Danser en Côte d’Ivoire

La troupe artistique du Wassa est rentrée dans une Côte d’Ivoire en crise après avoir clôt, en octobre dernier, une tournée de quatre mois en France. Longtemps empêchée de se produire, la compagnie de San Pedro espère repartir en tournée dès le printemps prochain. Dans son pays et dans toute l’Afrique. Interview.

Danses, chants, percussions, spectacles de feu… sont autant de performances artistiques réalisées par les membres du Wassa ( » la joie de danser  » en koyaka, dialecte africain). La compagnie est sise à San Pedro, en Côte d’Ivoire, mais ambitionne de faire la promotion de la culture africaine. Depuis sa création en 1997 par Martha Diomandé, la troupe internationale s’est toujours inspire de la réalité sociale africaine. Par leur seul mode de vie, en communauté, au sein d’un  » village  » ouvert à tout le monde, les artistes du Wassa tordent le cou à certains maux, tels le tribalisme, qui frappent l’Afrique. Après une tournée en France dont le succès a dépassé les espérances de ses membres, la troupe a regagné une Côte d’Ivoire qui entrait tout juste en crise. Le Cri d’Afrique, dernière création de la talentueuse chorégraphe et directrice de la compagnie, n’a pas pu y être jouée. Mais Martha Diomandé espère bien reprendre la tournée en Afrique et dans son pays dès le printemps prochain.

Afrik : Vous êtes rentrés en Côte d’Ivoire en octobre 2002, après votre tournée en France, alors que le pays sombrait dans la crise. Comment travaillez-vous aujourd’hui ?

Martha Diomandé : En ce moment nous sommes à San Pedro. Nous n’avons pas pu nous produire en raison de toutes les manifestations qui secouent le pays. Mais nous venons d’obtenir une subvention de la part du Programme de soutien à l’initiative culturelle décentralisée (PSIC), qui va nous permettre d’organiser une tournée. Nous allons jouer Le cri d’Afrique à partir du 1er mars à Lomé, au Togo, puis en Côte d’Ivoire. Nous organisons cette tournée nationale pour essayer de donner de la joie et du plaisir aux Ivoiriens dans cette période difficile.

Afrik : Le Wassa a participé en 2002 à un festival dit  » sang mêlé « , en Bretagne. Cet intitulé traduit parfaitement l’engagement de votre compagnie.

Martha Diomandé : Notre troupe est ouverte à tout le monde, sans distinction d’origines. Notre dernière création, Le cri d’Afrique, parle un peu de tous ces maux qui touchent l’Afrique, et particulièrement la Côte d’Ivoire aujourd’hui : la xénophobie, les guerres tribales… et la frustration qu’ils engendrent.

Afrik : Par cette prise de position, n’appréhendez-vous pas votre passage dans certaines régions de Côte d’Ivoire ?

Martha Diomandé : L’essentiel pour nous est de créer, de jouer et de faire parler notre coeur. Comme je vous le disais, nous sommes restés longtemps sans nous produire. Nous ne savons pas exactement comment cela va se passer mais il faut que nous le fassions.

Afrik : Votre engagement vous a valu quelques désagréments en 2001, avec le spectacle La transition

Martha Diomandé : Oui, le Wassa avait été sélectionné pour représenter la Côte d’Ivoire lors des Jeux de la francophonie qui se déroulaient au Canada. A cette époque, le pays connaissait des changements politiques importants, dont notre spectacle, La transition, s’inspirait. Mais au dernier moment, le jury international a décidé que ce programme ne correspondait plus à l’esprit des Jeux et m’a demandé de le modifier. Ce que j’ai refusé de faire. La Côte d’Ivoire n’a malheureusement pas été représentée au Canada.

Afrik : Vous développez un projet, le  » Village Wassa « , qui reflète très bien l’état d’esprit général de la troupe. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

Martha Diomandé : Nous avons acheté des terres sur lesquelles nous souhaitons construire un  » village  » qui abritera nos habitations ainsi que des infrastructures où nous exercerons nos activités. En vivant ensemble, sur place, nous estimons que nous serons dans les meilleures conditions pour créer. Jusque-là, nous avons réussi à construire quatre bâtiments, dans lesquels vivent les membres de la troupe. Depuis le début de la crise, nous accueillons également des personnes déplacées, qui ont fui le Nord. Quand le pays ira mieux, nous organiserons des spectacles, des expositions de peinture, de sculpture… Le  » village Wassa  » devra être un lieu d’art et pas uniquement de danse.

Le site du Wassa :