Coup d’Etat éclair au Niger

Le calme est revenu à Niamey, la capitale nigérienne. Malgré la présence d’un dispositif léger aux abords du palais présidentiel, les habitants vaquaient, vendredi, comme si de rien n’était, à leurs occupations. Les putschistes, qui ont renversé la veille le président Mamadou Tandja, ont promis dans une allocution d’instaurer la démocratie. Ces mutins sont issus du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CRSD), et seraient d’anciens proches du chef de l’Etat nigérien.

La vie reprend doucement son cours à Niamey après le coup d’Etat qui a secoué, la veille, la capitale nigérienne. Les écoles, les commerces et les banques étaient ouverts vendredi et les habitants circulaient comme à la normale dans les rues. Néanmoins, un dispositif de sécurité léger, composé de blindés et de véhicules équipés de mitrailleuses, a été mis en place par les militaires putschistes aux abords du quartier présidentiel, après avoir renversé, la veille, le chef de l’Etat nigérien, Mamadou Tandja, dont on est sans nouvelles. D’après les informations recueillies par Afrik.com, il semblerait que le président a été retenu, dans la nuit de jeudi à vendredi, dans le centre d’instruction militaire de Tondidia, situé à 10 km de Niamey. « Ce matin, les putschistes ont changé Mamadou Tandja de lieu de détention pour des raisons de sécurité. Les ministres sont pour leur part dans un autre endroit », note Moussa Naganou, le directeur de publication du quotidien nigérien Le Patriote 15.

Ce coup d’Etat a été revendiqué, jeudi soir, par le Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CRSD). Dans une déclaration sur un média officiel, le colonel Goukoye Abdoulkarim, chef du renseignement militaire et le porte-parole de l’armée et du CRSD, a annoncé que la junte « avait décidé de suspendre la Constitution de la 6ème République et de dissoudre toutes les institutions qui en sont issues », et avait instauré un couvre-feu et fermé les frontières terrestres et aérienne.

Lors de son allocution, le Conseil militaire a également demandé « à la population de garder son calme et de rester unie derrière les idéaux du CRSD, qui va faire du Niger un exemple de démocratie er de bonne gouvernance, à l’instar des autres pays épris de paix et de stabilité ». Pour autant, il n’a pas précisé quand la démocratie allait être rétablie. Marou Amadou, le président du Front uni pour les acquis démocratiques, espère pouvoir s’entretenir prochainement avec le CRSD pour « trouver un terrain d’entente avant l’instauration d’un système démocratique ». Pour l’heure, ce membre actif de l’opposition, qui devrait faire une déclaration sur le coup d’Etat, dit « ne pas avoir été en contact avec eux ». « C’est un peu précoce, le CRSD doit d’abord s’organiser, il devrait consulter les forces démocratiques dans les prochains jours », explique-t-il.

Qui sont les présumés auteurs du putsch ?

D’après Issifou Sidibé, le président de la Confédération des travailleurs du Niger et membre de l’opposition, le CRSD aurait déjà « destitué les gouverneurs des huit régions du Niger ». Ce putsch aurait été commandité par le chef d’escadron, Salou Djibo, le président du CRSD. « Un homme discret, qui bénéficiait d’importantes relations extérieures du fait de ces nombreux voyages à l’étranger », commente Moussa Naganou.

Il aurait été aidé dans son coup de force par Djibrilla Hima Hamidou dit « Pelé », le commandant de la zone de défense numéro 1 de Niamey. Décrite comme « une personne de confiance », « calme » et « fédératrice », M. Hima Hamidou était depuis août 2009 le président de la fédération nigérienne de football (Fenifoot). « Il avait ses entrées à la présidence, ce qui a permis d’amener plus de financement à la fédération », explique, David, consultant à la Fenifoot. « C’était un proche du président Tandja, mais depuis 2007, l’année de la destitution d’Hama Amadou, un ami de « Pelé », les relations entre les deux hommes s’étaient un peu tendues », confie, pour sa part Moussa Naganou.

Le troisième homme censé avoir participé au coup d’Etat est Harouna Adamou, commandant de la compagnie d’appui (les bérets verts) des blindés. Selon nos informations, il serait issu d’une famille de militaires très célèbre au Niger, notamment en raison de sa participation au putsch de 1974. Tous ont la particularité d’avoir participé, aux côtés de Mamadou Tanja, au coup d’Etat contre le président Ibrahim Baré, le 9 avril 1999.

Le putsch qui a débuté jeudi, à Niamey, en début d’après midi, aurait fait selon les médias nigériens, « au moins une dizaine de morts ». Pour l’instant, aucun nombre officiel n’a été annoncé. Selon certains témoins présents sur place, jeudi, des tirs nourris d’armes automatiques ont été entendus devant le palais présidentiel.

De son côté, la France « condamne » la prise du pouvoir au Niger « par des voies non constitutionnelles » et appelle au dialogue « tous les acteurs » y compris les militaires, pour trouver une solution rapide à la crise, a déclaré vendredi le ministère des Affaires étrangères. Même son de cloche au sein de la Commission de l’Union africaine (UA), le président Jean Ping, a également « condamné la prise du pouvoir par la force au Niger » et demandé un « retour rapide à l’ordre constitutionnel », dans un communiqué diffusé vendredi.