
Alors que les Léopards s’apprêtent à retrouver la Coupe du monde après plus d’un demi-siècle d’absence, la fête est ternie par la colère de nombreux supporters congolais. Plusieurs d’entre eux se sont vu refuser l’accès aux États-Unis et au Canada en raison des inquiétudes liées à l’épidémie d’Ebola qui sévit dans une partie de la République démocratique du Congo. Une décision jugée injuste et discriminatoire par de nombreuses organisations de la société civile.
L’attente aura duré cinquante-deux ans. Pour des millions de Congolais, le retour des Léopards à la Coupe du monde représente bien plus qu’un événement sportif : c’est un rendez-vous avec l’histoire. Pourtant, à quelques jours de l’entrée en lice de la sélection nationale face au Portugal, un profond sentiment d’amertume gagne les rangs des supporters.
Réunis à l’initiative de la Ligue Sportive pour la Promotion des Droits de l’Homme (LISPED), plusieurs groupes de supporters ont exprimé leur indignation face aux refus de visas opposés à de nombreux Congolais souhaitant accompagner leur équipe aux États-Unis et au Canada, pays hôtes du tournoi.
Une passion sanctionnée
Pour beaucoup de supporters, la décision des autorités consulaires ressemble à une punition collective. « Nous avons attendu cette Coupe du monde toute notre vie. Aujourd’hui, on nous empêche de soutenir notre équipe alors que nous ne venons même pas des zones touchées par Ebola », s’indigne un membre d’une association de supporters présent à la rencontre. Selon la LISPED, les restrictions imposées ne reposeraient pas sur des bases scientifiques suffisamment solides. Son président, Me Alain Makengo, estime que les supporters congolais sont victimes d’une mesure disproportionnée.
L’avocat rappelle que la transmission du Ebola nécessite un contact direct avec une personne infectée ou avec des fluides biologiques contaminés. Or, souligne-t-il, la majorité des supporters concernés résident dans des provinces éloignées des foyers épidémiques actuellement surveillés par les autorités sanitaires. « On ne peut pas assimiler tout un pays à une zone infectée », a-t-il déclaré devant les participants.
Un mémorandum pour dénoncer une discrimination
L’épidémie d’Ebola continue de susciter des inquiétudes au niveau international. Les autorités sanitaires congolaises, avec l’appui de partenaires internationaux, poursuivent les efforts de surveillance et de riposte afin de contenir les foyers recensés. Cependant, pour de nombreux Congolais, la gestion de cette crise sanitaire ne devrait pas conduire à l’exclusion systématique de citoyens respectant toutes les exigences médicales et administratives requises pour voyager.
Cette situation ravive un sentiment déjà ancien dans le pays : celui d’être régulièrement confronté à des préjugés liés aux crises sécuritaires ou sanitaires qui frappent certaines régions de la RDC. C’est pourquoi la LISPED et plusieurs organisations de supporters ont décidé de passer à l’action. Un mémorandum doit être transmis au ministère congolais des Affaires étrangères afin d’alerter les autorités sur ce qu’elles qualifient de traitement discriminatoire.
Les initiateurs du document espèrent que Kinshasa pourra engager des démarches diplomatiques auprès des gouvernements concernés afin d’obtenir un assouplissement des restrictions ou, à tout le moins, des clarifications sur les critères ayant conduit aux refus de visas. La question est d’autant plus sensible que les autorités congolaises avaient déjà entamé des discussions avec leurs homologues américains et canadiens afin de faciliter le déplacement d’importantes délégations de supporters.
Les Léopards concentrés sur leur mission
Pendant que la polémique enfle, les joueurs poursuivent leur préparation à Houston. Le staff technique a établi son quartier général à l’Omni Houston Hotel, tandis que les séances d’entraînement se déroulent au SaberCats Stadium, une infrastructure moderne choisie pour offrir les meilleures conditions possibles à l’équipe. Dans les rues de Kinshasa, Lubumbashi, ou Kisangani, l’enthousiasme populaire demeure intact malgré la frustration. Les écrans géants se préparent à accueillir des milliers de supporters qui suivront les rencontres à distance.
Mais pour beaucoup, quelque chose manquera lors de cette Coupe du monde historique : la présence massive des chants, des tambours et des couleurs congolaises dans les tribunes américaines. Le 17 juin, lorsque les Léopards entreront sur la pelouse face au Portugal de Cristiano Ronaldo, ils porteront les espoirs d’un peuple entier. Un peuple fier de son retour sur la scène mondiale, mais qui estime aujourd’hui avoir été privé d’une partie de sa fête. Car aux yeux de nombreux supporters, la qualification à la Coupe du monde devait être une célébration nationale. Elle risque désormais de rester le souvenir d’une joie incomplète, assombrie par le sentiment d’avoir été écartés non pas pour ce qu’ils ont fait, mais simplement pour le pays dont ils sont originaires. En attendant, la compétition s’ouvre ce 11 juin avec le match Mexique-Afrique du Sud, malgré les charges d’exclusion qu’elle porte.





