 places qui assuraient la liaison entre Cotonou et la plupart des autres communes du cordon sanitaire.

Principaux moyens de déplacement pour les trajets sur longue distance, les transports en commun sont très prisés pour leurs tarifs plus abordables. Leur tarif représente jusqu’au tiers de ce que proposent les taxis à 5 places. Ce qui en fait le moyen de déplacement privilégié des populations les plus démunies, notamment des étudiants.

Les bus qui assuraient la liaison entre le sud et le nord du Bénin sont, eux aussi, à l’arrêt. Les taxis à 5 places pour leur part ne peuvent désormais transporter que 3 passagers en plus du chauffeur. Par contre, « le transport de marchandises n’est pas concerné », d’après le communiqué.

Isolement : quel enjeu pour l’économie ?

Les transports en commun sont très utilisés aussi par la grande majorité de commerçants pour le commerce de détail qui alimente l’essentiel de l’économie locale. Ils desservent les principaux marchés locaux, en transportant les revendeuses. Ils sont aussi très impliqués dans le transport de marchandises à petite échelle.

La part des petits commerçants dans cette économie reste nettement supérieure à celle des transports de marchandises. Dans cette chaîne de valeur, les transports en commun représentent donc un maillon très important.

Suspendre leur circulation porterait sans aucun doute un coup très dur aux échanges commerciaux entre les différentes communes du cordon. C’est toute l’économie nationale qui pourrait en pâtir, avec le risque de voir baisser son PIB sur les 14 jours, ou plus, que durera cet isolement.

Pour l’heure, ce lundi 30 mars, les rues de Cotonou et Porto-Novo sont clairsemées, se limitant aux seuls motocyclistes et à quelques véhicules de transport privé.

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