Darfour : massacre à huis clos

Karthoum est résolu à en finir avec les rebelles darfouriens. L’armée soudanaise, après avoir bombardé dimanche le Darfour, a empêché ce mardi les forces de maintien de la paix de se rendre sur place. Ibrahim Gambari, chef de l’équipe de la force de maintien de la paix de l’ONU et de l’Union africaine (Unamid), et la France ont condamné l’attitude du gouvernement d’Omar El-Bechir, le président soudanais poursuivi par la CPI

Par tous les moyens nécessaires. Le gouvernement soudanais semble prêt à en finir avec les mouvements rebelles du Darfour. Son armée de l’air a bombardé dimanche la ville de Labado et le village d’Esheraya, situés au Sud Darfour et refusé mardi l’accès dans les zones concernées des forces de maintien de la paix au détriment de la population. Dans un communiqué, l’ONU indique que les forces de maintien de la paix de l’ONU et de l’Union africaine (Unamid) « se sont vues refuser l’accès par les forces soudanaises pour des raisons de sécurité ». Ibrahim Gambari, le chef de l’Unamid a exprimé lundi des inquiétudes sur ces frappes aériennes récurrentes et intensives, et appelé « toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue dans l’usage de la force ». Même son de cloche pour la France qui a condamné par communiqué ce mercredi la « reprise » des bombardements contre les populations civiles du Sud-Darfour et a demandé « la levée » des restrictions d’accès de l’Unamid, ainsi que « celles posées à l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations du Darfour ». L’Elysée, qui privilégie une « solution politique » du conflit, appelle « les autorités soudanaises comme les mouvements rebelles au Darfour à ne pas faire usage de la force et à s’investir dans les négociations sur les propositions faites par la médiation conjointe des Nations Unies et l’Union africaine à Doha ».

Des négociations dans l’impasse

Le conflit, qui dure depuis 2003 et qui a déjà fait au moins 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés selon les estimations de l’ONU, semble loin d’être résolu. Au début du mois, le gouvernement de Karthoum a augmenté les effectifs de ses troupes dans la région de l’ouest du Soudan, rapporte mtm-news. Le porte parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Khaled Moussa, explique que « la situation en Libye est très instable actuellement, et nous avons de réelles inquiétudes concernant le trafic d’armes et la possibilité que ces armes tombent entre les mains des rebelles ». Le mouvement pour la Justice et l’égalité (JEM), le plus militarisé des groupes rebelles du Darfour parmi lesquels le Mouvement pour la libération et la justice (MJL) et le mouvement de libération du Soudan (MLS), a totalement rejeté le 28 avril l’accord de paix de Doha proposé par les médiateurs de l’ONU. Gibril Adam, son porte-parole, avait affirmé que lui et les autres responsables de son mouvement étaient « déçus » dans la mesure où le problème des réfugiés, la compensation des habitants du Darfour et le partage du pouvoir et des richesses sont insatisfaisantes. Les rebelles se sont également opposés à la tenue d’un référendum sur le statut administratif du Darfour fixé le 1er juillet. Ils estiment que cette décision prévue par les accords de paix d’Abuja de mai 2006 a été prise unilatéralement par le président soudanais, OmarEl-Bechir.

Ce dernier fait l’objet de deux mandats d’arrêt émis en mars 2009 et en juillet 2010 par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et crimes contre l’humanité commis dans la province du Darfour.