Darfour : les rebelles combattent les rebelles

La semaine passée, se sont déroulés au Darfour les affrontements les plus meurtriers depuis la signature de l’accord de paix du 5 mai dernier, faisant plus de 80 morts. Ils ont opposé des mouvements rebelles entre eux. Depuis juin, la faction majoritaire du Mouvement de libération du Soudan, qui a signé l’accord d’Abuja, s’est rapprochée de Khartoum au sein d’un groupe de coordination, tandis que les rebelles non signataires ont formé le Front du salut national.

Désormais, au Darfour, c’est rebelles contre rebelles. La semaine dernière, ont eu lieu dans cette région du Soudan les affrontements les plus meurtriers depuis que le gouvernement soudanais et la frange majoritaire de l’Armée/Mouvement de libération du Soudan (MLS) ont signé un accord de paix le 5 mai dernier. Cette dernière faction, dirigée par Minni Minnawi, aurait affronté celle d’Abdulwahad Al Nur qui, avec le Mouvement Justice et Egalité (MJE), a refusé de signer les accords d’Abuja, malgré la pression des médiateurs internationaux. Quatre-vingt personnes seraient mortes suite à des combats qui se sont déroulés « dans la région de Tawila, dans l’Etat du Nord-Darfour », selon l’Union africaine. « 4 000 civils ont fui les combats entre les factions rivales du Mouvement de libération du Soudan », a indiqué dimanche la Mission des Nations unies au Soudan (Unmis), citant le rapport de la Mission de maintien de la paix de l’Union africaine (Amis).

Ce dernier précise que les déplacés étaient tous des membres de l’ethnie Four, la plus importante de la région, et celle qui soutient en plus grand nombre Abdulwahad Al-Nur. Laissant entendre que ce sont les hommes de Minnawi qui les ont chassés. Une personne déplacée citée par le rapport déclare ainsi avoir assisté « au viol puis au meurtre » de quinze jeunes femmes par des combattants de cette faction.

L’accord d’Abuja « mort né »

Khartoum a-t-il trouvé un nouveau relais au Darfour, depuis qu’il a formé avec le MLS de Minnawi, le 22 juin dernier, un groupe de coordination (CCG) chargé d’œuvrer à la « reconstruction » du Darfour ? « Il est encore trop tôt pour le dire, mais il y a quelque chose qui y ressemble. Je ne vois pas pourquoi les gens de Minnawi viennent faire une descente comme ça », explique Jean-Louis Péninou, journaliste spécialiste du Soudan. Le MLS d’Al Nour, le MJE et l’Alliance démocratique fédérale du Soudan ont répondu le 30 juin au CCG en se regroupant au sein d’un Front de salut national. Trois jours plus tard, ils attaquaient des forces gouvernementales à Hamrat al-Cheikh, dans le nord Kordofan, faisant douze morts.

« Il est trop tôt » également, pour dire si l’on se dirige vers un conflit à caractère ethnique entre les groupes qui combattaient à l’origine les milices djanjawids soutenues par Khartoum. Ce sont « les Fours, les Massalits… ceux qui ont été le plus touchés par les violences depuis le début de la guerre qui ont refusé l’accord, explique Jean-Louis Péninou. Ils demandent seulement le désarmement des djanjawids. Or, l’accord d’Abuja ne leur apporte pas… Il leur apporte sur le papier mais, en même temps que le gouvernement de Khartoum accepte de les désarmer, il dit qu’il ne les connaît pas et n’a aucun pouvoir sur eux. En revanche, « il n’est pas impossible de voir les hommes qui ont soutenu Minnawi, à majorité Zaghawas, changer de camp s’ils voient qu’il a joué la mauvaise carte », estime le journaliste qui était au Soudan au printemps dernier et ne comprend pas comment les médiateurs ont pu forcer les rebelles à signer un tel accord, « mort né » selon lui.

Quant au MJE, « très bien structuré politiquement », mais « qui souffre d’une très faible présence sur le terrain », « son agenda politique est fondamentalement un changement de pouvoir à Khartoum », estime le chercheur français Roland Marchal (CERI/CNRS, Paris), interrogé par Al Ahram hebdo. Selon lui, « le MJE n’a pas comme stratégie d’aboutir à un accord qui réglerait seulement le problème du Darfour, mais il entend poser un certain nombre de problèmes au niveau de l’ensemble du Nord du Soudan, notamment de l’Est et du Kordofan, en vue de changer complètement la géographie politique de l’Etat et la nature du gouvernement ». Outre le gouvernement lui-même, les médiateurs internationaux ne sont pas prêts à aller jusque-là. « Parce qu’ils ne savent pas comment », selon Jean-Louis Péninou. Et qu’ils n’ont par conséquent « aucune envie de s’engager au Darfour ».