D’APRES L’OMS, PLUS D’UN MILLION D’HABITANTS D’AFRIQUE SUBSAHARIENNE ONT ACCES AU TRAITEMENT ANTI-VIH

Le Directeur du Département VIH/SIDA à l’OMS, le Dr Kevin De Cock, décrit les progrès accomplis et les obstacles à surmonter pour instaurer l’accès universel au traitement du SIDA.

16 août 2006

*Toronto, 16 août 2006*. S’adressant à la Seizième Conférence
internationale sur le SIDA réunie en séance plénière à Toronto
aujourd’hui, le Directeur du Département VIH/SIDA de l’OMS, le Dr Kevin
De Cock, a indiqué que, pour la première fois, le nombre de personnes
recevant un traitement antirétroviral en Afrique subsaharienne avait
dépassé le million, ce qui représente un décuplement de l’accès au
traitement dans la Région depuis décembre 2003.

Dans les pays à revenus faible et moyen, un peu plus de 1,6 million de
personnes recevaient un traitement antirétroviral fin juin 2006, soit
une augmentation de 24 % par rapport au 1,3 million de personnes ayant
accès aux médicaments en décembre 2005, et un quadruplement par rapport
aux 400 000 personnes traitées dans ces pays en décembre 2003.
Quatre-vingt-quinze pour-cent des personnes vivant avec le VIH/SIDA
aujourd’hui habitent les pays en développement.

Alors que l’OMS et l’ONUSIDA ont rendu compte de progrès importants dans
l’accès au traitement dans plusieurs Régions du monde, le Dr De Cock a
souligné qu’il restait encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif
fixé par le G8 et approuvé par l’Organisation des Nations Unies,
consistant à se rapprocher autant que possible de l’accès universel en
ce qui concerne les programmes de prévention du VIH, de traitement, de
soins et de soutien d’ici 2010. Dans son intervention d’aujourd’hui, le
Dr De Cock a également exposé comment l’OMS entend continuer d’élargir
l’accès au traitement du VIH, appelant à de nouvelles mesures pour
surmonter des obstacles qui , s’ils persistent, ralentiraient le taux
d’extension de l’accès au traitement à l’avenir.

« Les efforts conjugués des donateurs, des pays touchés, des organismes
des Nations Unies et des autorités de la santé publique sont en train de
déboucher sur une augmentation constante et substantielle de l’accès à
un traitement salvateur contre le VIH, » a fait observer le Dr De Cock.
« Or, à bien des égards, nous n’en sommes encore qu’au début de notre
action. Nous avons atteint à peine un quart des personnes à traiter dans
les pays à faible et moyen revenus, et le nombre des personnes à traiter
va continuer à augmenter. Nous devons donc être plus rapides dans nos
efforts pour surmonter les obstacles à l’accès au traitement. »

Sur les 38,6 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde,
environ 6,8 millions d’habitants de pays à revenus faible et moyen ont
besoin immédiatement d’un traitement antirétroviral. Cela veut dire qu’à
fin juin 2006, environ 24 % des personnes à traiter dans le monde
recevaient un traitement antirétroviral. La couverture varie selon les
Régions, allant de 5 % en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et 13 % en
Europe orientale et en Asie centrale à 75 % en Amérique latine et dans
les Caraïbes.

Soixante-trois pour-cent des personnes placées sous antirétroviraux dans
les pays à faible et moyen revenus aujourd’hui sont africaines, contre
25 % fin 2003. Bien que l’Afrique subsaharienne compte le plus grand
nombre de personnes en traitement, et arrive au deuxième rang pour la
couverture thérapeutique, la Région représente encore 70 % des besoins
de traitements mondiaux non satisfaits.

Outre les dépenses effectuées par les pays eux-mêmes, l’extension du
traitement a été financée grâce au Plan d’urgence du Président des
Etats-Unis d’Amérique pour le SIDA, au Fonds mondial de lutte contre le
SIDA, la tuberculose et le paludisme, à la Banque mondiale, à d’autres
donateurs bilatéraux et aux entreprises pharmaceutiques à travers des
contributions apportées notamment à l’Initiative pour l’accélération de
l’accès. D’une manière générale, les progrès ont été plus importants
dans les pays bénéficiant d’une aide particulière au titre de ces
initiatives.

Accroître l’équité d’accès

S’agissant des efforts déployés pour assurer un accès équitable au
traitement pour les personnes qui en ont besoin, le Dr De Cock a signalé
que les données actuelles n’indiquaient aucun biais systématique contre
les femmes dans l’accès au traitement, la proportion de femmes recevant
des antirétroviraux correspondant pratiquement à la proportion de
personnes infectées qu’elles représentent , la dépassant parfois.

