Crise en Algérie : Saïd Bouhadja proche de la sortie si Bouteflika le veut

Saïd Bouhadja

La scène est totalement inédite, 200 députés ont maintenu le parlement algérien sous clé pendant plusieurs heures mardi dans le cadre d’une action de protestation visant à faire pression pour que le président de la Chambre des représentants, Saïd Bouhadja, ne puisse y rentrer et démissionne.

Après l’attaque de Djamel Ould Abbès, secrétaire général du FLN, qui a chargé Saïd Bouhadja, président de l’Assemblée populaire nationale (APN), l’accusant de « ternir l’image du pays », la situation a continuée de se dégrader avec la décision mardi des députés de fermer à clé l’Assemblée NAtionale pour empêcher Bouhadja d’y entrer.

Une scène qui a suscité des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux : des députés de la majorité, notamment du Front de libération nationale (FLN) et du Rassemblement national démocratique (RND), ont cadenassé, mardi 16 octobre, la porte d’entrée du siège de l’Assemblée populaire nationale pour empêcher son président, Saïd Bouhadja, d’y accéder puis le bureau de l’APN a décidé de déclarer vacant le poste du président de l’Assemblée, une décision que l’ancien député, Hakim Saheb constitutionnaliste, juge illégale dans une interview sur Liberté Algérie : « Les deux parties sont donc, selon moi, dans l’illégalité. Cela conforte l’image caricaturale qu’on a de cette institution. C’est la preuve qu’elle est mal élue, illégitime ». Ce chaos est le résultat de la crise qui oppose ces parlementaires au titulaire du perchoir depuis que, le 23 septembre, M. Bouhadja a limogé le secrétaire général chargé de l’administration, Bachir Slimani. « Nous sommes ici pour exiger la démission du président de l’Assemblée« , a déclaré à l’AFP Abdelhamid Si Affif, président du comité des affaires étrangères du parlement. Said Bouhadja, président de la chambre basse algérienne, résiste depuis fin septembre à des appels à la démission, accusés de «mauvaise gestion, de dépenses exagérées et illicites et de recrutement douteux».

Pour Hakim Saheb, la réponse passerait par une dissolution de l’Assemblée : « Saïd Bouhadja, comme citoyen, peut parfaitement saisir le Conseil d’État pour contester un abus. Concrètement, si le chef de l’État était en mesure d’assumer ses fonctions, il aurait pu intervenir pour dissoudre l’APN. C’est la seule disposition dont il dispose » déclare-t-il.

«Cela ne me fait pas peur. J’irai à l’Assemblée nationale populaire (parlement) parce que je suis le président de cette institution », a déclaré Bouhadja au site de nouvelles de la TSA. Il n’a toutefois pas participé à la manifestation de mardi, qui a duré jusqu’à midi, avant la dispersion des députés, se faisant photographier avec des citoyens sur la terrasse d’un café.

La constitution et les lois algériennes ne prévoient pas de procédure pour révoquer un président du parlement s’il refuse de se retirer.

L’opposition a condamné l’action menée mardi par les partis majoritaires au sein du parlement, qui compte 462 membres, dont le Front de libération nationale (FLN) du président Abdelaziz Bouteflika, dont le président est membre. Ahmed Sadok, responsable parlementaire du Mouvement pour la Société de la Paix, un groupe islamiste, a déclaré que cette action «n’avait pas d’honneur pour les députés, pour le Parlement ou pour l’image du pays». « Si les députés de la majorité ne veulent plus travailler avec M. Bouhadja… leur action doit être légale. Pour le moment, rien ne l’empêche de s’acquitter de ses fonctions « , a-t-il déclaré.

Selon le journal arabe Ray Al-Yawm, le conflit pourrait être réglé par la sortie par le FLN d’un dossier compromettant sur Bouhadja, une décision qui viendrait de Bouteflika. Mais Saïd Bouhadja déclare de son coté que la Présidence ne lui a encore fait aucune demande de départ et même que des émissaires lui auraient fait savoir que le président Bouteflika «ne veut pas qu’il parte». Un imbroglio qui devrait se résoudre prochainement.