Couvre-feu sans accalmie au Burkina Faso

Confronté à une mutinerie d’une frange de son armée, Blaise Compaoré, le Président burkinabè, entreprend dès ce jeudi des concertations tous azimuts alors que la fronde militaire s’amplifie. Les militaires révoltés ont encore tiré la nuit de mercredi à jeudi, malgré le couvre-feu.

De notre correspondant

La grogne des militaires fait bouger Blaise Compaoré. Imperturbable sur les mouvements de contestation scolaires et estudiantines – qui ont d’ailleurs repris aujourd’hui à Tenkodogo -, le Chef de l’Etat burkinabè, confronté à une mutinerie d’une partie de son armée, prend langue ce jeudi avec les représentants de ce corps. Une rencontre qui a lieu alors que la tension est toujours perceptible. Dans la nuit de mercredi, les militaires ont encore fait crépiter les armes à Ouagadougou et dans d’autres garnisons de l’intérieur du pays, malgré un couvre-feu de 21h à 6h du matin, décrété à la surprise générale, quelques heures après l’adresse à la Nation du Chef de l’Etat.

Dans son discours radiotélévisé, Blaise Compaoré a condamné les violents mouvements des militaires. Jugeant leurs agissements « contraires à l’éthique et à la morale militaire », le président burkinabè a prévenu que « ces contestations ne sauraient être tolérées dans un Etat de droit » et promis de prendre « des mesures vigoureuses pour la protection de l’ensemble des populations et la sécurisation des biens publics et privés ».

Le pouvoir dans la tourmente

Commencée par le rejet de décisions de justice prononcées à l’encontre de militaires impliquées dans des affaires de mœurs avec des civils, la contestation partie des garnisons de Ouagadougou, il y a une semaine, a vite embrasé celles de Fada N’Gourma, de Tenkodogo, de Gaoua et de Banfora, se muant en mutineries.

Pour autant, les revendications des frondeurs restent floues et divergentes. « La situation est complexe. A l’origine, c’était pour contester le verdict prononcé contre les militaires. Cependant, on a noté que ceux de Fada N’Gourma veulent marcher sur Ouagadougou, les militaires de Gaoua parlent de primes, tandis que ceux de Ouagadougou contestent le verdict et sont mécontents des excuses présentées par le Chef d’Etat Major général des armées aux civils suite aux exactions de la troupe. Ils pensent qu’un chef militaire ne s’excuse pas, il n’est pas politique, il n’a pas été élu non plus », a confié à Afrik.com, une source militaire.

Jusque là dirigée contre la justice et les civils, la colère des soldats a désormais pris pour cible la haute hiérarchie militaire et les bonzes du parti au pouvoir. Simon Compaoré, l’édile de Ouagadougou et par ailleurs n°3 du parti au pouvoir, en a fait les frais hier. Il a été copieusement passé à tabac par des militaires qui s’en sont également pris au Chef d’Etat Major général des armées et au ministre de la Sécurité. Leurs domiciles ont été pillés et incendiés. Porté au pouvoir par l’armée, le contrôle de la troupe échapperait-il à Blaise Compaoré ? Le principal intéressé parle plutôt de « complots ». Alors, d’où viennent-ils et qui les fomentent-ils ? Mystère et boule de gomme. Les rumeurs les plus folles courent et font enfler la psychose au Burkina Faso.