Toutefois, d’autres inégalités sont manifestes. Alors que, selon les
estimations, 800 000 enfants de moins de 15 ans auraient besoin d’un
traitement antirétroviral, on estime qu’ils ne seraient que 60 000 à 100
000 à en bénéficier. Une personne sur sept mourant d’une maladie liée au
VIH dans le monde est un enfant de moins de 15 ans, phénomène largement
dû à l’échec de l’extension des programmes de prévention de la
transmission mère-enfant du VIH et de prévention de l’infection à VIH et
les jeunes femmes, a fait observer le Dr De Cock.

Malgré les succès remportés par des pays comme le Brésil, la Thaïlande
et le Botswana, environ 6 % seulement des femmes enceintes VIH-positives
dans le monde bénéficient actuellement d’une prophylaxie antirétrovirale
susceptible de prévenir la transmission du VIH pendant l’accouchement.
Par contre, les cas pédiatriques d’infections VIH ont été pratiquement
éliminés dans les pays industrialisés.

Les personnes qui ont contracté le VIH par injection de drogue par voie
intraveineuse ne bénéficient pas non plus d’un accès équitable au
traitement. En Europe orientale et en Asie centrale, les toxicomanes par
injection, dont la majorité sont des hommes, représentent plus de 70 %
des personnes infectées par le VIH, mais un quart seulement d’entre eux
sont en traitement.

Le Dr De Cock a encouragé les délégués à la réunion à évaluer les
efforts thérapeutiques en se fondant non seulement sur le nombre de
patients traités mais aussi sur la qualité des résultats du traitement.
Constatant que la plupart des patients suivis par les programmes de
traitement dans les pays en développement viennent consulter à un stade
tardif de la maladie, il a souligné que l’amélioration des résultats
thérapeutiques exigera à la fois un diagnostic du VIH et un début de
traitement plus précoces.

Le Dr De Cock a poursuivi : « Un taux de mortalité trois fois et demi
supérieur après un an de traitement chez les personnes infectées par le
VIH dans les pays pauvres par rapport aux Européens ou aux Américains du
Nord ne doit pas être considéré comme tolérable et nous devons nous
engager à changer cet état de chose. Ces priorités ne découlent pas d’un
nouveau constat plus radical mais exigent effectivement un engagement
accru si l’on veut sauver des vies. ».

Vers l’instauration de l’accès universel

Regardant vers l’avenir, le Dr De Cock a défini cinq orientations
stratégiques, chacune représentant un domaine critique dans lequel le
secteur de la santé doit jouer un rôle directeur si les pays veulent
progresser vers l’accès universel, et sur lequel l’OMS axera son
assistance technique. Ces orientations sont les suivantes :

 développer le dépistage du VIH et le conseil ;

 accroître au maximum les possibilités de prévention en milieu médicalisé ;

 accroître l’accès au traitement et aux soins

 renforcer les systèmes de santé

 investir dans l’information stratégique

Tout en soulignant que prévention, traitement et soins sont
indissociablement liés, le Dr De Cock a appelé à mettre davantage
l’accent sur les efforts de prévention là où la transmission du VIH est
la plus forte. Il a également insisté sur la nécessité de se fonder sur
des critères scientifiques lorsqu’il s’agit de déterminer l’efficacité
des mesures de prévention.

Passant en revue les enseignements tirés de l’Initiative « trois
millions d’ici 2005 », qui avait pour but de développer rapidement
l’accès au traitement du VIH, le Dr De Cock a cité la fragilité des
systèmes de santé – qu’il s’agisse des ressources humaines, des
infrastructures, des moyens de laboratoire, des systèmes d’achat et
d’approvisionnement ou de la gestion financière – comme étant le
principal obstacle à l’élargissement des services anti-VIH et a appelé à
accroître le rang de priorité politique accordé au renforcement des
systèmes de santé au niveau mondial. Le Dr De Cock a également cité la
mise à disposition d’informations stratégiques fiables, y compris en ce
qui concerne l’épidémiologie et la surveillance, le suivi et
l’évaluation et la recherche opérationnelle comme essentielle à la
surveillance des progrès sur la voie de l’instauration de l’accès universel.

Notant qu’environ 10 % seulement des personnes vivant avec le VIH en
Afrique subsaharienne connaissent leur statut par rapport au VIH, le Dr
De Cock a ajouté que l’OMS s’employait avec l’ONUSIDA à évaluer comment
les pays mettaient en oeuvre le dépistage du VIH et le conseil. Un
processus de consultation est en cours afin d’élaborer des lignes
directrices opérationnelles pour aider les pays à élargir l’accès aux
services de dépistage et de conseil assurés par les dispensateurs de
soins de santé, afin d’accroître le recours au traitement et à la
prévention, en particulier dans les pays à forte prévalence. Les lignes
directrices seront publiées dans le courant de l’année.

On trouvera toutes les informations sur les manifestations et activités de l’OMS à la Seizième Conférence internationale sur le SIDA de Toronto sur la page Web :

http://www.who.int/hiv/toronto2006_.