Coup de projecteur sur la menace grandissante de la tuberculose

La 38ème conférence de l’Union internationale contre la tuberculose (TB) et les maladies respiratoires a débuté au Cap, en Afrique du Sud, le 9 novembre, réunissant plus de 3 000 scientifiques impliqués dans le combat actuel contre ces maladies.

La conférence de quatre jours – qui se tient normalement à Paris – réunit des bailleurs de fonds internationaux, des scientifiques, différents gouvernements, des acteurs de la société civile ainsi que des organisations du secteur privé.

Cette année, l’attention s’est particulièrement portée sur le problème des différentes formes de résistances aux traitements de la TB et sur l’augmentation du nombre de personnes vivant avec une co-infection TB-VIH.

Certains spécialistes ont imputé l’augmentation des résistances aux traitements de la TB à l’incapacité des programmes de lutte contre cette épidémie d’encourager et de suivre suffisamment les patients afin qu’ils terminent leur traitement de première ligne, d’une durée de six mois.

L’augmentation des résistances aux traitements de la TB a mis en lumière un manque de fiabilité des dépistages, des traitements et des moyens de prévention de la maladie.

Les principales méthodes de diagnostic ont plus d’un siècle, le seul vaccin qui existe actuellement contre la TB n’est efficace que partiellement et date de plus de 80 ans ; quant aux combinaisons d’antibiotiques utilisées pour le traitement de six mois de la maladie, ce sont les mêmes depuis 40 ans.

Les experts ont aussi souligné que sans de nouveaux protocoles de diagnostic et sans de nouveaux traitements – comprenant des médicament aux effets plus rapides –, les différents gouvernements ne seraient en mesure d’atteindre ni les objectifs du Millénaire pour le développement concernant la TB, ni les objectifs fixés en 2006 par le Département Halte à la TB de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui fournit des conseils techniques et des directives concernant la réponse globale à la TB.

La veille de la conférence, le docteur Mario Raviglione, du Département Halte à la TB, a indiqué que les fonds disponibles pour le Plan stratégique mondial 2006-2015 de l’OMS pour stopper la TB étaient actuellement de 500 millions de dollars inférieurs à l’objectif fixé pour 2007, estimé à 900 millions de dollars.

Des fonds supplémentaires sont nécessaires pour financer la recherche et le développement, et améliorer la mise en place effective des stratégies, nouvelles et existantes, de lutte contre l’épidémie, a-t-il dit.

M. Raviglione a indiqué que certains indices pouvaient laisser penser que l’épidémie mondiale de la TB avait atteint un pic, probablement suite au nombre plus faible de nouveaux cas d’infections enregistrées dans les pays de l’ex-Union soviétique et en Afrique.

Cependant, on dénombre chaque année 880 millions de nouvelles infections, plus de 1,6 million de décès et un tiers de la population mondiale est infectée par une TB latente – qui peut se transformer en TB active, et ce plus particulièrement lorsque le système immunitaire est réellement faible – justifiant que la lutte contre cette maladie soit accélérée.

Les experts s’accordent actuellement à dire que l’épidémie de VIH et celle de la TB sont désormais tellement liées qu’il faudrait les traiter comme une seule maladie. Le VIH et la TB ont une relation interactive dans le sens où lorsque le VIH s’attaque aux cellules immunitaires qui protègent contre la TB, les cellules infectées par la TB deviennent plus exposées au VIH. Les deux maladies ont tendance à constituer le plus lourd fardeau que de mêmes groupes socio-économiques aient jamais connu.

Après des années de négligence, la recherche dans le domaine de la TB semble s’accélérer, avec le développement par la Aeras Global TB Vaccine Foundation – une organisation à but non lucratif – de six vaccins potentiels, qui sont sur le point d’entrer en phase d’expérimentation sur les humains.

Le docteur Jerald Sadoff, directeur d’Aeras, a affirmé que deux de ces vaccins potentiels étaient déjà testés en Afrique du Sud, dans le cadre des efforts fournis par l’organisation pour promouvoir un vaccin contre la TB fiable, efficace et accessible.

Le docteur Maria Freira, de l’Alliance globale pour le développement des traitements pour la TB (TB Alliance), a indiqué pour sa part que son organisation avait neuf médicaments en cours d’élaboration. L’un d’entre eux est sur le point d’entrer en phase III des essais cliniques menés à grande échelle sur des patients atteints de la TB, phase finale obligatoire avant de demander l’homologation du médicament.

Sur le plan du dépistage, le docteur Giorgio Roscigno, directeur général de la Foundation for Innovative New Diagnotics, une organisation à but non lucratif, a annoncé que quelques nouveaux outils commençaient à émerger sur le marché, dont un serait testé par l’Institut médicale de recherche en Afrique du Sud, un nouvel outil qui pourrait permettre de dépister la TB et sa résistance aux traitements en un seul jour.

Le Plan stratégique contre la tuberculose en Afrique du sud pour la période 2007-2011, qui se fixe pour objectif de réduire les sensibilités et les résistances aux médicaments contre la TB, a été publié par le gouvernement la veille de l’ouverture de la conférence.

L’Afrique du Sud, la Chine, la Russie et l’Inde recensent à elles seules deux tiers des cas de tuberculose ultrarésistante (XDR-TB), une forme de tuberculose qui résiste aux multiples médicaments de première et seconde ligne et reste, la plupart du temps, incurable.

Le gouvernement sud-africain a révélé qu’un total de 481 cas de XDR-TB avaient été diagnostiqués à la fin octobre 2007, dont 206 étaient décédés.

Thami Mseleku, directeur général du ministère de la Santé, a indiqué que le gouvernement était sur le point de modifier la législation afin qu’en dernier recours, il soit possible de confiner les patients atteints de la TB qui ne suivaient pas régulièrement leur traitement.

Sur le plan mondial, on estime que près de quatre pour cent des infections tuberculeuses sont multi-résistantes aux traitements, et des cas de XDR-TB ont été signalés dans 41 pays.