Coup d’Etat au Cameroun

Après le putsch particulièrement réussi au Mali, qui n’en est pas à son coup d’essai, l’armée camerounaise se prend à rêver d’une reproduction ici de ce qui a l’air de réussir là-bas. Sur les six pays de la sous-région par exemple, le Cameroun est bien le seul à n’avoir jamais eu de militaire à sa tête ou au moins, comme au Gabon, un ancien ministre de la Défense. Il est plus que temps de se mettre à niveau, de placer derrière nous cette exception politique qui rend le peuple camerounais si malheureux.

Communiqué de la junte militaire depuis le palais de l’unité, à Etoudi, sur les ondes de la CRTV, prise d’assaut :

L’opération épervier étant trop lente, trop floue, trop sélective, les institutions étant paralysées par des vieux, très vieux qui jusque dans l’armée occupent des fonctions de commandement, la présidence de Monsieur Biya s’étendant indéfiniment, la biyamétrisation du fichier électoral n’étant qu’un piège à cons, nous avons pris nos responsabilités et décidé de faire le grand ménage de la maison Cameroun. Rien ne va plus : pas d’hôpitaux, pas de routes, pas d’emplois, alors on a décidé que « mieux on vient, tout se gâte ». Le RDPC est dissous et tous les membres du Bureau politique assignés à résidence jusqu’à ce que lumière soit faite sur le financement de ce parti.

Le Cameroun vit au-dessus de ses moyens, c’est un secret de polichinelle : en creusant à Mobylong, nous trouverons des diamants, en forant à Bakassi, nous trouverons du pétrole, nous allons auditer les contrats passés avec Rio Tinto Alcan, et avec cet argent nous créerons des millions d’emploi en deux ans. Tous les milliards dissimulés dans des paradis fiscaux seront déclarés illégaux et rapatriés avec la promesse aux banquiers dépositaires que la moitié de ces trésors de guerre leur reviendra de droit s’ils coopèrent.

Ndzana Seme est nommé ministre de la Défense du « Gouvernement de Salut Transitoire » ; Patrice Nganang, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ; Vincent Sosthène Fouda, ministre de la Promotion de la femme et de la famille ; Maurice Kamto, ministre de la Justice ; Marafa Hamidou Yaya, ministre des Relations extérieures ; Atangana Mebara, ministre de l’Enseignement supérieur ; Kah Walla, ministre de l’Emploi ; Albert Dzongang, ministre des PME et du transport urbain ; Joshua Osih, ministre du Commerce.
Les nominations des autres membres du gouvernement, des directeurs généraux seront lues dans les prochaines heures.

Réactions de la classe politique camerounaise

Jacques Fame Ndongo, réfugié en Guinée équatoriale, à RFI (Radio France Internationale) : « C’est une infamie, une abjection, un déshonneur, une déchéance, un recul scandaleux, ignominieux, chaotique, du grec « kaos » qui désigne l’origine du monde, un autodafé ou pour mieux dire un incendie du modèle camerounais, par des pyromanes sans foi ni loi ».

Issa Tchiroma Bakary : « Vraiment, le peuple camerounais est très reconnaissant à la junte qui libère la nation d’un dictateur buveur de sang, qui avait fait du Cameroun sa propriété, au point de patrimonialiser même les ministres de la République et de prendre en otage l’administration par une culture du chantage et de la délation ».

Kah Walla : « Monsieur Biya a mis le Cameroun à genoux. Il doit être arrêté et jugé au plus vite, pour réconcilier les Camerounais avec eux-mêmes. Je rappelle que la peine de mort existe au Cameroun. Nous refusons que la Cour Pénale Internationale dont Biya n’avait jamais fait ratifier le traité se mêle de ses crimes. Kodengui l’accueillera à bras ouverts et nous comptons sur le sens de l’hospitalité de ses anciens collaborateurs qui l’y attendent déjà ».

Un vendeur de tomates : « Dieu a enfin entendu nos prières. Enfin, nous aurons de l’eau gratuite, l’école gratuite pour nos enfants, et l’électricité à temps plein. Je vends les tomates, mais j’ai une maîtrise en science juridique du droit, j’ai raté l’ENAM parce qu’on me demandait huit millions à cause de mon nom Bamiléké, à la SNH (société Nationale des Hydrocarbures), j’ai été privé d’un poste qui m’était promis parce que j’ai refusé de livrer mon derrière à ces pédérastes maçons et grands sorciers… Comme avec Sodome et Gomorrhe, Dieu a envoyé sa foudre et le clan Biya va être exterminé.
Les chefs traditionnels du Cameroun ont, de manière consensuelle, retiré à Paul Biya tous ses titres de notabilité cependant que les associations de soutien à la première dame ont pris fait et cause pour le Gouvernement de Salut Transitoire ».

Cameroon Tribune a très vite titré : « Le vieux dictateur est enfin tombé » ce qui a valu à son Directeur Général, Marie-Claire Nnana d’être maintenue à son poste. Et de titrer le lendemain, après la déclaration de Paul Biya à Jeune Afrique, où le despote déchu ne reconnaît pas le nouveau pouvoir, au motif d’une imminente contre-offensive de ses féaux : « L’ancien dictateur s’ennuie en Suisse, l’ancien « homme de paix » est prêt pour la guerre »

Réactions de la communauté internationale

La France donne acte à la junte de son putsch qui s’est passé sans effusion de sang et appelle à l’organisation d’élections libres dans les plus brefs délais. Elle déclare en outre par la voix de son ministre, Alain Juppé, n’être pas du tout prête à accorder l’asile à Paul Biya.
Hilary Clinton assure le peuple camerounais de son soutien et annonce une aide exceptionnelle de son pays pour la mise sur pied des institutions prévues par la constitution.

La Chine et la Russie se sont dites prêtes à collaborer avec les nouveaux hommes forts de Yaoundé (France 24). François Bozizé a adressé des lettres de félicitations du peuple centrafricain. L’Union africaine a suspendu le Cameroun, mais promet de le réintégrer sitôt que des élections crédibles seront organisées.

Déclaration de Paul Biya depuis la Suisse (France 24): « Pour ceux qui ont annoncé ma mort, je leur donne rendez-vous dans 20 ans. A ceux qui ont annoncé ma destitution, je donne rendez-vous dans six ans, lors des prochaines échéances présidentielles aux termes desquelles mon mandat expire. En attendant, je demande aux Camerounais de résister. Yaoundé sera bientôt libérée. Tant que je respire, le Cameroun vit ! »

Dernière heure : Amnesty International dénonce des exactions meurtrières dans le Sud, des charniers auraient été découverts ; ce que, évidemment, conteste avec la dernière énergie, en français comme en anglais, le tout nouveau ministre de la Communication. Celui-ci demande à l’illustre ONG de commencer par faire le décompte des morts de « monsieur Mbiya ».

Si tout ce qui précède est improbable, qu’au moins tout ceci fasse réfléchir… Au reste, impossible est-il vraiment camerounais ? Qu’est-ce qui dans le fond est impossible ? Le putsch, les trahisons, les exactions ou les suites que l’on a observées dans tous les autres pays ?