De la sexualité du couple arabe

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Les Marocains revendiquent leur plaisir et le font entendre. Depuis 2000, Amal Chabach reçoit dans son cabinet de Casablanca, au Maroc, des patients pour parler de leur sexualité. Des entretiens que la sexologue a repris dans son ouvrage Le couple arabe au 21ème siècle. Interview.

Amal Chabach est une femme occupée, son cabinet ne désemplit pas. Les consultations s’enchaînent, jusque tard dans la soirée. Depuis qu’elle a ouvert son bureau à Casablanca, les couples marocains viennent évoquer leur sexualité. Un phénomène assez récent qui a vu le jour après l’arrivée du viagra sur le marché. « Au début, les patients étaient rares, ils ne se montraient pas et avaient peur du regard des autres », confie le médecin. Après son doctorat de médecine à l’université de Casablanca, elle décide de se tourner vers la sexologie pour « aider les gens à se sentir mieux dans leur corps ». Un choix qu’elle n’a jamais regretté. A partir de son expérience médicale, le Dr Amal Chabach, a entrepris d’écrire un ouvrage sur le couple arabe au 21ème siècle, sorti en juillet dernier. Elle y aborde plusieurs thèmes, notamment la sexualité et la famille. Une première dans un pays où la sexualité demeure taboue. Interview.

amal.jpgAfrik.com : Pourquoi avez-vous intitulé votre livre Le Couple arabe au 21éme siècle, alors que vous parlez beaucoup des Marocains ?

Amal Chabach :
Je commence par une réalité marocaine, mais les pays arabes ont une culture commune. Ils ont la même éducation, hormis quelques spécificités. Je pense à l’Egypte qui pratique encore l’excision. Pour le reste, on retrouve de grandes similitudes dans la manière d’aborder le couple, la femme, la virginité, le divorce et la famille. Pour ma nouvelle édition qui sera publiée en France, j’ai fait appel à de sexologues d’autres pays arabes comme l’Egypte, l’Algérie et la Tunisie pour enrichir mes propos.

Afrik.com : A qui s’adresse votre livre ?

Amal Chabach :
Je le conseille à tout le monde car, dans les pays arabes, comme le Maroc, on ne dispense pas des cours d’éducation sexuelle dans les écoles. On parle de la reproduction mais pas de sexualité. Ce n’est pas une priorité pour les pays en voie de développement. La sexualité reste un sujet très tabou surtout avant le mariage. Les femmes subissent une pression sociale constante. Chaque jour, je reçois des jeunes filles, envoyées par leurs parents, qui me demandent des certificats de virginité.

Afrik.com : Est-ce que l’islam influence la sexualité ?

Amal Chabach :
L’islam, dans le cadre du mariage, est très ouvert. Avant, c’est différent, on vit dans la culpabilité, dans la crainte de Dieu. Beaucoup de jeunes couples viennent consulter après leur mariage car ils se sentent libérés, débarrassés de la pression sociale et religieuse. Au Maroc, les relations hors mariage sont interdites par la loi. Les jeunes sont obligés de se cacher, ils vivent constamment avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête.

Afrik.com : Pourquoi viennent-ils consulter ?

Amal Chabach :
La plupart du temps les hommes viennent dans mon cabinet pour des dysfonctionnements érectiles. Les Marocains fument énormément, ils ont souvent du diabète ce qui les rend impuissants. Les études montrent que les hommes de mon pays ont plus de problèmes que les autres, mais cela est faux. Ils pensent que leurs dysfonctionnements sont liés au fait qu’ils ne font pas l’amour quotidiennement, ce qui est normal quand on a plus de 40 ans ! Il y a juste un problème de définition.

Afrik.com : Et pour les femmes…

Amal Chabach :
Les Marocaines sont très attentives à leur plaisir. Elles ne veulent pas être perçues comme des objets. Elles arrivent dans mon bureau pour des problèmes de vaginisme (contraction musculaire qui empêche la pénétration vaginale, ndlr) ou parce qu’elles n’ont pas de désir sexuel. Cette liberté de parole a des conséquences sur le comportement des hommes qui deviennent plus attentifs à leur partenaire. Ils veulent que leurs femmes s’épanouissent et ils se mettent la pression pour y parvenir.

Afrik. com : Finalement, la sexualité devient plus libérée…

Amal Chabach :
Oui, effectivement. Les couples n’hésitent plus à passer la porte de mon cabinet pour discuter de leurs problèmes sexuels. Maintenant, la sexualité est partout, elle s’étale sur les « Une » des magazines féminins. Cependant, les gens assimilent mal cette surabondance d’informations et font souvent des raccourcis. J’ai des patientes qui me disent : « Je n’ai pas d’orgasme donc je vais divorcer ». C’est trop exagéré. Les hommes maintenant ont peur d’être trop rapides, d’être de mauvais amants, ça les complexe beaucoup. Il faudrait en parler intelligemment pour qu’on arrive à une véritable amélioration.

Pour en savoir plus :

 Le site d’Amal Chabach